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Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > L’IA au cœur de la gouvernance publique sénégalaise : Entre espoirs de (…)

L’IA au cœur de la gouvernance publique sénégalaise : Entre espoirs de progrès et impératifs éthiques

vendredi 20 février 2026

Le Sénégal, comme de nombreux autres États, concentre toute son attention sur l’intelligence artificielle comme outil de modernisation de son administration. De l’amélioration de l’efficacité des services sociaux à l’optimisation du ciblage fiscal, les algorithmes offrent un potentiel d’augmentation significative de l’efficacité. Pourtant, ce sont ces avancées numériques qui suscitent de profondes inquiétudes quant à la transparence, la traçabilité et l’équité des décisions automatisées et les fondements éthiques de cette technologie en tant qu’innovation.

L’intégration croissante de l’intelligence artificielle (IA) dans la gouvernance publique est en cours, et le Sénégal ne fait pas exception à ce processus. Conscientes du potentiel de transformation de l’IA dans la société, les autorités sénégalaises mettent activement en œuvre cette approche, l’intégrant à chaque étape de leurs stratégies de développement.

Suivant la Stratégie Nationale d’Intelligence Artificielle (SNIA) 2023-2028, établie par le Ministère de la Communication, des Télécommunications et de l’Économie Numérique, le Nouveau Pacte Technologique, une stratégie agressive visant à centraliser la technologie numérique au cœur de la gouvernance publique, a été lancée en février 2025. Cette stratégie vise à exploiter l’IA comme un moteur clé du développement inclusif et durable. Elle met en avant les secteurs prioritaires dans lesquels l’IA devrait jouer un rôle de premier plan notamment l’agriculture, la santé, l’éducation et, bien sûr, l’administration publique.

L’IA au service de l’efficacité administrative : des exemples concrets au Sénégal

L’IA dans l’administration publique est polyvalente dans son application et se concentre principalement sur l’efficacité des services et l’utilisation efficace des ressources. Elle vise également à intégrer l’IA dans les politiques et fonctions locales, améliorant la transparence, la responsabilité et la redevabilité.

Le Programme National de Bourses de Sécurité Familiale (PNBSF) est à l’avant-garde des services sociaux pour cette raison. Ce programme essentiel, basé en grande partie sur le Registre National Unique (RNU), sélectionne les bénéficiaires dont l’aide est cruciale pour protéger les familles pauvres. Les algorithmes permettent dans ce cas de rendre le processus de sélection plus pratique et d’éviter les erreurs d’inclusion ou d’exclusion, afin que l’aide soit distribuée plus efficacement.

De nouvelles remarques, faites spécifiquement par le Premier ministre Ousmane Sonko après le Conseil des ministres du jeudi 11 décembre 2025, révèlent un souhait de recentrer l’attention de ces bourses et de renforcer le ciblage pour garantir l’équité et minimiser tout biais.

La Direction Générale des Impôts et des Domaines (DGID) a entrepris une numérisation accélérée des impôts, mettant en œuvre des systèmes de déclaration et de paiement électroniques. En plus de la simple dématérialisation, l’IA est également envisagée comme un croisement intelligent des données foncières et fiscales, une arme importante dans la lutte contre l’évasion fiscale et la génération de revenus des entités étatiques. Des travaux de modernisation sont également en cours pour automatiser certains contrôles selon le profil de risque pour permettre à la DGID de mieux cibler les contribuables à risque ainsi que de se concentrer sur les efforts de recouvrement.

Le développement de l’IA a également stimulé le secteur agricole, qui est un secteur clé de l’économie. Des sociétés telles que l’Institut Sénégalais de Recherches Agricoles (ISRA) et le Bureau d’Analyse Macroéconomique (BAME) recherchent l’intelligence artificielle (IA) et les informations basées sur les satellites pour évaluer les rendements agricoles et affiner les subventions aux agriculteurs. Cela permet une meilleure planification agricole, une gestion plus efficace des ressources et une réponse plus rapide aux défis climatiques.

