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Accueil > Ressources > Points de vue > 2026 > GouvNum : faire de la donnée et de l’intelligence artificielle des leviers (…)

GouvNum : faire de la donnée et de l’intelligence artificielle des leviers de souveraineté numérique, de rationalisation budgétaire et de transformation de l’État

mercredi 21 octobre 2026

Point de vue

New Deal Technologique | Le Manifeste d’Elhadji Wack NDIAYE sur Projet de loi de finances pour l’année 2027 (PLF 2027) — GouvNum : faire de la donnée et de l’intelligence artificielle des leviers de souveraineté numérique, de rationalisation budgétaire et de transformation de l’État

« le PLF 2027 : cadre budgétaire ; le GouvNum : levier de coordination et de gouvernance ; et la donnée et l’IA : instruments de performance publique et de souveraineté numérique. »

Introduction & Cadrage budgétaire : Le tournant du PLF 2027

Le Projet de loi de finances (PLF) 2027 met particulièrement en évidence les défis budgétaires majeurs auxquels le Sénégal est confronté. Il souligne la nécessité impérative de concilier la consolidation des finances publiques, la relance de la croissance économique, la modernisation de l’administration et la protection sociale des populations.

Avec un budget global projeté à 7 363,7 milliards de FCFA, des recettes estimées à 6 012,1 milliards de FCFA, en progression de 2,8 %, et une croissance économique prévue à 2,4 %, l’objectif de ramener le déficit budgétaire à 4,7 % du PIB ne saurait reposer uniquement sur des coupes budgétaires traditionnelles ou aveugles. Une telle approche comporterait le risque de fragiliser l’activité économique, de limiter les capacités d’investissement de l’État et de réduire les marges de manœuvre nécessaires à la mise en œuvre des politiques publiques.

Dans ce contexte de forte contrainte financière où le service de la dette pèse lourdement sur les besoins de financement et où les secteurs régaliens et sociaux exigent des investissements soutenus, les 2 392,3 milliards de FCFA consacrés au capital humain, soit 39 % des crédits hors dette illustrent l’importance des choix budgétaires qui devront être opérés. La consolidation budgétaire doit donc s’appuyer sur une meilleure mobilisation des ressources, une maîtrise rigoureuse des dépenses, une réduction des inefficacités et une efficacité accrue de l’action publique.

C’est précisément à ce niveau que le numérique, la donnée et l’intelligence artificielle (IA) doivent cesser d’être perçus comme de simples secteurs d’investissement pour devenir des infrastructures transversales de transformation de l’État, de performance publique et de souveraineté budgétaire. L’enjeu n’est pas simplement de numériser davantage de procédures mais il consiste à faire en sorte que chaque investissement numérique contribue à améliorer la qualité des services publics, à renforcer les capacités de décision de l’administration, à réduire les coûts évitables et à produire davantage de valeur pour les citoyens.

La donnée constitue, dans cette perspective, une ressource stratégique car elle permet de mieux connaître les réalités économiques et sociales, d’identifier les besoins, d’évaluer les politiques publiques et de détecter les incohérences qui affectent la mobilisation des recettes ou l’exécution des dépenses. L’IA peut amplifier ces capacités, à condition d’être utilisée dans un cadre maîtrisé, sécurisé, transparent et respectueux des droits.

La question centrale du PLF 2027 doit donc être la suivante : comment mobiliser la donnée et l’IA pour améliorer durablement le rendement des ressources publiques, rationaliser les dépenses et renforcer la souveraineté numérique plutôt que d’alourdir davantage le quotidien des citoyens par de nouvelles taxations et des hausses de prélèvements obligatoires ?

Le véritable enjeu du PLF 2027 est de faire évoluer la logique de consolidation budgétaire : passer d’une approche principalement centrée sur la mobilisation de recettes supplémentaires et la maîtrise des dépenses à une approche qui exploite pleinement le potentiel de la donnée et de l’IA pour améliorer le rendement des ressources existantes, réduire les inefficacités et accroître la valeur publique produite par chaque franc dépensé. Il ne s’agit pas d’opposer la fiscalité à la transformation numérique mais de donner à l’État les moyens de mieux recouvrer les recettes dues, de mieux dépenser et de mieux servir les citoyens sans faire peser systématiquement sur eux de nouvelles charges.

Le GouvNum : l’instance stratégique d’exécution

Créé par le décret n° 2025-383 du 4 mars 2025, le Comité de Gouvernance du Numérique (GouvNum) vise à assurer la cohérence et la coordination des projets numériques de l’État, tout en favorisant la mutualisation des investissements publics. Installé le vendredi 16 octobre 2026, sous l’autorité du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô et sous la coordination du ministre des Télécommunications et du Numérique, Samba Diouf, le GouvNum constitue un cadre stratégique destiné à renforcer la cohérence de l’action numérique de l’État et à coordonner les initiatives des ministères et des structures publiques concernées.

