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Accueil > Ressources > Points de vue > 2017 > Wax sa Xalaat à l’ère du numérique : quelques éléments de réflexion

Wax sa Xalaat à l’ère du numérique : quelques éléments de réflexion

samedi 19 août 2017

Point de vue

A l’aune du numérique, allons-nous vers un dépassement des média traditionnels au Sénégal’ Chroniqueurs d’un nouveau genre, ils sont Facebooker, youtubeur, ils s’activent sur les réseaux sociaux et sont dépositaire d’une parole, leur parole et bientôt celle du peuple ? A coup de « like et de share », leurs interventions font le tour des écrans des sénégalais du monde entier. Quelques pistes de réflexions sur ce phénomène pas seulement sénégalais.

Le principe du « wax sa xalaat » a existé au Sénégal, bien avant l’avènement des médias sociaux et de la large diffusion des outils numériques. L’on entendait facilement des individus non expert dans un domaine précis, s’exprimer sur l’actualité du moment. Et cela, via des émissions télévisuelles, radiophoniques. La donnée nouvelle qui suscite notre réflexion ici, c’est que dorénavant chaque individu est à la fois producteur et diffuseur de message, voire d’information. Portons notre attention sur le phénomène des : live, des vidéos postées sur YouTube, Dailymotion, snapchat ou instagram et autres, disposer d’un ordinateur n’est plus nécessaire ! Dorénavant une tablette tactile, un téléphone portable suffisent amplement pour créer les conditions de diffusion de sa parole, surtout quand on considère tous les équipements dont disposent les téléphones aujourd’hui (vidéo, photo, dictaphone, applications en tout genre...). Force est de reconnaître donc que chacun peut créer son média et diffuser sa vérité, son point de vue. Or est-ce que cette vérité est conforme à la réalité ? Est-ce que les modalités de délivrance de cette vérité sont conformes au droit, et autres principes moraux régissant nos sociétés respectives ? Liberté d’expression me dirait-on ! Au-delà de toutes ces questions, c’est une reconfiguration même de la place, comme de la posture du récepteur qui s’impose avec les média sociaux. Le récepteur sénégalais n’est plus passif et attentiste vis-à-vis d’un message ou d’une information. Eh oui, il investigue, s’investit personnellement et affectivement, porte la contradiction quel que soit la source ou l’émetteur de l’information.

Construire son expression à l’aune du numérique c’est aussi contourner les « gatekeepers »

Au fond l’individu lambda se place finalement dans une situation de discussion permanente, où il débat, décortique les informations, mais aussi co-construit l’information et la co-diffuse. Dans un ancien modèle d’organisation de l’espace public, on ne pouvait participer au débat public que sur invitation. Car au fond, ces média étaient considérés comme des « gate-keepers », des outils permettant de sélectionner, qui pouvait accéder à cette instance de mise en visibilité de l’opinion ou pas. Par exemple : un journaliste ou une personne travaillant dans un média vous tend son micro lors de son reportage, vous invite sur son plateau, vous ouvre les lignes téléphoniques de son émission (radio ou télé) pour réagir en direct par rapport à une question, un sujet. Dans ce modèle d’espace public, les possibilités individuelles d’entrée dans l’espace global (Tv, et autres média) d’expression pouvaient être assujetties à divers facteurs. C’est le cas par exemple du savoir, de la maîtrise d’un domaine en particulier, de l’expertise, de la position sociale, et d’autres éléments pouvant fonder « l’autorité imaginée « chez un individu. De nos jours c’est le contraire, l’individu s’invite dans les débats, et peut contourner carrément ces voies traditionnelles d’expression. C’est ce qu’on voit actuellement avec des personnalités comme Françoise Hélène Gaye Ditwiler, ou Assane Diouf, pour ne citer que celles-là.

Certains usagers des nouveaux média sociaux concurrencent les média traditionnels dans leur légitimité à porter une parole émanant de la société

Aujourd’hui, c’est comme si toutes les formes de paroles étaient placées sur le même piédestal, au même niveau. Or toutes les formes de paroles se valent-elles’ En quoi un bloggeur ou un Youtubeur peut-il mieux rapporter des faits en ...uvre dans la société ? Sur quoi se fonde sa légitimité ? De nos jours les « facebookers » peuvent être perçus comme des fabricants d’une information plus plausible, et reflétant mieux la réalité vécue, et cela au même titre que les professionnels de l’information. Et même, ils peuvent paraître de meilleurs journalistes que les professionnels du journalisme. Kawteef !!! Dès lors, nous comprenons pourquoi dans le web sénégalais, pullulent, Blogs, pages facebook, snapchat, groupe whatsapp etc entièrement dédiés à l’expression d’individus ou de collectifs divers sur n’importe quel sujet. On peut citer par exemple : « la chronique des jumeaux », « Sénégalités World of NK » et . Ces acteurs du web représentent des aspects réels de notre société sénégalaise. Ils sont suivis, leurs contenus sont lus, écoutés, critiqués, aimés par des milliers de personnes réels, mêmes cachées derrière un compte facebook. Leur légitimité se fonde sur une présomption. L’idée selon laquelle ces personnalités s’exprimeraient en tant que sujet et non sous-couvert d’une qualification professionnelle, d’une stratégie mise en place pour acquérir une notoriété au sein de leur société d’appartenance. Ce sont des gens qui nous ressemblent, qui connaissent notre quotidien, qui parlent comme nous, qui parlent de choses que nous vivons. C’est ça qui fonde en partie leur légitimité, leur capital sympathie auprès de leurs suiveurs.

En l’état actuel des choses, personne ne peut réellement prévoir toutes les retombées des avancées techniques et progrès du numérique dans notre société. Il n’empêche que la prospective, ou la recherche académique sont des voies parfaitement indiquées pour orienter, notamment les décisions politiques, afin d’encadrer les pratiques numériques et d’anticiper sur leurs effets probables. Il faut que toutes les parties prenantes de l’éducation (de la famille à l’école) s’investissent massivement dans l’éducation aux usages, histoire que nous tirions profit des ressources numériques de notre ère.

(Source : Sen360, 19 août 2017)

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