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Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > « La confiance numérique ne se décrète pas. Elle se construit, se protège et (…)

« La confiance numérique ne se décrète pas. Elle se construit, se protège et se mérite. »

vendredi 25 septembre 2026

Point de vue

Le Sénégal, à travers le New Deal Technologique, s’est engagé dans une transformation profonde de son économie, de son administration et de sa société. Notre pays ambitionne de bâtir un écosystème numérique souverain, inclusif et créateur de valeur. Mais aucune transformation numérique ne pourra réussir durablement sans un socle essentiel : la confiance.

La confiance du citoyen repose sur la protection de ses données personnelles, la sécurité de ses démarches administratives et la garantie que ses informations ne seront ni utilisées à d’autres fins ni exposées sans contrôle. Celle de l’entreprise dépend de la confiance qu’elle accorde aux infrastructures, à la continuité des services, à la prévisibilité des règles et à la sécurité des transactions numériques. Quant à la confiance de l’État, elle suppose la maîtrise de ses infrastructures, de ses systèmes d’information, de ses données stratégiques et de ses dépendances technologiques.

Le numérique ne doit donc pas seulement être rapide, accessible et innovant. Il doit être digne de confiance.

Les incidents qui doivent nous interpeller

Les événements survenus entre octobre 2025 et mai 2026 montrent à quel point cette confiance peut être fragilisée lorsque des systèmes stratégiques sont perturbés ou que des données sensibles sont susceptibles d’être exposées.

En octobre 2025, la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID) a connu une importante indisponibilité de ses services en ligne. L’administration avait officiellement évoqué un « problème technique », tandis que plusieurs sources spécialisées faisaient état d’une cyberattaque revendiquée par le groupe de cyber-extorsion Black Shrantac, qui affirmait avoir exfiltré des données fiscales et administratives.

En février 2026, la Direction de l’Automatisation des Fichiers (DAF) a connu un incident ayant entraîné la suspension temporaire de la production des cartes nationales d’identité. La DAF a assuré que l’intégrité des données personnelles demeurait intacte et qu’une enquête avait été ouverte. Parallèlement, des acteurs de la veille en cybersécurité et plusieurs médias ont évoqué des allégations de compromission et d’exfiltration de données biométriques, sans confirmation officielle des autorités.

En mai 2026, la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor (DGCPT) a également été touchée. Après avoir initialement fait état d’un incident affectant une partie de ses systèmes, l’administration a confirmé l’existence d’actes malveillants ayant perturbé certains services et plateformes numériques et entraîné une diffusion irrégulière d’informations. Des informations de presse ont par ailleurs fait état de plusieurs dizaines de gigaoctets de données qui auraient été exposés sur le dark web.

Pris ensemble, ces incidents constituent un signal d’alerte. Ils interrogent notre capacité à prévenir les attaques, protéger les données, assurer la continuité des services publics et préserver la confiance dans le patrimoine informationnel de l’État.

Lorsqu’un service public numérique devient indisponible, lorsqu’une base stratégique est soupçonnée d’avoir été compromise ou lorsque des informations sensibles sont diffusées, ce n’est plus seulement un incident technique. C’est la confiance dans l’État, ses infrastructures numériques et sa capacité à protéger les informations qui lui sont confiées qui est en jeu.

Restaurer la confiance dans les outils de l’État

Cette érosion de confiance se manifeste également à l’intérieur de l’administration. Le manque de confiance dans certains outils de l’intranet administratif pousse des structures à recourir à des solutions parallèles : messageries personnelles, services cloud étrangers, applications de communication non homologuées ou partage de documents par des canaux non sécurisés.

Le phénomène concerne notamment la messagerie gouvernementale Gouv.sn. Certains fonctionnaires et agents de l’État continuent d’utiliser des services publics tels que Gmail ou Hotmail pour leurs échanges professionnels. Ces pratiques peuvent exposer les données de l’État à des risques d’interception, d’accès non autorisé, de conservation hors du territoire national, de perte de traçabilité et de contrôle institutionnel.

L’encadrement de ces usages n’est pourtant pas nouveau. En 2016, le Président de la République Macky Sall avait donné des instructions visant à proscrire l’utilisation des messageries électroniques gratuites telles que Gmail, Hotmail ou Yahoo pour les communications professionnelles de l’État, au profit des outils institutionnels. Cette orientation avait notamment été confortée par la circulaire n°0288 du 8 avril 2016 relative à la messagerie électronique et la circulaire n°0328 du 12 mai 2016 relative à la sécurité des systèmes d’information et à la cybersécurité.

