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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2004 > Mai > Fonds de Solidarité numérique : De nouvelles adhésions après le plaidoyer de (…)

Fonds de Solidarité numérique : De nouvelles adhésions après le plaidoyer de Me Wade

mercredi 5 mai 2004

Fracture numérique/Solidarité numérique

PARIS - Le président de la République, Me Abdoulaye Wade, a convaincu plus d’un, hier, lors de son intervention très attendue sur la Coopération Nord-Sud et la Solidarité Numérique. Moins de trois heures après sa brillante communication, au Palais des Congrès de Paris, à l’hôtel Lafayette, de nouvelles adhésions ont été enregistrées, ici, pour soutenir ce Fonds de Solidarité dont l’idée a été lancée par Me Wade, au Sommet de Genève. Lors de rencontre avec la presse en fin de matinée, en présence de Pierre Mauroy, Président de la Communauté Urbaine de Lille, le maire de Genève, le président du Fonds et son vice-président, notre compatriote Amadou Top d’Osiris, des soutiens de taille ont été annoncés.

Les villes de Paris et de Rome ont pris hier la décision d’apporter leurs contributions au Fonds de Solidarité Numérique, lors de cette rencontre tenue en marge du Congrès constitutif de l’organisation « Cités et Gouvernement Locaux Unis ». Elles viendront s’ajouter à celles déjà enregistrées et venant de Lyon, de Genève et de Turin. Par la voix de son président, l’ancien Premier ministre français Pierre Mauroy, la Communauté Urbaine de Lille a également indiqué qu’elle adhère au Fonds de Solidarité Numérique, avec les 85 communes qui la composent.

Tôt dans la matinée, du haut de la tribune du Palais des Congrès, Me Abdoulaye Wade a été l’avocat de l’Afrique, en défendant avec brio ce projet du Fonds de Solidarité Numérique. Il a d’abord transmis les salutations du président Obasanjo du Nigeria aux congressistes avant d’ajouter : « nous sommes très sensibles à votre invitation et à l’opportunité que vous nous donnez de nous adresser aux représentants des pouvoirs locaux du monde, cette formidable force qui émerge, s’organise et s’impose, de plus en plus, dans la coopération internationale pour y assumer un rôle de plus en plus prégnant, sous l’inspiration de la nouvelle éthique pan-humaine qui semble vouloir désormais inspirer les relations internationales ».

RAPPORTS ASYMETRIQUES

Expliquant son idée à l’issue de la mission qu’il avait effectuée en juin 2003 à Genève, le Chef de l’Etat, en sa qualité de vice-président du NEPAD et coordonnateur du volet Environnement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), a indiqué que le projet « Solidarité Numérique » a pour objet « la disparition du fossé numérique qui s’approfondit et tend à diviser irrémédiablement l’humanité en deux entités qui s’éloignent de plus en plus l’une de l’autre ».

Parlant du Fonds, Me Wade a déclaré qu’il place cette initiative dans le contexte de la coopération internationale pour en souligner l’originalité et montrer comment se dégage de nos jours une nouvelle force internationale qui entend être partie prenante dans la politique de développement international apparemment essoufflée.

Le président Wade a ainsi appelé les élus locaux du monde à adhérer au Fonds de Solidarité Numérique, en y contribuant sur la base du volontariat et pas nécessairement par le biais financier. « Elle peut être déclinée en guise de formation en faveur des populations africaines ». Comme il a tenu à l’expliquer davantage, le Fonds de Solidarité Numérique est fondé sur le principe du volontariat et son objectif principal est de permettre au Sud, singulièrement l’Afrique, d’acquérir du Nord les ordinateurs et autres matériels informatiques aptes à lui permettre d’être branché aux multiples réseaux d’information.

Puis, le président a axé son intervention sur trois axes que sont le bilan de la coopération internationale des pouvoirs locaux unis entre les Etats et les ONG, une nouvelle coopération à assumer pour les pouvoirs locaux et la prise en charge des fractures, singulièrement la fracture numérique par les pouvoirs locaux.

LES FOSSÉS A COMBLER

A propos du bilan, il est revenu sur le poids de l’héritage du continent marqué par trois périodes : l’esclavage, la colonisation et les multiples rapports asymétriques entre le Nord et le Sud. « Depuis trois décennies, a-t-il dit, confrontant les théories économiques que j’ai enseignées à l’Université à la réalité de tous les jours, j’en suis arrivé à réviser bien des théories ». Face au défi chronique de plus en plus profond des économies africaines, indique le président Wade, la théorie économique a prescrit le recours systématique à l’ouverture sur l’extérieur pour y trouver, par le biais du commerce et de la coopération financière et technologique, les moyens de déclenchement d’un processus vertueux de croissance économique et de développement.

