OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > Pourquoi l’IA se trompe plus souvent sur le Sénégal et comment reprendre la (…)

Pourquoi l’IA se trompe plus souvent sur le Sénégal et comment reprendre la main ?

lundi 27 juillet 2026

Point de vue

Consultant en stratégie IA, formateur en intelligence artificielle générative et fondateur du cabinet NexAI Conseil, Boubacar Diallo accompagne depuis plusieurs années des universités, institutions, ONG, cabinets juridiques et entreprises d’Afrique francophone dans l’adoption responsable de l’intelligence artificielle. À travers cette tribune, il alerte sur un défi souvent sous-estimé : les modèles d’IA générative sont nettement moins fiables lorsqu’ils traitent de sujets sénégalais, faute de données locales suffisantes. Une réflexion qui dépasse la seule technologie et pose la question de la souveraineté informationnelle, de la gouvernance des données et de la responsabilité des utilisateurs.

Pourquoi ChatGPT, Gemini ou Claude commettent-ils davantage d’erreurs lorsqu’ils répondent à des questions sur le Sénégal ? Pour Boubacar Diallo, le problème ne relève pas d’un dysfonctionnement technique, mais d’un déficit de données locales accessibles aux modèles d’IA. Dans cette analyse, il explique les causes de ces « hallucinations », leurs conséquences pour les professionnels et les institutions, et propose des pistes concrètes pour reprendre la main grâce à une meilleure gouvernance des données et à un usage plus responsable de l’intelligence artificielle.

Une machine qui improvise sur ce qu’elle ne connaît pas : hallucination

Pour comprendre le problème, il faut comprendre ce que fait réellement une IA générative. Elle ne consulte pas une base de faits vérifiée : elle prédit, mot après mot, la suite la plus probable d’un texte, d’après les milliards de documents sur lesquels elle a été entraînée. Elle optimise la vraisemblance, pas la vérité. Quand le sujet est abondamment documenté dans ses données, cette improvisation tombe souvent juste. Quand il l’est peu, la machine « comble les trous » avec du plausible : une référence bibliographique inventée, un chiffre qui n’a jamais été mesuré, un événement imaginaire raconté avec aplomb. C’est ce qu’on appelle une hallucination et ce n’est pas une panne, c’est une propriété du système.

Or les corpus d’entraînement des modèles dominants ChatGPT, Gemini, Claude, Copilot, Grok sont massivement anglophones et occidentaux. Les contenus africains y sont marginaux, les contenus sénégalais plus encore car peu numérisés ou peu de mises à jour régulières en ligne et les langues nationales quasi absentes. La conséquence est mécanique : plus un sujet est sénégalais, moins la machine a de matière, plus elle invente.

Concrètement, l’hallucination prend des visages familiers pour quiconque travaille sur des sujets sur le contexte sénégalais : un arrêté ministériel cité avec un numéro qui n’existe pas ; une « étude de l’ANSD » jamais publiée ; un taux régional sorti de nulle part pour Kolda, Tamba, Matam ou Fatick ; une décision de justice imaginaire attribuée à une juridiction bien réelle. La machine ne ment pas car mentir supposerait de connaître la vérité. Elle remplit les vides, avec une assurance parfaite.

Ces inventions ne sont pas des anecdotes techniques. Glissées dans un mémoire, un rapport transmis à un bailleur, des conclusions d’avocat ou un support de cours, elles engagent la responsabilité de celui qui signe. Et c’est précisément ici que le problème change de nature : il cesse d’être technologique pour devenir juridique.

Un vide juridique que le Sénégal ne peut plus ignorer. Qui répond du préjudice quand une hallucination fausse une décision : l’utilisateur qui a signé, l’institution qui a validé, ou l’éditeur du modèle d’IA, établi hors de nos juridictions ? Aucun texte sénégalais ne tranche aujourd’hui cette question. La loi de 2008 sur la protection des données personnelles, conçue avant l’ère des données massives, ne dit rien des algorithmes, des systèmes d’IA, de la responsabilité algorithmique ou de l’obligation de signaler un contenu généré. Il n’existe ni norme nationale de citation de l’IA dans les travaux académiques et professionnels, ni régime de responsabilité applicable aux erreurs des machines, ni autorité dédiée, ni bac à sable réglementaire pour encadrer l’expérimentation et les chartes annoncées, à l’UCAD comme au ministère de l’Éducation nationale, sont encore en préparation. Pendant que l’Union européenne déploie son AI Act dans les pays membres, qui classe les systèmes par niveau de risque et impose des obligations précises aux fournisseurs, l’utilisateur sénégalais affronte les inventions de la machine avec, pour seule protection, sa propre vigilance.