Il est donc nécessaire de réaffirmer ces exigences, d’en assurer le contrôle effectif et de prévoir, lorsque cela est nécessaire, des mesures disciplinaires proportionnées aux manquements constatés.

Mais l’interdiction ne suffit pas.

Il faut rendre les outils numériques de l’État suffisamment dignes de confiance, simples, performants et disponibles pour qu’ils soient naturellement privilégiés par leurs utilisateurs.

Sénégal Numérique S.A. doit disposer des moyens nécessaires pour moderniser et sécuriser notamment l’intranet administratif, Gouv.sn et le Système de gestion et de suivi du courrier administratif (SYGEC).

Cette transformation doit investir dans la qualité et la continuité du service, la formation des agents, l’ergonomie des interfaces, l’assistance aux utilisateurs et la disponibilité permanente des services.

La souveraineté numérique passe donc autant par la règle que par la confiance accordée à l’offre publique numérique.

La donnée est un patrimoine national

Un État qui ne maîtrise pas ses infrastructures, ses données et ses systèmes d’information ne peut garantir pleinement la sécurité de son économie ni la protection de ses citoyens.

La souveraineté numérique n’est pas l’isolement. C’est la capacité de l’État à comprendre, contrôler et orienter les conditions dans lesquelles ses données, ses services et ses infrastructures sont exploités.

Cela implique la maîtrise des réseaux administratifs, des datacenters publics, des plateformes stratégiques et des services cloud de l’État, mais aussi une connaissance précise des dépendances technologiques, des flux de données et des responsabilités des prestataires.

Les contrats stratégiques doivent intégrer des exigences de localisation, de réversibilité, d’interopérabilité et d’audit.

Les données administratives, économiques, sanitaires, éducatives et territoriales constituent une richesse stratégique. Elles ne sont pas de simples fichiers. Elles font partie du patrimoine informationnel de la Nation.

Le New Deal Technologique doit donc garantir une gouvernance claire : chaque citoyen doit pouvoir savoir quelles données sont collectées, pour quelles finalités, qui y accède et combien de temps elles sont conservées. Les traitements doivent être loyaux, transparents et proportionnés et des mesures techniques et organisationnelles doivent prévenir les pertes, les vols et les usages abusifs.

La valorisation de la donnée ne peut être durable que si elle s’accompagne de la protection des droits de ceux qui la produisent.

Toutes les bases de données doivent être gouvernées

Cette exigence concerne également les bases de données constituées et gérées par des tiers : opérateurs de télécommunications, établissements financiers, entreprises privées, plateformes numériques, partis politiques, associations ou organisations non gouvernementales.

Ces acteurs collectent quotidiennement des informations relatives à l’identité, aux coordonnées, aux habitudes, aux activités, aux relations et parfois à la situation personnelle des citoyens.

L’autorisation délivrée par la Commission de protection des Données (CDP) ne saurait être interprétée comme une autorisation permanente, générale et illimitée. Elle s’inscrit dans un cadre, une finalité et des conditions déterminés.

Le responsable du traitement demeure tenu de respecter ses obligations en matière de sécurité, de confidentialité, de finalité, de conservation, d’accès et d’utilisation des données.

Une véritable politique de contrôle continu doit permettre de vérifier la légitimité des traitements, la finalité de la collecte, la sécurité des systèmes, les conditions d’accès et de partage, la durée de conservation et la destruction effective des données lorsqu’elles ne sont plus nécessaires.

Aucune base de données contenant des informations personnelles ne doit échapper à un cadre de gouvernance, de contrôle et de responsabilité, quel que soit le statut de l’organisme qui la détient.

Cette exigence concerne également les collectivités territoriales. La numérisation de l’état civil, de la gestion foncière, des recettes locales, des services aux citoyens et des données territoriales crée de nouveaux patrimoines informationnels qui doivent bénéficier du même niveau d’exigence en matière de sécurité, de sauvegarde, de contrôle des accès et de continuité de service.

La confiance numérique doit donc être construite jusque dans les territoires.

La loi de 2008 sur la protection des données personnelles mérite d’être actualisée face à l’ampleur prise par la collecte des données, la biométrie et les nouveaux usages numériques. Le renforcement des moyens humains, techniques et financiers de la CDP constitue également un impératif.

De même, le Code des communications électroniques doit pouvoir évoluer afin d’adapter la régulation aux réalités des réseaux, du cloud, des plateformes numériques, de l’Internet des objets, de l’intelligence artificielle et des services numériques transfrontaliers, tout en renforçant les exigences de sécurité, de résilience, d’intégrité des réseaux et de protection des utilisateurs.