Sa mission doit revêtir une importance particulière et immédiate dans le contexte de la préparation et de l’exécution du Projet de loi de finances (PLF) 2027. La multiplication des projets numériques, les besoins d’interopérabilité, la nécessité de rationaliser les investissements et les exigences de sécurité imposent une coordination renforcée entre les administrations. Cette instance doit notamment contribuer à éviter la fragmentation des systèmes d’information, les investissements redondants, les solutions incompatibles et les dépenses qui ne produisent pas les résultats attendus. Elle doit permettre de rapprocher les ambitions du New Deal Technologique des priorités budgétaires, des besoins opérationnels des administrations et des résultats attendus pour les citoyens.

Le GouvNum ne doit pas être un comité supplémentaire de coordination mais le mécanisme de pilotage qui transforme les ambitions du New Deal Technologique en priorités budgétaires en projets mutualisés et en résultats mesurables pour l’État et les citoyens.

Pour rappel, ce cadre de gouvernance s’inscrit dans l’ambition de faire du Sénégal une société numérique performante à l’horizon 2034 autour d’objectifs chiffrés et structurants :

– Porter à 15 % la contribution du numérique au PIB ;
– Créer 150 000 emplois directs ;
– Digitaliser 90 % des procédures administratives ;
– Garantir un taux de connectivité de 90 % sur l’ensemble du territoire ;
– Doter 90 % des citoyens d’une identité numérique sécurisée.

Ces objectifs ne pourront toutefois être atteints par la seule acquisition de matériels, le déploiement de plateformes ou la multiplication de projets informatiques. Ils exigent une transformation plus profonde des méthodes de travail de l’administration, de la gestion des ressources publiques, de la circulation de l’information et de la capacité de l’État à exploiter ses propres données.

Le GouvNum doit ainsi devenir un instrument de cohérence stratégique, de suivi des résultats et de responsabilisation des acteurs publics. Il doit également favoriser la définition d’indicateurs mesurables permettant d’évaluer les gains économiques, administratifs et sociaux réellement produits par les investissements numériques.

A cet effet, pour opérationnaliser cette ambition face aux défis du PLF 2027, cinq orientations stratégiques majeures doivent être portées autour de la donnée et de l’IA en s’appuyant sur les institutions publiques chargées de leur mise en œuvre opérationnelle, de la gestion des infrastructures et de la régulation du secteur numérique.

Par ailleurs, le GouvNum doit instaurer une évaluation budgétaire systématique des projets numériques. Ainsi, tout projet numérique public devrait faire l’objet d’une évaluation préalable portant sur son coût total de possession : acquisition, développement, licences, hébergement, connectivité, cybersécurité, maintenance, évolution, formation et renouvellement des équipements. Cette évaluation devrait également examiner les solutions déjà disponibles au sein de l’État, les possibilités de mutualisation, les risques de dépendance technologique et les conditions de réversibilité.

Le GouvNum pourrait ainsi promouvoir un cadre commun d’évaluation permettant de comparer les investissements, de prévenir les doublons et de mesurer les gains réellement obtenus sur la durée. L’objectif est de passer d’une logique d’acquisition de solutions numériques à une logique de maîtrise durable de leur coût et de leur valeur publique.

Cinq orientations stratégiques pour le PLF 2027

1. Mobilisation des recettes fiscales : faire de la donnée et de l’IA un levier de souveraineté budgétaire

Constat :

La progression prévisionnelle des recettes de 2,8 % souligne la nécessité d’élargir l’assiette fiscale, d’améliorer le recouvrement et de lutter contre les pertes de recettes sans alourdir inutilement la pression sur les acteurs économiques déjà vertueux et formels. La mobilisation des recettes publiques ne dépend pas uniquement du niveau des taux d’imposition. Elle dépend également de la capacité de l’administration à disposer d’informations fiables, à croiser les données pertinentes, à détecter les incohérences et à identifier les activités économiques qui échappent partiellement ou totalement aux obligations déclaratives. La fragmentation des systèmes d’information, l’insuffisance de l’interopérabilité et la difficulté à rapprocher certaines informations administratives peuvent limiter la capacité de l’État à disposer d’une vision suffisamment complète de l’activité économique.

Proposition :

Mettre en place une stratégie nationale d’interopérabilité des données publiques à finalité fiscale reliant notamment la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID), les Douanes, le Trésor et les registres économiques pertinents, dans le respect des règles applicables en matière de protection des données, de confidentialité et d’habilitation des accès. L’exploitation sécurisée de ces flux par des outils d’analyse avancée et des algorithmes d’IA pourrait permettre :

– De détecter les incohérences entre les déclarations fiscales et les informations disponibles auprès des administrations concernées ;
– D’identifier les risques de fraude et les anomalies nécessitant un contrôle ;
– De mieux connaître les activités économiques insuffisamment prises en compte dans l’assiette fiscale ;
– D’améliorer le ciblage des contrôles et l’affectation des ressources humaines ;
– D’évaluer plus précisément le rendement des exonérations fiscales et des dispositifs incitatifs ;
– De renforcer le suivi du recouvrement et la prévision des recettes publiques.

Cette approche doit reposer sur des règles claires, des données de qualité, des accès contrôlés et des mécanismes permettant de vérifier les résultats produits par les outils algorithmiques. L’IA doit aider les agents publics à identifier les situations à examiner sans se substituer aux compétences légales des administrations ni aux garanties dues aux contribuables.

