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Plus jamais ça

lundi 30 septembre 2002

Alors que le monde entier venait à peine de tourner la page des cérémonies commémoratives des attentats du 11 septembre 2001, voilà que le Sénégal est frappé par une catastrophe de la même ampleur avec le naufrage du bateau le Joola assurant la liaison Ziguinchor-Dakar. En effet, en dehors des 64 rescapés qui ont pu échapper à cette tragédie, le nombre des victimes, tout d’abord estimé à 796, puis à 1034, pourrait en réalité se situer entre 1300 et 1600 victimes et ce pour une population totale de 10 millions d’habitants. Bien que la commission d’enquête désignée pour faire la lumière sur les circonstances de ce drame n’ait pas encore rendu son rapport définitif, on sait d’ores et déjà que ce drame de la mer est dû pour l’essentiel à une accumulation de négligences criminelles (surcharge de passagers, fret pas ou mal arrimé, moteur déficient, équipements obsolètes du centre de télécommunication marine de Dakar, etc.) qui se sont révélées fatales lorsque le bateau aurait été confronté à une forte tempête d’ailleurs prévue par les services de la météorologie marine. Du point de vue du champ d’intérêt qui est le notre, ce qui est incompréhensible, c’est le niveau de défaillance de la chaîne de communication. En effet, alors que le drame est survenu le jeudi 26 septembre 2002 entre 22 heures (heure du dernier message envoyé par le Joola) et minuit (heure à laquelle aurait dû être envoyé le message suivant), la confirmation du naufrage n’a été faite que le lendemain à 07h45 par un armateur au service de la marine marchande, l’alerte n’a été répercutée au Centre de coordination et de sauvetage qu’à 08h00 et ce n’est qu’à 9h10 qu’un message AIRNAV signalant le naufrage a été lancé. Quant à l’opinion publique, elle ne sera informée qu’à partir de 10 heures par les radios privées. Ce retard inacceptable dans la transmission de l’information a eu pour conséquence que les premiers moyens de sauvetages officiels n’ont pu être opérationnels sur la zone du naufrage que vers 18 heures à un moment ou la nuit commençait à tomber rendant impossible ou presque toute assistance aux rescapés qui avaient d’ailleurs, pour la plupart, déjà été pris en charge par des navires de pêche et des pirogues. Pire, des rescapés appelleront à partir de leur téléphone portable jusqu’au jeudi 3 octobre pour indiquer qu’ils étaient encore en vie à l’intérieur du bateau sans que l’on sache s’ils auront finalement pu être sauvés. Face à la colère des familles des victimes, demandant à ce que les responsabilités soient clairement établies et des sanctions prises, le Ministre de l’équipement et des transports et le Ministre des forces armées qui exerçaient la co-tutelle du bateau ont été poussés à la démission et la politique de la langue de bois a fait place à un réel souci de diffuser les informations disponibles avec le plus de transparence possible. En ces terribles circonstances, tous les membres d’Osiris s’inclinent respectueusement devant la mémoire des victimes et adressent leurs plus sincères condoléances aux familles des victimes et à leurs proches. Cependant, nous ne saurions en restés là et nous appelons à une prise de conscience collective pour que les comportements qui sont à l’origine de ce drame soient combattus avec la dernière énergie pour que le mot d’ordre « Plus jamais ça » ne soit pas qu’un propos de circonstance.

Amadou Top
Président d’OSIRIS

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