Protéger le citoyen numérique

Le numérique doit servir chaque citoyen. Il ne doit porter atteinte ni à son identité, ni à sa dignité, ni à sa vie privée, ni à ses libertés fondamentales.

Les fraudes liées au mobile money se sont multipliées et professionnalisées. Des réseaux organisés pratiquent le SIM swapping, avec fabrication de fausses cartes d’identité, transfert illégal de lignes téléphoniques, réinitialisation des codes d’accès et vidage de comptes Orange Money ou Wave. Certaines affaires ont fait apparaître des préjudices dépassant cent millions de francs CFA.

S’y ajoutent la diffusion non consentie de contenus intimes, le cyberharcèlement, le phishing et les faux sites administratifs reproduisant l’apparence de services publics, de plateformes de paiement, de concours ou de démarches administratives.

La confiance numérique suppose donc que chaque citoyen puisse identifier avec certitude les services officiels, vérifier l’authenticité des plateformes et disposer de mécanismes de recours effectifs.

L’usager n’est ni un simple fournisseur de données ni un consommateur captif. Les plateformes et les administrations doivent construire avec lui une relation transparente, responsable et équilibrée.

Le Sénégal numérique doit également atteindre les populations vulnérables, les zones rurales et les personnes peu familiarisées avec le numérique. L’inclusion ne consiste pas seulement à donner accès à la technologie. Elle consiste à donner à chacun les moyens de l’utiliser avec confiance, discernement et sécurité.

Technologie, éthique et égalité

La technologie n’est jamais neutre lorsqu’elle affecte les libertés et les droits.

L’intelligence artificielle, la biométrie, les objets connectés, le cloud et les systèmes de paiement ouvrent des perspectives considérables. Leur développement doit cependant s’accompagner d’une exigence éthique permanente.

Nous devons placer au centre trois valeurs : la compétence, parce que la confiance exige des professionnels qualifiés et des décisions fondées sur la connaissance ; la bienveillance, parce que la technologie doit améliorer la vie des personnes et non aggraver leurs vulnérabilités ; l’intégrité, parce que la confiance ne peut exister sans honnêteté, responsabilité et respect des engagements.

À ces valeurs s’ajoutent la proximité et la simplicité. La complexité technique ne doit jamais devenir un obstacle à l’exercice des droits.

Cette exigence concerne aussi les plateformes utilisées pour les examens, les concours et les recrutements. Lorsqu’un accès à une opportunité dépend d’un système numérique, celui-ci doit garantir la confidentialité des données, l’égalité de traitement, la traçabilité des opérations, l’intégrité des résultats et la possibilité d’auditer les processus.

La transformation numérique ne doit jamais créer de nouvelles formes d’opacité ou d’injustice.

La cybersécurité est une priorité nationale

Les menaces numériques touchent désormais les administrations, les infrastructures critiques, les banques, les hôpitaux, les écoles et les citoyens.

La cybersécurité exige des capacités renforcées de prévention, de détection et de réaction, le développement des compétences nationales et une meilleure maîtrise des risques liés à l’obsolescence des équipements, aux services cloud et aux interconnexions.

Le Sénégal doit disposer d’un écosystème de cybersécurité à la hauteur des ambitions du New Deal Technologique.

Sans capacité nationale de cybersécurité, la confiance numérique reste un vœu pieux.

Dans le secteur de la santé, les conséquences peuvent être particulièrement graves. Une cyberattaque contre un hôpital peut affecter les admissions, les examens, les prescriptions, les dossiers patients ou certains équipements connectés et ainsi perturber directement la continuité des soins.

La cybersécurité des établissements de santé doit donc être considérée comme une composante essentielle de la sécurité nationale et de la protection des citoyens.

Les grandes plateformes numériques soulèvent également des questions de maîtrise des données, de transparence algorithmique et de responsabilité. Le Sénégal doit rechercher des partenariats équilibrés, la transparence des engagements contractuels, le respect effectif des droits des utilisateurs et des solutions adaptées aux intérêts nationaux.

La même exigence doit s’appliquer à la commande publique numérique. La dématérialisation des marchés publics peut renforcer la transparence, réduire les risques de manipulation et faciliter l’audit des procédures, à condition que les plateformes soient sécurisées, accessibles, traçables et protégées contre les altérations et les accès non autorisés.

Une culture numérique sénégalaise

Internet est un espace de liberté, de débat et de participation citoyenne. Cette liberté doit être préservée, mais elle doit également s’accompagner de responsabilité.

La désinformation, la diffamation, les discours de haine, les escroqueries et les atteintes à la vie privée fragilisent la cohésion sociale.

Le Sénégal doit promouvoir une culture numérique fondée sur le respect des personnes, la vérification de l’information et l’application du droit.

