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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2017 > Octobre 2017 > Togo : Une véritable guérilla politique bat son plein sur les réseaux sociaux

Togo : Une véritable guérilla politique bat son plein sur les réseaux sociaux

jeudi 5 octobre 2017

Usages et comportements

Depuis mi-août 2017, le Togo traverse une nouvelle crise sociopolitique. Les réseaux sociaux, pour une première fois sont au centre du bras de fer entre partisans et opposants au régime de Faure Gnassingbé.

Seulement si les antisystèmes pensent réussir la révolution sur ces réseaux sociaux comme ailleurs, les partisans du système eux crient à une tentative de déstabilisation. Conséquence : les réseaux sociaux au Togo connaissent une guerre sans merci entre les protagonistes de la crise sociopolitique.

Les réseaux sociaux sont-ils une menace ou un outil pour le combat politique au Togo ?

Outil de communication, les réseaux sociaux sont plus que jamais au centre de la bataille politique entre opposition et parti au pouvoir au Togo.

Depuis toujours, les deux parties se sont faites entendre via Internet, les réseaux sociaux notamment. Seulement, la nouvelle crise politique née des manifestations de mi-août 2017 a accentué l’usage de ces moyens de communications.

Activistes, partisans, journalistes, politologues, spécialistes du web, plus aucun Togolais ne reste indifférent à la crise que traverse le pays sur les réseaux sociaux. Les débats les plus virulents se déroulent sur Facebook et Whasapp.

Ces deux réseaux sociaux sont désormais dans le viseur du gouvernement togolais. Ils font l’objet de censure dorénavant à chaque manifestation de l’opposition.

Le gouvernement togolais, lui, y voit une menace pour la stabilité et la paix du pays. Et pour cause, lors des manifestations violentes du 19 août, des « images insupportables » ont circulé sur ces réseaux sociaux.

Avec trop souvent, des informations difficilement vérifiables. Lors de ces manifestations, plusieurs images d’autres pays avaient été présentées comme celles des manifestations au Togo.

Internet, réseaux sociaux censurés : une solution ?

Ce qui aujourd’hui conforte les autorités togolaises à couper Internet et à censurer les réseaux sociaux, c’est l’usage qu’en font certains. Est-ce une raison suffisante pour priver les populations de ces moyens de communications ?

Sur le sujet, les avis divergent tout comme sur les sujets politiques à l’origine des inconduites dénoncés par les autorités de Lomé. Pour des activistes, journalistes ou simplement consommateurs, la solution au mauvais usage d’internet serait loin d’être la censure.

Ce qui fâche à Lomé, c’est le raccourci que prend le pouvoir public avec la censure du web. D’aucuns estiment que l’éducation de masse devrait permettre à chaque Togolais de faire un usage rationnel d’Internet et des réseaux sociaux notamment.

Mais au Togo, il n’existe que des discours sur la volonté de promotion des TIC. Aucune réelle politique d’éducation au numérique ; aucun programme de sensibilisation sur les enjeux des réseaux sociaux pour la société togolaise n’est mis en œuvre.

La censure, dans tous les cas ne saurait être la solution. Et pour preuve, les manifestations politiques ont eu lieu ce 4 octobre 2014 au Togo avec une connexion libre. Cela n’a en rien fait chambouler le pays. Au mieux, on a noté sur les réseaux sociaux, moins de contestations et moins de mépris.

Ce qui en dit long sur la stratégie adoptée ces derniers jours par les autorités togolaises et dénoncée par les acteurs et usagers d’Internet. Car, en réalité, les conséquences tant économiques que sur l’image du pays sont déplorables.

Le Togo est désormais cité parmi les pays où Internet est coupé pour des motifs politiques. Ce qui fait dire que le vrai débat sur l’utilisation d’Internet au Togo en temps de crise est ailleurs.

Ce qu’il faut condamner sur les réseaux sociaux

Une bonne partie des utilisateurs des réseaux sociaux au Togo ont à l’esprit le printemps Arabe. Certains l’en appellent de leur vœux au Togo et d’autres le redoutent ; selon le bord et la conviction politique.

Mais que ce soit dans le rang de l’opposition ou de la majorité, il existe de véritables guérilleros des réseaux sociaux ! Ils mènent une guérilla sans merci et inondent la toile de leurs publications.

Ce sont leurs méthodes qu’on pourrait éventuellement condamner. D’une agressivité sans pareille, ces « combattants » 2.0 prennent pour cible ceux qui ne sont pas de leurs bords politiques ou qui ne partagent pas leurs opinions.

Ainsi, il existe une tolérance zéro dans leurs prises de position. Pour eux, il faut être anti ou pro ! Il est donc clair que dans ces conditions, la voix de la raison est souvent inaudible, pire elle prise pour cible.

Eduquer, sensibiliser, responsabiliser : la clé pour un usage rationnel des réseaux sociaux

Insultes, dénigrements, menaces, violations de liberté privée... les dérives sur les réseaux sociaux au Togo sont légion. Ceci, dans une quasi impunité.

Et pour cause, les populations en générale n’ont pas de notions sur les droits et responsabilités liés à l’usage des TIC. Même s’il existe des lois et textes qui réglementent la communication de masse au Togo, réglementer le secteur des réseaux sociaux restent un casse-tête chinois.

Si ailleurs de plus en plus la justice s’intéresse aux inconduites sur les réseaux sociaux comme au Sénégal ces dernières semaines, au Togo, les guérilleros ont encore le champ presque ouvert. Et cela profite bien à tous les camps.

Mais face à l’urgence et aux enjeux, les internautes togolais doivent être davantage formés et sensibilisés sur les réels enjeux des outils numérique et de leur usage.

Les pouvoir publics et tous les acteurs avertis du secteur doivent s’investir dans la formation et la responsabilisation des usagers. Les axes de stratégies n’y manquent pas.

Le pays aura à gagner plus dans l’usage d’un Internet neutre et rationnel que dans la bataille politique virtuelle. Ce qui en réalité retarde les vrais débats et freinent les vrais élans d’un pays sûr et stable.

Ben Souleyman

(Source : This is Africa, 5 octobre 2017)

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