Enjeu budgétaire :

Accroître les recettes fiscales nettes grâce à une meilleure exploitation des dispositifs existants et à l’élargissement de l’assiette plutôt que par la seule hausse des taux d’imposition. L’objectif est de faire de la donnée un instrument de justice fiscale, de performance administrative et de souveraineté budgétaire.

Mobilisation des recettes fiscales

Indicateurs de performance : évolution du taux de recouvrement des recettes fiscales dues ; montant des recettes supplémentaires mobilisées grâce à l’exploitation des données et aux dispositifs numériques de détection des anomalies ; réduction des délais de traitement des déclarations et des paiements ; taux de rapprochement automatisé des données fiscales et douanières ; coût de recouvrement d’un franc de recette fiscale. Ces indicateurs permettront de mesurer la contribution effective de la donnée et de l’IA à l’amélioration du rendement fiscal, à la réduction des pertes de recettes et au renforcement de la souveraineté budgétaire.

2. Protection sociale : sécuriser et optimiser les Bourses de sécurité familiale

Constat :

Le doublement de l’enveloppe des Bourses de sécurité familiale, portée à 140 milliards de FCFA pour cibler un million de ménages, représente un effort budgétaire considérable qui exige un ciblage rigoureux et un impact social mesurable. La performance de la dépense sociale ne doit pas être appréciée uniquement à travers le montant des crédits mobilisés. Elle doit également être évaluée en fonction de la capacité des dispositifs à atteindre les bénéficiaires concernés, à limiter les erreurs, à réduire les délais et à garantir la traçabilité des transferts. Les doublons, les informations obsolètes, les difficultés d’identification des bénéficiaires et les insuffisances de coordination entre les dispositifs peuvent affecter l’efficacité des programmes sociaux.

Proposition :

Consolider l’architecture numérique reliant le Registre national unique (RNU ), crée par le décret n° 2021-1052 du 2 août 2021, les systèmes d’état civil et les solutions de paiement mobile sécurisées dans le respect des exigences de protection des données personnelles et des droits des bénéficiaires. L’intégration de mécanismes de contrôle et d’analyse des données pourrait contribuer à :

– Détecter les doublons et les incohérences dans les dossiers ;
– Améliorer l’identification des ménages éligibles ;
– Réduire les paiements indus et les erreurs administratives ;
– Accélérer les versements aux populations éloignées des services publics ;
– Assurer une meilleure traçabilité des transferts ;
– Faciliter l’évaluation de l’impact des programmes sociaux.

Les décisions relatives à l’éligibilité des bénéficiaires doivent cependant rester encadrées par des règles transparentes, des procédures de vérification et des voies de recours accessibles. L’automatisation ne doit pas conduire à exclure injustement un ménage en raison d’une erreur de données ou d’une situation administrative mal renseignée.

Objectif chiffré :

Viser une réduction de 40 % des coûts administratifs de gestion de ces processus sociaux grâce à une numérisation de bout en bout, sous réserve d’une évaluation préalable des coûts de mise en œuvre et d’un suivi régulier des résultats.

Enjeu stratégique :

Garantir que chaque franc investi parvienne aux ayants droit dans des conditions d’équité, de transparence et de traçabilité, tout en renforçant l’efficacité de la protection sociale.

Protection sociale et ciblage des bénéficiaires

Indicateurs de performance : proportion des bénéficiaires des programmes sociaux identifiés et vérifiés à partir du Registre national unique (RNU ) ; taux de réduction des erreurs d’inclusion et d’exclusion ; délai moyen entre la validation de l’éligibilité et le versement des prestations ; coût administratif moyen par bénéficiaire ; taux de couverture effective des ménages éligibles ; taux de mise à jour des données sociales. L’objectif est d’améliorer la fiabilité du ciblage, de réduire les coûts de gestion et de garantir que les ressources publiques atteignent effectivement les populations auxquelles elles sont destinées.

3. Optimisation et traçabilité du capital humain : mieux piloter la première priorité budgétaire

Constat :

Le poids budgétaire du capital humain, avec 2 392,3 milliards de FCFA, soit 39 % des crédits hors dette exige une maîtrise rigoureuse de l’allocation et de l’exécution des dépenses consacrées notamment à l’éducation, à la formation et à la santé. L’importance de ces crédits impose de disposer d’informations fiables sur les effectifs, les infrastructures, les besoins territoriaux, les dépenses de personnel et les résultats des politiques publiques. Lorsque les données sont dispersées entre plusieurs systèmes, les administrations rencontrent des difficultés pour établir une vision consolidée des besoins, identifier les redondances et mesurer l’adéquation entre les ressources mobilisées et les résultats obtenus.

Proposition :

Déployer un registre interopérable de l’éducation et de la formation, articulé avec les systèmes de gestion des ressources humaines, de la masse salariale et des infrastructures publiques concernées. L’exploitation de données fiables, notamment géospatiales, pourrait permettre :

– D’améliorer la planification de la carte scolaire et des infrastructures ;
– D’optimiser l’affectation des ressources humaines en fonction des besoins ;
– De mieux rapprocher les effectifs administratifs des réalités opérationnelles ;
– D’identifier les redondances et les inefficiences logistiques ;
– De renforcer le suivi des dépenses d’équipement et de fonctionnement ;
– D’améliorer l’évaluation des politiques d’éducation et de formation.