Les valeurs de Jom, Ngor, Kersa, Sutura et Fulleu peuvent contribuer à construire cette éthique numérique sénégalaise, en rappelant que la modernité technologique ne doit pas conduire à l’abandon des principes qui fondent notre société.

La lutte contre les abus numériques doit rester inscrite dans le respect des libertés publiques et des garanties de l’État de droit.

La confiance se construit également par l’éducation, la formation et la sensibilisation. Dès l’école et tout au long de la vie, les citoyens doivent être formés aux risques numériques, aux pratiques de cybersécurité et aux moyens de vérifier l’information.

Les entreprises doivent être accompagnées dans la gouvernance de leurs données et la sécurisation de leurs services. Les administrations doivent intégrer la confiance numérique dans leurs projets et les professionnels du numérique doivent être formés aux exigences techniques, juridiques et éthiques de leur métier.

Maîtriser nos infrastructures et nos flux

Le New Deal Technologique ne peut réussir sans instaurer une relation de confiance entre l’État, les citoyens, les entreprises et les acteurs technologiques.

Les opérateurs de télécommunications et les prestataires technologiques doivent apporter davantage de transparence sur l’hébergement et la localisation des données, les infrastructures utilisées, les flux de données, les interconnexions, les sous-traitants et les conditions de traitement et de conservation.

L’État et les citoyens doivent pouvoir savoir où sont leurs données, qui peut y accéder, dans quelles conditions elles sont traitées et sous quelle juridiction elles peuvent se trouver.

Dans cette logique, le renforcement et la généralisation du point d’échange Internet national (IXP) doivent constituer une priorité stratégique.

Les opérateurs de télécommunications et fournisseurs d’accès à Internet devraient assurer l’interconnexion de leurs réseaux au point d’échange national pour le trafic Internet national destiné à être échangé localement, dans le respect des règles techniques et réglementaires.

L’objectif est d’éviter qu’un échange entre deux utilisateurs ou services situés au Sénégal ne transite inutilement par des infrastructures étrangères. Cela permettrait de réduire la latence et les coûts, d’améliorer la résilience des communications, d’optimiser les infrastructures nationales et de renforcer la maîtrise des flux numériques du pays.

Hébergement national et certification des datacenters

La situation des infrastructures d’hébergement mérite également une attention particulière. Des tests techniques tels que le ping, le traceroute ou le tracert peuvent, pour certaines plateformes et certains sites stratégiques de l’État, apporter des indices sur les chemins réseau et certaines dépendances techniques.

Ils peuvent ainsi soulever des interrogations sur la localisation effective des infrastructures, les conditions d’hébergement et la maîtrise des flux.

Comment instaurer une confiance numérique durable si des plateformes et services critiques de l’État sont hébergés ou dépendent d’infrastructures situées à l’international alors que le Sénégal dispose d’une infrastructure nationale présentée comme répondant à des exigences de niveau Tier III ?

Il convient également de ne pas confondre une certification de conception avec la certification du datacenter effectivement construit et exploité.

Dans le référentiel de l’Uptime Institute, la Tier Certification of Design Documents (TCDD) porte sur les documents de conception. La Tier Certification of Constructed Facility (TCCF) porte sur l’installation effectivement construite. La Tier Certification of Operational Sustainability (TCOS) concerne les pratiques et les risques liés à l’exploitation durable du datacenter.

Ainsi, une conception certifiée Tier III ne signifie pas, à elle seule, que le datacenter construit, mis en production et exploité est certifié Tier III.

L’État doit connaître précisément le niveau de certification réellement obtenu par chaque infrastructure critique, sa portée, son périmètre, sa date d’obtention, son statut actuel et les conditions éventuelles de son maintien.

Pour les infrastructures destinées à héberger les données et services stratégiques de l’État, la certification doit être considérée comme un élément vérifiable de la politique nationale de résilience, de sécurité et de confiance numérique.

Faire de la confiance numérique un objectif mesurable

La confiance numérique ne peut reposer uniquement sur des déclarations de principe, des autorisations administratives ou la modernisation apparente des infrastructures.

Elle doit pouvoir être mesurée, vérifiée et auditée techniquement.

La souveraineté numérique suppose de connaître précisément où sont hébergées les données et plateformes critiques de l’État, par quels réseaux elles transitent, quelles infrastructures les supportent, qui peut y accéder et selon quelles garanties de sécurité, de résilience et de continuité de service.

Le New Deal Technologique doit donc faire de la confiance numérique un objectif transversal, intégré à la conception, au déploiement et à l’exploitation de tous les services numériques stratégiques.