À une plus grande échelle, la plateforme « Services Sénégal » capte l’ambition de l’État de dématérialiser de nombreux processus administratifs, rendant l’accès aux services publics plus accessible et plus rapide pour les citoyens. De telles initiatives, en théorie du moins, ne sont que les premiers pas vers une transformation plus fondamentale, dans laquelle l’IA sera utilisée pour améliorer la gestion des infrastructures, la planification urbaine et même la sécurité publique.

Les promesses d’efficacité face aux risques d’opacité et de biais

Les avantages potentiels de l’efficacité de l’IA pour une gouvernance publique efficace peuvent être perçus dans la gouvernance publique activée par l’IA en surmontant la transparence de l’IA. Réduire le temps de traitement des dossiers, optimiser les ressources rares, recevoir plus de recettes fiscales et plus d’ouverture à la propriété foncière, tous ces avantages peuvent contribuer à transformer positivement la relation de l’État avec ses citoyens. L’IA a le potentiel d’aider à faciliter une administration plus réactive, individualisée et, dans son fonctionnement, plus équitable.

Pourtant, cette progression technologique s’accompagne de défis et de risques, notamment autour de l’opacité et des biais algorithmiques. L’un des principaux dangers est que les algorithmes eux-mêmes soient considérés comme une sorte de boîte noire, leur fonctionnement interne, souvent incompréhensible même pour les experts, en fin de compte. L’opacité rend difficile, voire impossible, pour un citoyen de savoir pourquoi une règle sur ces problèmes aurait été prise parce que la décision pourrait être le résultat d’une automatisation, purement automatisée, ou en essence, complètement automatisée. Le manque de transparence dans les critères de sélection ou de ciblage, au Sénégal, et ailleurs, peut entraîner une perte de confiance du public dans l’administration. Le risque de discrimination automatisée est un autre facteur clé.

Parce que les algorithmes sont entraînés sur des données historiques, qui sont représentatives des inégalités existantes ou des formes de biais auxquelles la société est confrontée, ces algorithmes peuvent parfois être biaisés, renforçant les biais ou même les amplifiant. Un algorithme de ciblage des prestations sociales, par exemple, pourrait exclure des populations véritablement vulnérables en raison d’une mauvaise conception ou de données inadéquates, générant ainsi, de nouveaux modes d’injustice sociale.

Le cas du RNU, bien que visant à une meilleure équité, doit être constamment audité pour s’assurer qu’il ne génère pas de biais involontaires. Alors que le ciblage par algorithmes a désavantagé certains sous-ensembles de la société, tels que les mères célibataires et les personnes handicapées dans des cas spécifiques dans d’autres environnements, d’autres le trouvent bénéfique pour des populations spécifiques. Le Sénégal est également confronté à un problème majeur qui est la souveraineté numérique. Une dépendance excessive aux technologies, plateformes ou modèles d’IA empruntés à l’étranger peut poser des problèmes quant à la sécurité de l’utilisation des données, au contrôle qu’il exerce et à l’acquisition d’une autonomie stratégique. Le Sénégal doit construire ses propres outils d’IA et maîtriser les technologies qu’il utilise.

Il faut aussi noter que notre pays ambitionne de connecter un million de citoyens à Internet gratuitement d’ici fin 2026, notamment via des antennes satellitaires, pour réduire la fracture numérique, particulièrement en zone rurale. Cette initiative, liée à un « New Deal Technologique », cible l’éducation, la santé et l’administration.

Bien que la connectivité Internet devienne de plus en plus courante, la fracture numérique pourrait encore être aggravée par l’utilisation de l’IA, à moins que la disponibilité des services numériques ne soit universelle et accessible de manière équitable. Avec la technologie entre les mains de certains citoyens mais des outils hors de leur portée et des compétences manquantes chez d’autres, l’accès aux points de service clés pourrait être restreint.

Traçabilité et éthique : les pierres angulaires d’une IA responsable

En réponse à ces défis, le Sénégal s’engage à fournir les cadres réglementaires et éthiques nécessaires pour une IA responsable. Au cœur de cet effort se trouve la gouvernance des données, dirigée par la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) et l’Agence Sénégalaise du Numérique (SENUM SA ; anciennement ADIE).