Cette démarche doit être progressivement étendue aux autres domaines du capital humain notamment à la santé en tenant compte de la sensibilité des informations concernées et des règles spécifiques qui encadrent leur utilisation. La qualité des données constitue ici une condition essentielle. Des systèmes interopérables ne produiront des résultats utiles que si les informations sont régulièrement actualisées, si les responsabilités de mise à jour sont clairement définies et si les outils d’analyse sont adaptés aux réalités de terrain.

Enjeu stratégique :

Transformer la plus grande masse budgétaire de l’État en un levier de productivité, d’équité territoriale et d’amélioration des services publics sans compromettre la qualité de l’éducation, de la formation ou de la santé.

Optimisation et traçabilité du capital humain

Indicateurs de performance : taux de fiabilité et de mise à jour des données relatives aux agents publics ; proportion des administrations disposant d’un système interopérable de gestion des ressources humaines ; taux de rapprochement entre les effectifs physiques, les dossiers administratifs et les données de rémunération ; délai moyen de traitement des actes de gestion du personnel ; évolution des anomalies détectées et effectivement corrigées ; coût moyen de traitement des procédures administratives liées aux ressources humaines. Ces indicateurs doivent contribuer à renforcer la transparence, à améliorer la répartition des effectifs et à optimiser la dépense publique, tout en préservant les droits des agents et la confidentialité de leurs données personnelles.

4. Soutenabilité de la dette et performance de la commande publique : faire de la GovTech un outil de maîtrise des dépenses

Constat :

Le poids du service de la dette réduit les marges budgétaires disponibles pour financer les investissements et les politiques publiques. Dans ce contexte, la qualité de la dépense, la transparence de la commande publique et le suivi de l’exécution des projets deviennent des impératifs majeurs. Les dépassements de coûts, les retards, les écarts entre l’exécution physique et financière et les insuffisances de traçabilité peuvent affecter la rentabilité des investissements publics. L’enjeu n’est donc pas uniquement de dépenser moins mais de mieux programmer, mieux contrôler et mieux évaluer chaque dépense engagée.

Proposition :

Accélérer la dématérialisation intégrée de la commande publique au moyen d’une plateforme nationale de GovTech dotée de fonctionnalités d’analyse des risques, d’audit algorithmique et de suivi financier. Un tel dispositif pourrait contribuer à :

– Améliorer la publication et l’accessibilité des informations relatives aux marchés publics ;
– Renforcer la traçabilité des différentes étapes de la commande publique ;
– Faciliter le rapprochement entre l’exécution physique et les paiements ;
– Détecter les incohérences et les risques de dépassement ;
– Améliorer le suivi des délais et des engagements contractuels ;
– Appuyer la prévision des besoins de financement et l’analyse des risques liés au service de la dette ;
– Faciliter le contrôle des résultats obtenus au regard des dépenses engagées.

Ces outils doivent s’inscrire dans le respect des compétences des autorités de contrôle et de régulation de la commande publique. Ils doivent renforcer la transparence et la capacité d’analyse sans se substituer aux procédures légales, aux contrôles humains ou aux responsabilités des acteurs concernés.

Objectif chiffré :

Viser 10 à 15 % d’économies nettes sur le périmètre des dépenses de fonctionnement et d’investissement ciblées, après prise en compte des coûts de conception, de déploiement, de sécurisation et de maintenance des plateformes. Cet objectif doit être considéré comme une cible à évaluer et non comme un résultat automatiquement garanti. Les économies réelles devront être mesurées à partir d’une situation de référence, d’indicateurs vérifiables et d’un périmètre de dépenses clairement défini.

Enjeu stratégique :

Dégager des marges budgétaires internes, limiter les surcoûts, renforcer l’intégrité de la commande publique et contribuer à la soutenabilité financière de l’État.

Soutenabilité de la dette et performance de la commande publique

Indicateurs de performance : taux d’exécution des projets dans les délais et les budgets prévus ; écart entre les coûts prévisionnels et les coûts définitifs des marchés publics ; délai moyen de traitement des procédures de passation et d’exécution des marchés ; proportion des marchés faisant l’objet d’un suivi numérique traçable de leur cycle de vie ; montant des économies vérifiées résultant de la mutualisation des achats et de la réduction des surcoûts ; taux de détection et de traitement des anomalies dans l’exécution des dépenses. Le suivi de ces indicateurs devra permettre d’améliorer la qualité de la commande publique, de limiter les inefficacités et de renforcer la maîtrise des engagements financiers de l’État, sans confondre économies potentielles et économies effectivement réalisées.