Cybersécurité, protection des données, souveraineté des infrastructures, continuité des services, gouvernance des données et formation des utilisateurs doivent être réunies dans un cadre national de confiance numérique.

Ce cadre devrait définir des exigences minimales de sécurité, de localisation et de maîtrise des données, de résilience, d’interopérabilité, de réversibilité, de traçabilité et d’audit, avec des indicateurs permettant d’en mesurer régulièrement l’application et les progrès.

Recommandations

• Mettre en place une cartographie nationale des données, des infrastructures critiques et des flux numériques stratégiques.

• Réaliser régulièrement des audits techniques des plateformes et services numériques stratégiques de l’État, notamment sur les chemins réseau, la localisation des données, l’hébergement et les dépendances technologiques.

• Rendre obligatoire, pour les opérateurs et fournisseurs d’accès concernés, l’interconnexion au point d’échange Internet national (IXP) pour le trafic national destiné à être échangé localement, dans le respect des règles applicables.

• Donner la priorité à l’hébergement national des plateformes, systèmes et données critiques de l’État, sous réserve d’exigences strictes de sécurité, de résilience et de continuité.

• Clarifier et contrôler les niveaux de certification des datacenters en distinguant la certification de conception, celle de l’installation construite et celle relative à la continuité opérationnelle.

• Mettre en place un cadre national de conformité technique et de souveraineté numérique applicable aux infrastructures et services numériques stratégiques de l’État.

• Moderniser le cadre juridique applicable aux données personnelles et renforcer les moyens humains, techniques et financiers de la CDP afin d’assurer un contrôle continu et effectif des traitements.

• Évaluer et actualiser, lorsque nécessaire, le Code des communications électroniques afin de l’adapter aux évolutions technologiques et de renforcer les exigences de sécurité, de résilience et de protection des utilisateurs.

• Renforcer les moyens et capacités de l’ARTP en matière d’interconnexion, de résilience, de sécurité et de maîtrise des ressources critiques.

• Moderniser et renforcer la confiance dans l’intranet administratif, Gouv.sn et le SYGEC en améliorant leur disponibilité, leur ergonomie, leur sécurité, leur assistance aux utilisateurs et leur interopérabilité.

• Renforcer les exigences de réversibilité, d’interopérabilité et de portabilité dans les projets et contrats numériques publics.

• Publier périodiquement un état de la souveraineté numérique des infrastructures publiques afin de mesurer les dépendances, les progrès réalisés et les risques résiduels.

• Mettre en place un dispositif national de gestion et de notification des incidents numériques permettant une détection, une coordination et une réponse rapides.

• Intégrer les exigences de sécurité, de souveraineté et de résilience dès la conception des projets numériques publics, dans les marchés et les contrats conclus avec les prestataires.

• Déployer un programme national permanent de sensibilisation et de formation à la confiance numérique destiné aux agents publics, aux entreprises et aux citoyens, notamment sur le phishing, l’usurpation d’identité, la fraude numérique et les fuites de données.

Pour un Sénégal numérique digne de confiance

Le New Deal Technologique nous offre l’occasion de bâtir un modèle numérique qui n’accepte plus les dépendances subies mais affirme la capacité du Sénégal à maîtriser son avenir technologique.

Un Sénégal numérique souverain est un Sénégal qui protège ses données, sécurise ses infrastructures, respecte ses citoyens et développe ses propres compétences.

Un Sénégal numérique digne de confiance est un Sénégal qui place l’humain au cœur de l’innovation et fait de la technologie un instrument de progrès, de justice et de développement.

Pour rendre cet objectif effectivement mesurable, le New Deal Technologique devrait être accompagné d’un Tableau de bord national de la confiance numérique, permettant de suivre dans le temps la sécurité, la résilience, la souveraineté et la qualité des services numériques du pays :

• disponibilité des services publics numériques ;

• taux d’interconnexion des opérateurs et fournisseurs d’accès au point d’échange Internet national ;

• part des données stratégiques maîtrisées ou localisées selon les exigences applicables ;

• délai moyen de détection et de réponse aux incidents ;

• taux de conformité des infrastructures critiques ;

• niveau de réversibilité des contrats stratégiques ;

• niveau de sécurisation des plateformes publiques ;

• niveau de sensibilisation et de formation des agents et citoyens.

Elhadji Wack Ndiaye
EXPERT EN POLITIQUES PUBLIQUES NUMÉRIQUES & SOUVERAINETÉ TECHNOLOGIQUE
Analyste en Transformation Digitale de l’État & Gouvernance des Systèmes d’Information

(Source : Social Net Link, 25 septembre 2026)

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