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Construction de data centers : dépasser l’anecdotique pour s’intéresser au stratégique

vendredi 30 juin 2017

Editorial

La récente inauguration du data center de la SONATEL à Rufisque a été l’occasion pour les communicants de se lancer dans l’exercice qu’ils affectionnent le plus, à savoir créer le buzz, même si cela doit se faire au détriment de la vérité et de l’essentiel ! En effet, ce data center a été présenté tantôt comme le premier tantôt comme le plus grand en Afrique de l’ouest et du centre, ce qui est erroné, et ce, quel que soit l’angle d’analyse choisi. Etymologiquement le terme « premier », qui vient du latin « primers », signifie « qui est le plus ancien », or ceux qui s’intéressent au sujet savent pertinemment que ce data center est loin d’être le plus ancien à avoir été construit dans la sous-région. MTN en a lancé un en Côte d’ivoire en juillet 2014, la National Information Technology Agency (NITA) du Ghana en a inauguré un en décembre 2014, MainOne a fait de même au Nigéria en janvier 2015 et Orange a successivement mis en service des data centers en Côte d’ivoire en avril 2016 et au Cameroun en mai 2017 ! Par ailleurs, il ne faut pas oublier que le 29 mai dernier Tigo a présenté à la presse le data center qu’il a construit à Diamniadio et qu’il prévoit d’inaugurer en juillet prochain sans parler du data center de l’Agence de l’informatique de l’Etat (ADIE). Il apparait donc clairement que ce data est loin d’être le premier de la sous-région. Par ailleurs, il n’est pas inutile de rappeler qu’au-delà de l’Afrique du l’ouest et du centre, des data centers ont été construits en Afrique du sud en 2001, en Egypte en 2008, au Maroc en 2011, à l’ile Maurice en 2012, en Tunisie en 2013 et au Kenya en 2014. S’agissant de la taille, le data center de la SONATEL est crédité de 2224 m2 là où le data center MDX-i construit par MainOne à Lagos s’étend sur une superficie de près de 5000 m2, soit près du double ! Dès lors, il est plus sage de reconnaitre que les pays avec lesquels nous sommes en compétition dans le domaine de l’économie numérique nous devancent largement en matière d’infrastructures de ce type. Cela étant, la véritable question qui se pose n’est pas de savoir quel est le pays africain qui a construit le premier, le plus grand ou le plus sophistiqué des data centers. En effet, comme l’a annoncé de manière visionnaire le mathématicien britannique Clive Humby dès 2006, les données constituent le pétrole du XXIème siècle. Autrement dit, elles sont devenues un produit dont la collecte, le stockage et surtout le traitement est devenu un facteur critique tant pour les citoyens qui les génèrent que pour les états qui les surveillent ou encore pour les entreprises qui les exploitent. Les enjeux qui en découlent sont multiples et touchent principalement à la protection des données à caractère personnel pour la sauvegarde de la vie privée et des libertés des citoyens, à leur collecte et à leur analyse pour l’élaboration de politiques et de stratégies pour les états et à leur exploitation à des fins économiques par le secteur privé. La problématique de la mise en place d’une infrastructure de stockage et de traitement du Big Data se pose donc fondamentalement en termes de souveraineté ou pour être plus précis en termes de construction d’une infrastructure nationale souveraine et sécurisée. Vu sous cet angle, la situation africaine est particulièrement inquiétante car force est de constater que la plupart des data centers qui ont été construits appartiennent à des firmes privées, étrangères ou multinationales, qui ignorent totalement la logique de souveraineté. Si l’on ne peut que se réjouir de la construction de data centers privés, sur le sol national en particulier et sur le sol africain d’une manière générale, il n’en est pas moins urgent que nos états prennent conscience de la nécessité de disposer de leurs propres infrastructures. En effet, si nous nous plaçons dans une approche concentrique, il existe trois types de données qui ne devraient en aucun cas être stockés dans des infrastructures échappant à la surveillance de l’Etat à savoir premièrement les données relevant de l’Etat civil et des fichiers dérivés des cartes nationales d’identité, des passeports et des permis, deuxièmement les données générées par le fonctionnement de l’administration en général et des systèmes éducatif, sanitaire, sécuritaire et judiciaire en particulier et enfin les données découlant de l’activités des structures locales relevant du secteur privé comme de la société civile. Nous appelons donc les états africains à s’atteler à la construction d’infrastructures de stockage des données, en partenariat avec le secteur privé national, et à la mise en place de l’arsenal juridique nécessaire à leur fonctionnement et à la protection des données à caractère personnel.

Alex Corenthin
Secrétaire aux relations internationales

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