5. Souveraineté des infrastructures : construire un Datalake national et une IA administrative souveraine

Constat :

L’ambition de digitaliser 90 % des procédures administratives et de doter 90 % des citoyens d’une identité numérique sécurisée ne peut reposer uniquement sur la multiplication de plateformes isolées ou sur une dépendance non maîtrisée à des technologies et à des hébergements extérieurs. Les administrations produisent et détiennent une quantité considérable d’informations qui peuvent contribuer à améliorer la décision publique mais leur valeur dépend de la qualité des données, de leur structuration, de leur sécurité et de la capacité de l’État à les exploiter dans le respect du droit. La souveraineté numérique ne consiste pas seulement à stocker les données sur le territoire national. Elle suppose de maîtriser les conditions de leur hébergement, de leur traitement, de leur accès, de leur partage, de leur conservation et de leur valorisation.

Proposition :

Établir un Datalake national souverain et hautement sécurisé, destiné à faciliter l’exploitation maîtrisée des données publiques, tout en préservant les responsabilités des administrations qui les produisent et les détiennent. Cette architecture doit s’accompagner d’une stratégie nationale d’interopérabilité, de règles de classification des données, de mécanismes de contrôle des accès et d’exigences de traçabilité. Elle ne doit pas être conçue comme une centralisation indifférenciée de toutes les informations de l’État mais comme un environnement permettant leur exploitation selon des règles adaptées à leur nature et à leur sensibilité.

En parallèle, le Sénégal pourrait développer un modèle de langage public ou LLM, adapté aux besoins de l’administration, entraîné ou ajusté à partir de corpus administratifs et juridiques dont l’utilisation est légalement autorisée et intégrant progressivement les langues nationales. Un tel outil pourrait notamment :

– Aider les agents publics à rechercher des informations dans les textes administratifs ;
– Faciliter la préparation de notes, de rapports et de projets de documents ;
– Appuyer l’analyse documentaire et le traitement de dossiers ;
– Améliorer l’accès des citoyens à l’information administrative ;
– Faciliter la traduction et l’accès aux services dans les langues nationales ;
– Réduire certaines tâches répétitives et améliorer les délais de traitement.

Le développement d’une IA administrative souveraine nécessite toutefois des garanties sur la qualité des données, la confidentialité, la sécurité, la protection des informations sensibles, la prévention des erreurs et le contrôle humain des résultats. La souveraineté numérique ne se mesure pas uniquement à la capacité de l’État à posséder ses infrastructures ou à développer ses propres outils d’IA mais elle se mesure également à sa capacité à en maîtriser les usages, à garantir les droits des citoyens, à préserver la responsabilité des agents publics et à conserver une autonomie réelle de décision. Les documents confidentiels ne doivent pas être utilisés pour entraîner ou alimenter des modèles sans fondement juridique et sans garanties appropriées.

Enjeu stratégique :

Garantir la maîtrise des données publiques, renforcer la sécurité des infrastructures, stimuler l’écosystème technologique local et améliorer l’efficacité administrative tout en préservant l’autonomie de décision de l’État.

Souveraineté des infrastructures numériques, Datalake national et IA administrative

Indicateurs de performance : taux d’interopérabilité des systèmes d’information publics prioritaires ; proportion des administrations et des jeux de données prioritaires intégrés au dispositif national de partage des données, dans le respect des règles applicables ; taux de disponibilité des infrastructures numériques critiques de l’État ; proportion des projets d’intelligence artificielle ayant fait l’objet d’une évaluation préalable de leur sécurité, de leur fiabilité et de leurs risques ; nombre de cas d’usage de l’IA ayant démontré des gains mesurables de productivité ou de qualité du service public ; coût total de possession des solutions numériques mutualisées comparé à la situation de référence ; taux de conformité aux exigences de cybersécurité, de protection des données et de contrôle humain. Ces indicateurs permettront d’évaluer la maîtrise effective du patrimoine informationnel de l’État, la résilience des infrastructures et la valeur publique créée par les investissements numériques.

6. Sénégal Numérique S.A. : maîtriser le patrimoine numérique de l’État et renforcer la maîtrise d’ouvrage publique

La mise en œuvre du New Deal Technologique et la rationalisation des dépenses numériques supposent de s’appuyer sur les institutions nationales chargées des infrastructures et des services numériques de l’État. À cet égard, Sénégal Numérique S.A. occupe une place structurante dans l’architecture numérique publique. La loi n° 2021-39 du 13 décembre 2021 autorisant la création de la Société nationale dénommée « Sénégal Numérique SA (SENUM SA) », publiée au Journal officiel de la République du Sénégal n° 7487 du 29 décembre 2021, définit notamment les missions de la société en matière de gestion des infrastructures et des services numériques de l’État et de mise en œuvre de la politique d’informatisation de l’État.

L’article 2 prévoit notamment des missions relatives à la gestion et à l’exploitation des infrastructures et équipements numériques publics, à l’interopérabilité des systèmes d’information et des réseaux de l’État, à la planification et aux études, à la maîtrise d’ouvrage d’infrastructures et de services numériques (MOA), au contrôle de la qualité, à la dématérialisation des services publics et à la sécurisation des environnements numériques administratifs. Cette mission légale confère à SENUM S.A. un rôle essentiel dans la mise en cohérence technique des investissements numériques de l’État. Elle doit contribuer à éviter la dispersion des initiatives, à favoriser la mutualisation des infrastructures, à renforcer l’interopérabilité des systèmes et à garantir que les investissements réalisés répondent à des besoins publics clairement identifiés.