Ce vide n’est pas une raison d’attendre : c’est une raison de gouverner l’IA à son échelle règles internes, charte d’établissement, référent IA, traçabilité des usages en attendant que le législateur « rattrape » la technologie. Et de s’imposer une règle individuelle simple : l’IA propose, l’humain vérifie et assume car en l’état du droit, c’est lui qui répond de tout.

Le déficit de données locales, un problème stratégique

Ce déficit n’est pas seulement celui des géants de la tech : il est aussi le nôtre. Une grande partie de la production sénégalaise rapports administratifs, études sectorielles, décisions, analyses d’experts, mémoires, données locales n’est pas ou peu numérisée, publiée ou indexée en ligne. Beaucoup de travaux très intéressants dorment dans les tiroirs. Or ce que nous ne publions pas, les machines ne peuvent pas l’apprendre ; et l’espace laissé vide est comblé par l’invention. Chaque rapport non mis en ligne, chaque étude qui dort dans un tiroir agrandit la zone où l’IA improvise sur le Sénégal.

L’enjeu linguistique redouble le problème. Selon le dernier recensement de l’ANSD, environ quatre résidents sur dix restent éloignés de l’écrit : pour des millions de Sénégalais, l’interface vocale en langue nationale est la seule porte d’entrée réelle vers le numérique. Des initiatives pionnières existent AWA, l’assistant vocal en wolof développé par la startup Andakia ; Kallaama, 125 heures de parole transcrite en wolof, pulaar et sérère constituées par Jokalante avec Orange et l’École Polytechnique de Thiès. Elles montrent la voie, mais rappellent une règle : une réponse grammaticalement correcte en wolof peut porter un contresens technique. L’inclusion linguistique se teste, elle ne se décrète pas.

Reprendre la main : le réflexe du « context engineering »

Face à cela, chaque professionnel enseignant, chercheur, juriste, analyste d’ONG ou de think tank, journaliste, dirigeant, décideur dispose d’un levier immédiat : donner à la machine le contexte local qu’elle n’a pas, plutôt que de la laisser inventer. C’est ce qu’on appelle le context engineering. Concrètement : constituer sa propre bibliothèque numérique locale (Journal officiel, rapports de l’ANSD, études sectorielles, textes ministériels) et la fournir systématiquement à l’outil, par pièce jointe ou via un outil à corpus fermé comme NotebookLM. Ancrée dans vos documents, l’IA cesse largement d’halluciner : elle synthétise ce qui existe au lieu d’imaginer ce qui manque.

Quatre gestes pour des réponses fiables sur des sujets sénégalais

1. Fournir ses propres documents à l’outil (le geste le plus puissant) ;

2. Préférer les outils qui citent leurs sources (Perplexity, Consensus, Elicit) et tester chaque lien ;

3. Autoriser explicitement la machine à répondre « je ne sais pas » ;

4. Vérifier toute réponse sur un sujet en demandant à l’outil IA de fournir ses sources et les vérifier.

Ce que nos institutions peuvent faire dès maintenant

Publier, d’abord : chaque institution qui met en ligne ses rapports, ses données et ses textes réduit l’espace d’hallucination des machines la souveraineté informationnelle commence par là, pas par les datacenters. Encadrer, ensuite : la loi de 2008 sur les données personnelles n’intègre ni données massives, ni algorithmes, ni systèmes d’IA ; un cadre dédié, couvrant toute la chaîne de valeur à l’image de l’AI Act européen, devient urgent. Former, enfin : non pas à « utiliser ChatGPT, Gemini ou Claude », mais à une littératie critique savoir quand l’outil aide, quand il invente, et comment garder la main sur le jugement.

