Le vrai gagnant du nouveau règlement BCEAO n’est pas Wave mais Orange money
samedi 10 octobre 2026
LE VRAI GAGNANT DU NOUVEAU RÈGLEMENT BCEAO N’EST PAS WAVE, C’EST ORANGE MONEY
PI-SPI : QUAND LA GRATUITÉ DES TRANSFERTS POURRAIT REDESSINER LE RAPPORT DE FORCE ENTRE LES DEUX GÉANTS DU MOBILE MONEY
LE PI-SPI NEUTRALISE L’ARME TARIFAIRE QUI A FAIT LA FORCE DE WAVE
Wave s’est imposé avec un modèle simple : dépôts et retraits gratuits, transferts facturés environ 1 %. Ce positionnement lui a permis de dominer le P2P et de couvrir une large base d’utilisateurs. Or, dès le 2 novembre 2026, les transferts entre particuliers jusqu’à 8 000 FCFA cumulés par jour sont gratuits, sans limitation du nombre d’opérations. L’argument de la gratuité, cœur de la proposition de valeur de Wave, devient une norme imposée par le régulateur et non plus un avantage compétitif.
LE CLOSED LOOP CRÉDIT D’ORANGE MONEY EST LE VRAI AVANTAGE STRUCTUREL
Quand les commissions de transfert disparaissent, la rentabilité doit venir d’ailleurs. Orange Bank Africa a déjà franchi cette étape : son produit « Tik Tak », intégré dans l’interface Orange Money, permet d’obtenir un microcrédit en quelques secondes. Wave a créé Wave Bank Africa en 2025, mais son activité bancaire reste embryonnaire. Le PI-SPI déplace la concurrence du prix vers la capacité à financer et sur ce terrain, Orange est déjà installé.
LA VRAIE PORTE DE SORTIE DE WAVE PASSE PAR LA DIASPORA ET LES SERVICES PUBLICS
Wave s’est positionné sur des usages qui ne dépendent pas des commissions P2P : paiement des titres de transport (BRT, TER), paiement dans les établissements de santé publics, et intégration avec Sendwave Wallet, qui permet de détenir des USDC et de les retirer en francs CFA via Wave. Si Wave devient le point d’ancrage des transferts de la diaspora, elle capte un flux de devises que le P2P domestique ne peut plus lui offrir. Mais cette stratégie repose sur un cadre réglementaire incertain : la BCEAO n’a pas statué sur le statut des stablecoins dans l’UEMOA.
LE VRAI ENJEU EST LE SECTEUR INFORMEL, QUI REPRÉSENTE PRÈS DE 40 % DU PIB
L’économie informelle sénégalaise représente près de 40 % du PIB et constitue la base d’utilisateurs naturelle du mobile money. C’est ce segment que Wave a conquis à ses débuts. Mais aujourd’hui, c’est Orange Money que l’État choisit comme canal de distribution de certains programmes publics de crédit. En orientant les flux d’aide vers Orange, l’État construit un verrouillage d’usage que Wave ne peut pas contourner par la seule gratuité des transferts. Le gouvernement mesure-t-il que la neutralité apparente du PI-SPI, combinée à ses propres choix de canal, est en train de faire d’Orange Money le guichet unique de l’informel ?Pourtant, l’État disposait d’un instrument alternatif : La Poste, avec son réseau de proximité présent dans les zones rurales et périurbaines, ses services financiers (mandats, épargne, compte postal) et sa capacité à toucher les populations non bancarisées. En choisissant de ne pas faire de La Poste un opérateur de monnaie électronique à part entière dans le cadre du PI-SPI, l’État a laissé le champ libre aux acteurs privés et notamment à Orange Money pour capter seuls la clientèle de l’informel.
Dr Seydou Bocoum
Economiste hétérodoxe
(Source : Groupe WhatsApp du RASA,10 octobre 2026)
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