« Nous nous apercevons aujourd’hui que les choses sont plus compliquées et, comme disait Ziegler : « ça ne marche pas ». S’agissant de l’essoufflement de la coopération internationale et le relais, il a précisé que la coopération financière bilatérale et multilatérale a pris un envol, au lendemain des indépendances et les statistiques évaluent, pour la période de 1960 à nos jours, à plus de 1.000 milliards de dollars l’aide au développement des pays industrialisés, avec une moyenne de 55 milliards de dollars chaque année au monde en développement.

Reconnaissant que l’effort financier est réel, Me Wade a dit que malheureusement, le bilan global face à des dépenses si énormes n’est pas flatteur. « L’aide a très peu servi à des investissements productifs et à la formation du capital humain et est restée très faible », note le Chef de l’Etat. Selon lui, l’aide s’est généralement perdue dans des dépenses improductives quand, tout bonnement, elle ne s’est pas volatilisée vers le Nord, conclusion logique du fait qu’on ne trouve pas la contrepartie en Afrique.

Définissant le NEPAD, le Chef de l’Etat a dit qu’il est une vision qui installe le développement à long terme de l’Afrique à l’intérieur des trois paramètres que sont : la bonne gouvernance publique et privée, le recours au secteur privé, seule voie réaliste pour assurer la croissance à travers les investissements et la région (5 en Afrique) qui devient l’espace opératoire plutôt que l’espace étriqué des Etats. Il a cité les 8 secteurs prioritaires du NEPAD que sont les Infrastructures, l’Education, la Santé, l’Agriculture, les NTIC, l’Environnement, l’Energie, l’accès au marché des pays développés. Pour le président de la République, aujourd’hui, il s’agit pour l’Afrique, à partir de trois options d’encadrement, de s’attaquer aux nombreux fossés infrastructurels, éducationnels, informationnels et autres, pour lui permettre d’entrer dans le monde développé, comme l’ont fait les économies asiatiques qui, au moment de nos indépendances, en étaient au même point que nous. Aussi, a-t-il rappelé à l’auditoire, l’article qu’il avait cosigné avec Christian Ferrazino dans « Le Monde » du 30 avril 2004 sous le titre « Le Sud a besoin des villes du Nord » en écrivant : « Toutefois, avec l’affaiblissement du leadership politique, les administrations compétentes tant au niveau national qu’au niveau international, se sont peu à peu imposées comme les seuls gestionnaires des questions du développement et restent peu perméables aux critiques face aux résultats de leurs engagements ».

Défi de la légitimité

Pour Me Wade, les NTIC sont les secteurs qui ont un impact direct interne sur la variable de la fonction de production, donc sur la croissance. « Il s’agit d’un véritable intrant de dimension transversale, intéressant par conséquent tous les compartiments de l’activité humaine que l’on retrouve dans tous les secteurs utilisant le facteur humain », plaide Me Wade.

Après avoir rendu un vibrant hommage à Gérard Colomb, maire de Lyon, Christian Ferrazino et Mercedès Bresso, qui ont vite compris et se sont engagés à nos côtés, le Chef de l’Etat devait conclure en ces termes : « un nouvel espoir est donc né dans la coopération internationale, consécutif à l’essoufflement des Etats qui n’ont pas toujours su gérer les énormes sommes d’argent mises entre leurs mains. J’ose espérer que l’Internationale des Pouvoirs Locaux, la plus grande du monde, relèvera le défi de la légitimité en matière de politique de coopération que vient de lui conférer l’histoire ». A signaler que les travaux prennent fin cet après-midi.

Dans la forte délégation sénégalaise, avec près de 50 membres, on compte Mme Aminata Tall, ministre d’Etat, ministre des Collectivités Locales et de la Décentralisation, les ministres Mamadou Diop Decroix, chargé de la Coopération Panafricaine, des NTIC et de l’Information, Soukeyna Ndiaye Ba (Coopération Décentralisée et Planification Régionale), Ousmane Masseck Ndiaye président de l’Association des Maires du Sénégal et par ailleurs ministre du Tourisme et des Transports Aériens, Lamine Ba ministre de l’Assainissement, de l’Hygiène Publique et de la Prévention, le président de l’Assemblée nationale, Pape Diop (maire de Dakar), le maire de Louga Maniang Faye, le président de la Région de Dakar, le vice-président de l’Assemblée nationale, Doudou Wade député et président de Groupe, Abdoulaye Faye, le président de la Région de Fatick, Abdoulaye Sène, le président Allé Lo, de nombreux maires, conseillers municipaux et experts sénégalais reconnus en matière de Décentralisation et NTIC.

DE NOTRE ENVOYE SPECIAL ABDOULAYE THIAM

(Source : Le Soleil 5 mai 2004)

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