6.1. Maîtriser le parc informatique et les infrastructures numériques de l’État

La rationalisation du parc informatique de l’État constitue un enjeu financier et opérationnel majeur. L’absence de vision consolidée des équipements, des licences, des contrats, des capacités d’hébergement, des réseaux et des coûts de maintenance entraîne des achats redondants, une sous-utilisation des ressources existantes et une multiplication des dépenses de fonctionnement.

SENUM S.A. doit contribuer, dans le cadre de ses missions et en coordination avec les administrations concernées, à une meilleure connaissance du patrimoine numérique public. Cela implique notamment de disposer d’un inventaire actualisé des infrastructures, des équipements et des services mutualisables ainsi que d’indicateurs permettant de suivre leur utilisation, leur disponibilité, leur niveau de sécurité et leur coût global. Cette approche doit permettre de mieux programmer les renouvellements, de mutualiser les capacités lorsque cela est pertinent, de limiter les doublons et d’améliorer la continuité des services numériques publics. L’objectif n’est pas de centraliser artificiellement toutes les décisions d’achat mais de faire en sorte que chaque administration puisse bénéficier d’une architecture cohérente, de services adaptés à ses besoins et d’infrastructures dont les coûts et les performances sont maîtrisés.

6.2. Renforcer la maîtrise d’ouvrage des projets numériques publics

La maîtrise d’ouvrage (MOA) est déterminante pour garantir que les projets numériques répondent effectivement aux besoins des administrations et des citoyens. Elle doit intervenir dès la définition du besoin, la préparation des spécifications, le choix de l’architecture, la programmation des investissements et l’organisation de la recette, jusqu’au suivi de la mise en service et à l’évaluation des résultats. Dans le cadre de ses attributions légales, SENUM S.A. doit contribuer à renforcer cette capacité de MOA pour les infrastructures et les services numériques relevant de son périmètre. Cette fonction implique une vision globale des besoins, une coordination avec les administrations bénéficiaires, une vigilance sur les coûts et les délais et une attention particulière portée à l’interopérabilité, à la sécurité et à la réversibilité des solutions.

Les projets numériques doivent être évalués non seulement sur leur conformité technique mais aussi sur leur capacité à produire des résultats mesurables : réduction des délais, amélioration de la qualité du service, simplification des démarches, baisse des coûts récurrents et meilleure exploitation des données publiques.

6.3. Faire de la mutualisation un levier de rationalisation budgétaire

La mutualisation des infrastructures, des capacités d’hébergement, des réseaux et de certains services numériques peut contribuer à réduire les dépenses publiques, à condition d’être organisée à partir d’une analyse objective des besoins et des coûts. Elle doit permettre d’éviter que plusieurs administrations financent séparément des solutions présentant des fonctions similaires alors que des services partagés pourraient répondre à leurs besoins. Elle doit également tenir compte des exigences de disponibilité, de sécurité, de confidentialité et de continuité propres à chaque service public.

Une politique de mutualisation efficace doit donc s’appuyer sur des règles de gouvernance claires, une répartition transparente des coûts, des engagements de niveau de service et des mécanismes d’évaluation. La valorisation des capacités disponibles doit rester compatible avec les besoins prioritaires de l’administration, les règles applicables et les exigences de sécurité. Elle peut contribuer à une meilleure utilisation des investissements réalisés, mais ne doit pas compromettre la disponibilité des infrastructures nécessaires au fonctionnement de l’État.

6.4. Faire de SENUM S.A. un acteur de l’interopérabilité et de la souveraineté des données

La souveraineté des données suppose que l’État puisse maîtriser ses systèmes d’information, organiser les échanges autorisés entre administrations et conserver la capacité d’accéder à ses données, de les exploiter et de les récupérer. SENUM S.A. doit contribuer à cet objectif par la mise en œuvre des exigences techniques relevant de ses missions : architecture des infrastructures, interconnexion des systèmes, sécurisation des réseaux, traçabilité des accès et accompagnement de la transformation numérique des services publics. Il convient néanmoins de distinguer la maîtrise technique des infrastructures de la responsabilité juridique des administrations sur les données qu’elles produisent ou traitent. Les responsabilités doivent être clairement définies dans les projets, les contrats, les procédures de sécurité et les mécanismes de contrôle.

Enjeu stratégique :

Faire de SENUM S.A. un levier de cohérence technique, de mutualisation et de maîtrise d’ouvrage des infrastructures numériques publiques, au service de la rationalisation des dépenses, de l’interopérabilité et de la souveraineté numérique de l’État.

Sénégal Numérique S.A. : patrimoine numérique de l’État et maîtrise d’ouvrage

Indicateurs de performance : taux de disponibilité des infrastructures et services numériques placés dans le périmètre de responsabilité de Sénégal Numérique S.A. ; proportion des projets numériques publics prioritaires bénéficiant d’une maîtrise d’ouvrage clairement définie et d’un suivi documenté ; taux de conformité des infrastructures et services aux exigences techniques et de sécurité applicables ; nombre de systèmes et de services publics interconnectés selon des standards d’interopérabilité définis ; évolution des coûts d’exploitation et de maintenance des infrastructures mutualisées ; montant des économies effectivement constatées grâce à la mutualisation des infrastructures, de l’hébergement et des services numériques ; taux de respect des délais de livraison et des niveaux de service contractuels. Le suivi de ces indicateurs devra permettre d’apprécier la contribution de SENUM à la maîtrise du patrimoine numérique de l’État, à la continuité des services publics et à l’efficience des investissements technologiques.

