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Vandalisme de la fibre : le Nigeria durcit le ton contre les entreprises de construction

lundi 2 février 2026

Qualité de service

Le vandalisme des infrastructures constitue l’un des principaux défis du secteur des télécommunications au Nigeria. Il se manifeste notamment par la coupure de câbles de fibre optique, le vol d’équipements, la destruction de tours télécoms, ainsi que le saccage ou le vol de batteries, générateurs et carburant diesel.

Le régulateur nigérian des télécommunications renforce sa lutte contre la dégradation des infrastructures de fibre optique. L’attention est cette fois portée sur les entreprises de construction, les entrepreneurs et autres parties prenantes dont les chantiers provoquent des dommages récurrents à la fibre, affectant la qualité des services fournis aux consommateurs.

Dans ce cadre, la Nigerian Communications Commission (NCC) s’est associée au Nigeria Security and Civil Defence Corps (NSCDC), selon la presse locale qui cite un communiqué conjoint du dimanche 1er février. Les deux organismes entendent prendre des mesures contre tout dommage futur causé aux infrastructures de fibre optique lors de travaux d’excavation, de construction routière ou de génie civil menés sans consultation ni coordination préalables avec les opérateurs de réseaux et les régulateurs compétents.

La NCC souligne que les travaux d’excavation, de voirie, de forage et de creusement de tranchées sont les principales causes de dommages accidentels aux câbles de fibre optique. Par exemple, sur plus de 50 000 incidents de coupure de fibre enregistrés en 2024, environ 30 000 étaient liés à des activités de construction routière menées par les autorités fédérales et étatiques.

Ce partenariat fait suite à la création en février 2025 d’un comité interministériel pour la protection de la fibre optique, mis en place par le ministère fédéral des Travaux publics et le ministère des Communications, de l’Innovation et de l’Économie numérique. Composé de membres de ces deux départements et de la NCC, le comité sert d’organe de coordination pour toutes les questions liées à la protection des câbles avant, pendant et après les projets routiers. Il se réunit régulièrement pour identifier les problèmes, définir des solutions sectorielles, établir des procédures et des normes d’intervention, et partager des rapports de performance mensuels.

Le 26 mai 2025, la NCC a mis en service une plateforme dédiée à la dénonciation de ces actes, accessible au public. En avril 2025, les opérateurs télécoms ont mis sur pied un groupe sectoriel de protection des infrastructures, afin de coordonner les efforts de prévention et de réaction face aux incidents.

Ces initiatives font suite à l’ordonnance d’août 2024 signée par le président Bola Ahmed Tinubu, qui déclare les infrastructures télécoms, y compris la fibre optique, comme infrastructures nationales critiques d’information (CNII). Leur détérioration constitue désormais un crime, conformément à la Cybercrimes (Prohibition, Prevention, etc.) Act 2015.

«  Toute personne qui, intentionnellement, commet une infraction punissable en vertu de la présente loi contre une infrastructure nationale critique d’information […] est passible, en cas de condamnation, d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à dix ans, sans possibilité d’amende  », stipule la loi.

Malgré ces efforts, le vandalisme de la fibre optique se poursuit. L’opérateur télécoms MTN a déclaré avoir subi 9218 coupures de fibre en 2025, soit environ 25 par jour. Ces chiffres sont en hausse par rapport aux 9000 incidents de 2024 et 6000 de 2023.

Un frein à la transformation numérique

Le vandalisme de la fibre optique peut freiner la réalisation des ambitions de transformation numérique des autorités nigérianes qui veulent mettre les TIC au service du développement socio‑économique. Selon la NCC, la fibre optique est l’épine dorsale des télécommunications modernes, offrant un Internet rapide, des appels clairs et des services numériques fiables.

«  Contrairement aux câbles en cuivre, la fibre offre une bande passante très élevée, une transmission rapide et une faible latence. Elle est essentielle pour le commerce, l’enseignement, la banque, la santé et bien d’autres activités  », explique le régulateur. Il ajoute toutefois que même de petites perturbations peuvent entraîner des interruptions complètes du service. Selon la gravité et la localisation, une seule coupure peut affecter quelques utilisateurs, des quartiers entiers, voire de vastes régions.

La protection de la fibre est d’autant plus cruciale que le gouvernement a lancé un projet d’environ 2 milliards de dollars pour déployer 90 000 km de fibre à travers le pays, déjà réalisé à 60 %, selon le ministre des Communications, Bosun Tijani. À terme, cette initiative devrait améliorer la vitesse et la fiabilité d’Internet, porter la pénétration d’Internet à plus de 70 %, et offrir un accès à des millions de foyers, entreprises, écoles et hôpitaux, surtout dans les zones mal desservies.

Le projet devrait également générer jusqu’à 20 000 emplois directs et plus de 150 000 emplois indirects, tout en stimulant l’innovation. Il contribuera à la croissance de l’économie numérique nigériane, avec un impact potentiel de 1,5 % sur la croissance du PIB par habitant, portant le PIB du Nigeria de 472,62 milliards de dollars à environ 502 milliards de dollars en quatre ans.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 2 février 2026)

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