La loi de 2008 sur la protection des données personnelles est en cours de mise à jour pour refléter les particularités et les dimensions éthiques de l’IA, d’autant plus l’acquisition, le traitement et la gestion des données personnelles par les systèmes algorithmiques. La transparence est une base. Les citoyens doivent savoir que l’IA peut être utilisée dans les affaires administratives qui les concernent. Cela englobe une communication transparente des objectifs de tous les systèmes, des données utilisées et des conditions de décision. Un aspect critique est le « droit à l’explication ». Les utilisateurs doivent savoir comment une décision a été prise et pouvoir, si nécessaire, la contester. Bien que la publication systématique des codes sources puisse être complexe, l’explicabilité des mécanismes algorithmiques est une condition préalable.

L’humain dans la boucle garantit que les décisions critiques sont prises avec la participation humaine à tout moment. Cela garantit que l’intervention humaine est toujours possible afin de valider, refuser ou modifier les résultats produits par un algorithme, évitant ainsi une automatisation aveugle et potentiellement injuste. Cela nécessite de former les agents publics à l’utilisation et à la supervision de ces outils particuliers, et de spécifier qui devrait être responsable en cas d’erreur d’un algorithme. L’éthique de l’IA est un domaine en développement ici au Sénégal. Des efforts pour renforcer la sensibilisation éthique de l’IA à travers des initiatives travaillant en collaboration avec l’UNESCO, ainsi que pour créer des recommandations concrètes pour une gouvernance éthique. Nous travaillons vers un objectif d’assurer l’application et la mise en œuvre des systèmes d’IA en termes de respect des valeurs fondamentales de la citoyenneté, notamment les principes d’équité, de non-discrimination et de respect de la dignité humaine, ancrés dans la société sénégalaise. Cela inclut le développement de normes éthiques, la mise en place de comités d’éthique et l’encouragement de la recherche responsable en IA.

Le Sénégal fait partie d’un schéma mondial pour la régulation de l’IA. Le règlement européen sur l’IA, bien qu’il ne soit pas applicable ici, est une référence pour catégoriser les systèmes d’IA en classes de risque, et pour les services sociaux, de nombreux exemples seraient considérés comme des situations potentiellement « à haut risque » nécessitant une plus grande transparence et une surveillance accrue, comme en témoigne l’utilisation de systèmes pour les services sociaux. Le Sénégal prend note de ces cadres pour développer sa législation et ses pratiques.

Un avenir numérique responsable pour le « Sénégal »

L’intelligence artificielle représente une opportunité remarquable au Sénégal pour la gouvernance publique, le service et le développement économique. Certaines des initiatives déjà mises en œuvre, qu’il s’agisse de bourses pour les familles, de repenser la fiscalité ou d’optimiser l’agriculture, montrent une volonté politique de faire partie de cette révolution numérique. Mais pour que cette évolution soit véritablement productive et participative, elle doit se faire avec une attention aiguë et une rigueur éthique élevée. Trouver un équilibre entre les avantages de l’efficacité et la protection des droits fondamentaux des citoyens est délicat mais vital.

La transparence des algorithmes utilisés par les machines, la traçabilité du processus automatisé, l’assurance de l’implication humaine et la construction d’une structure éthique solide, sont tous des piliers sur lesquels l’IA responsable doit reposer dans l’intérêt général.

Le Sénégal se présente comme un modèle et une opportunité pour l’Afrique de montrer que l’utilisation du plein potentiel de l’IA a le potentiel de protéger non seulement la protection des principes démocratiques mais aussi la confiance entre l’État et le peuple qui peut exister lors de l’utilisation de l’IA dans leur vie personnelle. C’est un chemin difficile mais prometteur vers un avenir de plus en plus numérique où l’innovation et la responsabilité sont en harmonie.

Alioune BA, Spécialiste en Ethique de l’IA
baalioune87[@]gmail.com

(Source : Dakar Actu, 20 février 2026)

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