7. ARTP : renforcer la régulation du secteur numérique et garantir un environnement favorable à la transformation de l’État

La transformation numérique du Sénégal ne peut être pleinement efficace sans un cadre de régulation adapté au développement des réseaux, des services de communications électroniques et des usages numériques. L’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP) joue un rôle essentiel dans les domaines relevant de ses compétences. Dans un contexte marqué par l’essor des services numériques, l’augmentation des besoins de connectivité et la dépendance croissante des administrations, des entreprises et des citoyens aux réseaux de communication, la qualité de la régulation sectorielle contribue directement à la réalisation des objectifs du New Deal Technologique.

7.1. Améliorer la couverture territoriale et la qualité des services

L’objectif de garantir un taux de connectivité de 90 % sur l’ensemble du territoire à l’horizon 2034 suppose une attention particulière portée aux zones rurales, aux territoires insuffisamment desservis et aux populations qui rencontrent encore des difficultés d’accès aux services numériques. La connectivité ne doit pas être appréciée uniquement à travers la disponibilité théorique d’un réseau. Elle doit également prendre en compte la qualité réelle du service, la continuité des communications, les débits disponibles, la couverture effective et les conditions économiques d’accès.

Dans le cadre de ses missions, l’ARTP doit contribuer au suivi des obligations applicables aux opérateurs, à l’évaluation de la qualité des services et à la transparence des informations utiles aux usagers et aux pouvoirs publics. Des indicateurs régulièrement publiés sur la couverture, la qualité et les niveaux de service pourraient aider les décideurs à mieux cibler les interventions et à mesurer les progrès réalisés.

7.2. Favoriser un environnement concurrentiel et un accès plus équitable aux services numériques

Le développement de l’économie numérique dépend de la disponibilité d’infrastructures performantes et de conditions d’accès adaptées aux besoins des citoyens, des administrations et des entreprises. La régulation sectorielle doit contribuer, dans les limites de ses compétences, à l’application des règles du marché, au respect des obligations des opérateurs et à la protection des intérêts des utilisateurs. L’accès aux services numériques constitue également un enjeu de compétitivité pour les entreprises sénégalaises notamment les petites et moyennes entreprises, les start-up et les acteurs qui souhaitent développer des services innovants.

La qualité de la connectivité, les conditions d’accès aux réseaux et la prévisibilité du cadre réglementaire influencent directement leur capacité à investir, à créer des emplois et à proposer des solutions adaptées aux besoins nationaux.

7.3. Renforcer la transparence et la disponibilité des données sectorielles

Les données relatives à la couverture des réseaux, à la qualité de service, aux usages et à l’évolution du marché constituent des ressources utiles pour l’élaboration des politiques publiques. Leur exploitation doit respecter les règles applicables et les limites liées à la confidentialité des informations commercialement sensibles. Lorsqu’elles peuvent être publiées, ces données contribuent à éclairer les décisions, à améliorer la transparence du secteur et à renforcer la capacité d’évaluation des investissements. Une meilleure articulation entre les données sectorielles disponibles, les besoins des administrations et les objectifs du New Deal Technologique peut faciliter la planification des infrastructures et l’identification des zones prioritaires.

7.4. Clarifier l’articulation entre régulation sectorielle, infrastructures et protection des données

Les missions de l’ARTP ne doivent pas être confondues avec celles de la Commission de protection des données personnelles (CDP) ou de SENUM S.A. L’ARTP exerce les compétences qui lui sont attribuées dans les secteurs régulés. La CDP intervient dans son domaine de protection des données à caractère personnel. SENUM S.A. contribue à la gestion des infrastructures et services numériques de l’État dans le cadre de ses missions légales. Les administrations demeurent responsables des traitements qu’elles réalisent selon les règles applicables.

La coordination entre ces acteurs doit permettre de traiter les enjeux communs sans brouiller la répartition des compétences. Les projets numériques publics doivent ainsi intégrer, dès leur conception, les exigences de connectivité, de sécurité, d’interopérabilité, de protection des données et de continuité des services.

Enjeu stratégique :

Faire de la régulation sectorielle un levier de qualité, de transparence, de concurrence et d’inclusion numérique, tout en garantissant la cohérence entre le développement des réseaux, la modernisation de l’administration et la souveraineté numérique du Sénégal.

ARTP : régulation sectorielle et performance du marché numérique

Indicateurs de performance : taux de couverture des populations et des territoires par les services de communications électroniques ; évolution de la qualité des services, notamment en matière de disponibilité, de débit et de continuité ; évolution des tarifs et de leur accessibilité pour les usagers ; délai moyen de traitement des réclamations des consommateurs ; taux de traitement des manquements constatés par les mécanismes de régulation ; niveau de respect des obligations réglementaires par les opérateurs ; évolution des écarts de couverture et de qualité entre les territoires. Ces indicateurs permettront d’apprécier la contribution de la régulation à la qualité des services, à la protection des consommateurs, à la concurrence et à la réduction de la fracture numérique.