L’IA n’est pas neutre vis-à-vis des pays qui l’utilisent sans l’alimenter : elle reflète les données de ceux qui publient. Le Sénégal a les talents, les initiatives et désormais la stratégie. Reste à faire de chaque rapport publié, de chaque dataset en langue nationale et de chaque professionnel formé une pièce de sa souveraineté numérique. Cela ne relève ni de la fascination, ni de la peur : c’est de la méthode. Et la méthode, cela s’apprend. C’est la vocation de NexAI Conseil, l’accompagnement à l’utilisation responsable et efficace des outils IA.

(Source : Le Techobservateur, 27 juillet 2026)

Fil d'actu

  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Retour sur images Yam Pukri en 2023 Burkina NTIC (7 mai 2024)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4632/5428 Régulation des télécoms
  • 368/5428 Télécentres/Cybercentres
  • 3531/5428 Economie numérique
  • 1830/5428 Politique nationale
  • 5151/5428 Fintech
  • 604/5428 Noms de domaine
  • 2228/5428 Produits et services
  • 1514/5428 Faits divers/Contentieux
  • 797/5428 Nouveau site web
  • 5428/5428 Infrastructures
  • 1783/5428 TIC pour l’éducation
  • 197/5428 Recherche
  • 267/5428 Projet
  • 3484/5428 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 2014/5428 Sonatel/Orange
  • 1644/5428 Licences de télécommunications
  • 314/5428 Sudatel/Expresso
  • 1041/5428 Régulation des médias
  • 1447/5428 Applications
  • 1095/5428 Mouvements sociaux
  • 1669/5428 Données personnelles
  • 179/5428 Big Data/Données ouvertes
  • 620/5428 Mouvement consumériste
  • 387/5428 Médias
  • 686/5428 Appels internationaux entrants
  • 1670/5428 Formation
  • 98/5428 Logiciel libre
  • 2416/5428 Politiques africaines
  • 1024/5428 Fiscalité
  • 175/5428 Art et culture
  • 624/5428 Genre
  • 1893/5428 Point de vue
  • 1093/5428 Commerce électronique
  • 1571/5428 Manifestation
  • 347/5428 Presse en ligne
  • 136/5428 Piratage
  • 226/5428 Téléservices
  • 981/5428 Biométrie/Identité numérique
  • 364/5428 Environnement/Santé
  • 394/5428 Législation/Réglementation
  • 388/5428 Gouvernance
  • 1851/5428 Portrait/Entretien
  • 161/5428 Radio
  • 829/5428 TIC pour la santé
  • 292/5428 Propriété intellectuelle
  • 76/5428 Langues/Localisation
  • 1150/5428 Médias/Réseaux sociaux
  • 2110/5428 Téléphonie
  • 207/5428 Désengagement de l’Etat
  • 1061/5428 Internet
  • 133/5428 Collectivités locales
  • 421/5428 Dédouanement électronique
  • 1298/5428 Usages et comportements
  • 1053/5428 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 581/5428 Audiovisuel
  • 3464/5428 Transformation digitale
  • 410/5428 Affaire Global Voice
  • 174/5428 Géomatique/Géolocalisation
  • 337/5428 Service universel
  • 685/5428 Sentel/Tigo
  • 185/5428 Vie politique
  • 1845/5428 Distinction/Nomination
  • 43/5428 Handicapés
  • 734/5428 Enseignement à distance
  • 769/5428 Contenus numériques
  • 598/5428 Gestion de l’ARTP
  • 195/5428 Radios communautaires
  • 1996/5428 Qualité de service
  • 485/5428 Privatisation/Libéralisation
  • 135/5428 SMSI
  • 507/5428 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 2840/5428 Innovation/Entreprenariat
  • 1367/5428 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 57/5428 Internet des objets
  • 170/5428 Free Sénégal
  • 779/5428 Intelligence artificielle
  • 209/5428 Editorial
  • 10/5428 Gaming/Jeux vidéos
  • 27/5428 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous