Zimbabwe : 200 millions $ pour financer un satellite et réduire la fracture numérique
jeudi 12 mars 2026
Les autorités africaines misent de plus en plus sur l’intégration du numérique dans tous les secteurs pour soutenir le développement socio-économique. Cette ambition nécessite une connectivité fiable aussi bien pour les gouvernements, les entreprises que les particuliers.
Le gouvernement zimbabwéen cherche à lever 200 millions de dollars pour financer la construction et le lancement d’un satellite de télécommunications, selon la presse locale. Annoncée le mercredi 11 mars, l’initiative vise, selon les autorités, à renforcer l’infrastructure numérique nationale et à améliorer l’accès à Internet dans le pays.
Le ministre des Finances, du Développement économique et de la Promotion des investissements, Mthuli Ncube, a révélé cette information lors du lancement du cadre opérationnel de l’externalisation des processus d’affaires et des processus de connaissance (BKPO).
« Nous discutons avec diverses sources potentielles de capitaux et espérons parvenir à un accord. C’est un domaine nouveau pour nous — la manière de générer des revenus à partir des satellites — nous avons donc dû présenter un argumentaire économique », a déclaré M. Ncube, rapporté par NewsDay Zimbabwe.
Les autorités misent sur la technologie satellitaire
La Stratégie nationale de développement 2 (NDS2), qui couvre la période 2026-2030, prévoit le lancement d’un troisième satellite télécoms national, dénommé ZIMSAT-3, pour réduire la fracture numérique.
« ZIMSAT-3 soutiendra le renforcement de la connectivité et les efforts de transformation numérique, viendra compléter l’expansion nationale du haut débit et contribuera à améliorer l’accès aux services numériques dans les zones rurales comme urbaines », peut-on lire dans le document stratégique.
En attendant la construction de son propre satellite, le pays mise sur des partenariats avec des fournisseurs. En mars 2024, le gouvernement avait révélé qu’il envisageait de collaborer avec des fournisseurs d’accès à Internet par satellite afin d’étendre les services et de réduire les coûts.
La ministre des TIC, Tatenda Mavetera, avait expliqué que cette initiative était nécessaire en raison de l’enclavement du pays, une situation qui fait que le simple acheminement des données entraîne déjà des coûts. Avec le satellite, il serait possible de réduire la dépendance aux infrastructures terrestres et de contourner en partie ces contraintes.
C’est dans ce contexte que Starlink a lancé ses services au Zimbabwe en septembre 2024, trois mois après avoir obtenu les autorisations des autorités. Depuis, ces dernières collaborent avec l’entreprise du milliardaire Elon Musk sur plusieurs projets de connectivité. Par exemple, l’exécutif a révélé en janvier dernier un projet visant à équiper les écoles primaires et secondaires du pays de 8000 kits Internet Starlink.
Une solution face à la fracture numérique persistante
Le satellite est de plus en plus plébiscité en Afrique comme solution pour assurer la connectivité universelle, en particulier dans les zones rurales et reculées, difficiles d’accès pour les réseaux terrestres des opérateurs télécoms ou jugées peu rentables.
Par exemple, le réseau 4G ne couvrait que 51,6 % de la population zimbabwéenne en 2024, selon les données de l’Union internationale des télécommunications (UIT). La 2G et la 3G couvraient respectivement 93,9 % et 87,9 % des habitants, contre seulement 15,9 % pour la 5G.
En matière d’adoption, la plateforme DataReportal indique que le nombre d’abonnements mobiles au Zimbabwe atteignait 16,2 millions à la fin de décembre 2025, pour un taux de pénétration de 95 %. Le pays comptait 6,54 millions d’internautes, soit un taux de pénétration de 38,4 %. Ces indicateurs peuvent toutefois être surestimés, les calculs incluant généralement chaque carte SIM ou ligne d’accès même lorsqu’un même utilisateur en détient plusieurs.
Malgré son potentiel, le satellite permet avant tout d’assurer la couverture du réseau et ne garantit pas nécessairement l’adoption réelle des services. D’autres facteurs entrent en jeu, notamment l’accessibilité des appareils compatibles, le coût des offres proposées par les opérateurs télécoms ou encore les compétences numériques des populations.
Par ailleurs, aucun calendrier n’a encore été communiqué pour la mise en œuvre du projet de satellite. Le pays devra d’abord mobiliser les financements nécessaires avant de passer aux étapes de conception et de lancement, un processus qui peut prendre plusieurs années.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 12 mars 2026)
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