Le suivi de ces résultats devra relever des compétences légales de l’ARTP et s’appuyer sur des données vérifiables, publiées selon des modalités garantissant leur fiabilité et leur comparabilité.

Conclusion & Appel à l’action : faire de la donnée et de l’IA les leviers de la performance budgétaire et de la souveraineté de l’État

Le PLF 2027 intervient à un moment où le Sénégal doit simultanément consolider ses finances publiques, soutenir la croissance, protéger les populations et accélérer la modernisation de son administration. Dans ce contexte, le numérique ne peut être considéré comme un secteur isolé, ni comme une dépense supplémentaire dont les bénéfices seraient difficiles à mesurer. Il doit devenir une infrastructure transversale de performance publique, au service de la mobilisation des recettes, de la rationalisation des dépenses, de la qualité des services et de la souveraineté nationale.

La donnée et l’IA offrent des possibilités importantes pour améliorer la connaissance des réalités économiques et sociales, renforcer la traçabilité des dépenses, détecter les incohérences, optimiser les processus administratifs et éclairer les décisions publiques. Mais ces possibilités ne produiront des résultats durables que si elles reposent sur des données fiables, des infrastructures maîtrisées, des compétences nationales et une gouvernance institutionnelle cohérente. La transformation numérique doit donc être conçue comme une politique de résultats. Chaque investissement doit être associé à des objectifs précis, à des responsabilités identifiées et à des indicateurs permettant d’évaluer les gains réellement obtenus. Les économies annoncées doivent être vérifiables, les gains de productivité mesurables et les bénéfices pour les citoyens clairement identifiables.

Le GouvNum doit jouer un rôle central dans cette démarche en favorisant la coordination des administrations, le suivi des engagements et l’alignement des projets numériques sur les priorités budgétaires nationales. SENUM S.A. doit contribuer, dans le cadre de ses missions légales, à la maîtrise des infrastructures et services numériques de l’État, à la mutualisation des capacités, à l’interopérabilité et au renforcement de la maîtrise d’ouvrage publique. L’ARTP doit exercer pleinement ses responsabilités de régulation sectorielle afin de contribuer à la qualité des réseaux et services, à la transparence du marché et à l’amélioration des conditions d’accès au numérique. La CDP, les administrations productrices de données et les autres institutions compétentes doivent, pour leur part, exercer leurs missions respectives dans une architecture coordonnée, respectueuse des droits et des responsabilités de chacun.

L’ambition doit être de construire un État qui ne se contente pas de numériser ses procédures, mais qui sait exploiter intelligemment ses données, maîtriser ses infrastructures, contrôler ses dépenses et améliorer continuellement les services rendus aux citoyens.

La performance budgétaire de demain ne se mesurera pas uniquement au volume des crédits mobilisés mais à la capacité de l’État à mobiliser intelligemment ses recettes, à supprimer les inefficacités évitables et à maximiser la valeur publique produite par chaque franc investi.

Dans cette perspective, le GouvNum devrait être chargé de proposer une feuille de route opérationnelle intitulée : « PLF 2027 : faire de la souveraineté numérique, de la donnée et de l’intelligence artificielle les leviers de la consolidation budgétaire et de la transformation de l’État ».

Cette feuille de route devrait traduire les orientations du présent manifeste en un programme d’action structuré, précisant pour chaque chantier les administrations responsables, les objectifs attendus, les ressources nécessaires, les échéances de mise en œuvre et les indicateurs de performance. Elle devrait intégrer une évaluation des coûts complets des projets, des gains budgétaires escomptés et effectivement réalisés ainsi que des garanties de sécurité, d’interopérabilité et de protection des droits. Chaque indicateur devra être associé à une situation de référence, à une cible datée, à une administration responsable et à une méthode de mesure vérifiable, afin de distinguer les gains escomptés des résultats effectivement obtenus.

Un bilan périodique des résultats permettrait de rendre compte des progrès accomplis, d’identifier les difficultés et d’ajuster les priorités. L’enjeu est de faire du PLF 2027 non seulement un exercice de prévision et d’autorisation budgétaires, mais aussi un levier de transformation mesurable de l’action publique.

Le Sénégal dispose d’atouts importants : des compétences nationales, des infrastructures publiques, des institutions spécialisées et une ambition de souveraineté numérique. Le défi consiste désormais à articuler ces ressources dans une stratégie cohérente, mesurable et durable.

La souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle se construit par la maîtrise des infrastructures, la gouvernance des données, la qualité de la régulation, le développement des compétences et la capacité à transformer la technologie en valeur publique.

Le PLF 2027 doit ainsi être l’occasion de faire de la donnée et de l’intelligence artificielle non pas de simples outils technologiques, mais de véritables instruments de consolidation budgétaire, de justice sociale et de transformation de l’État.

Elhadji Wack NDIAYE

Expert en politiques publiques numériques et souveraineté technologique
Analyste en transformation digitale de l’État et gouvernance des systèmes d’information

(Source : Social Net Link, 21 octobre 2026)

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