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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2023 > Février 2023 > Utilisation du bracelet électronique : Dakar et Saint-Louis, les précurseurs

Utilisation du bracelet électronique : Dakar et Saint-Louis, les précurseurs

samedi 11 février 2023

Innovation/Entreprenariat

Instrument d’aménagement des peines, le bracelet électronique va humaniser les détentions. Introduit il y a quelques mois, il est de plus en plus utilisé, en alternative aux mandats de dépôt, pour permettre aussi de dépeupler les prisons. A la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6, certaines femmes, éligibles, pourraient en bénéficier pour leur permettre de retrouver le cours normal de leur vie et la chaleur familiale.

Avec le bracelet électronique, un détenu est en liberté surveillée. En tout cas, l’initiative a été bien accueillie hier par les pensionnaires de la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6, qui ont reçu une délégation de la Cellule genre du ministère de la Justice.

Ce déplacement s’inscrit dans le cadre de la promotion du dispositif du bracelet électronique dont l’objectif est de désengorger les lieux de privation de liberté. Maintenant, va-t-il permettre de réduire le surpeuplement dans les prisons ? Et aussi réduire le nombre de mandats de dépôt décernés par les juges et procureurs ?

Directrice de la Maison d’arrêt pour femmes (Maf) de Liberté 6, Fatou Senghor a expliqué à ses « résidentes » que l’incarcération peut se faire désormais à distance.

Elle laisse subodorer qu’elles peuvent bénéficier de ce type d’aménagement de peine.

Le bracelet électronique reste une alternative à l’incarcération.
« Je pense que ce bracelet va permettre à nos chères dames de retourner chez elles, de pouvoir travailler et d’être avec leurs enfants », déclare Khadidiatou Dia Ndao, coordinatrice de la Cellule genre du ministère de la Justice.

D’après elle, la place de la femme n’est pas dans les prisons, mais aux côtés de ses enfants, de son mari, afin de piloter son foyer.

« Chères détenues, nous sommes là pour vous accompagner et vous montrer que le gouvernement a pris une décision très importante pour nous femmes et pour que demain, vous puissiez bénéficier de ce bracelet électronique », a-t-elle expliqué aux détenues, qui ont manifesté leur joie par des applaudissements.

Humaniser les peines

La femme, moteur de la cellule famille, est plus utile dans son ménage. « Vous conviendrez avec moi que la place de la femme n’est pas en prison. Nous devons faire en sorte que celles qui s’y trouvent puissent bénéficier, autant que possible, de toutes les mesures de nature à alléger leur peine et permettre d’anticiper leur libération », insiste le directeur de Cabinet du ministre de la Justice. Pour lui, l’usage du bracelet électronique est une nécessité. Abdou Hamid Ndiaye informe que l’Etat du Sénégal veut humaniser les détentions. Après avoir présenté, aux détenues de la Maison d’arrêt pour femmes de Liberté 6, cet appareil fixé à la cheville des personnes poursuivies par la Justice, le ministère de la Justice révèle que le dispositif est déjà fonctionnel. Elles peuvent déjà solliciter ce service pour éventuellement recouvrer la liberté et reprendre le cours de leur vie auprès de leurs familles et de leurs enfants. « Le port du bracelet ne représente aucun danger pour la personne qui bénéficie de la mesure. Il respecte l’intimité de l’intéressé, qui peut vaquer librement à ses activités, sans que personne ne puisse se rendre compte de sa situation pénale ou carcérale », tente d’expliquer le représentant du ministre de la Justice. Il précise que la mesure ne peut pas être ordonnée sans l’accord de l’intéressé. Pour en bénéficier, il faut une demande expresse du détenu, mais également vérifier si la personne est éligible. « Ce bracelet permet d’humaniser la peine, mais aussi de lutter contre la surpopulation carcérale, qui est une réalité chez nous », reconnaît Abdou Hamid Ndiaye.

Un dispositif révolutionnaire

Les modes d’aménagement des peines constituent des instruments pertinents de politique pénale pour lutter contre la surpopulation carcérale et améliorer la situation des détenus. Mais leur mise en œuvre n’a pas pour le moment répondu aux attentes des autorités étatiques ni à celles de la population en général, regrette le directeur de Cabinet du ministre de la Justice. Il informe par la même occasion que les premiers bénéficiaires de la mesure, autant à Dakar qu’à Saint-Louis, sont rentrés chez eux dans la plus grande discrétion. Même hier, un détenu a bénéficié de la mesure. « Et j’espère qu’il en sera de même pour la plupart d’entre vous », a adressé M. Ndiaye à l’endroit des détenues de la Maf de Liberté 6. « Déjà, à Saint Louis, il y a 7 personnes qui sont sous bracelet électronique et elles sont normalement suivies par le Centre de surveillance électronique. C’est un dispositif révolutionnaire au Sénégal », se réjouit-il. Il rappelle également que les acteurs judiciaires sont suffisamment sensibilisés sur la question. « Ils ne manqueront pas d’ordonner ou de prononcer des décisions favorables à chaque fois que les conditions légales seront réunies », ajoute-t-il.

Fort engouement…

En écho, Alassane Ndiaye, directeur adjoint des Affaires criminelles et des grâces, et par ailleurs coordinateur du Centre de surveillance électronique, souligne qu’il y a un fort engouement pour le bracelet électronique. Faisant la présentation du dispositif, il signale que le centre fonctionne 24h/24. Ce sont évidemment des agents de l’Administration pénitentiaire qui sont chargés de la surveillance des détenus à distance. « Lorsque la pose est effectuée, la décision est reçue au niveau du centre, qui procède à l’enregistrement de l’ensemble des données concernant cette décision, et la localisation est faite par rapport aux zones qui sont prévues par le juge d’instruction. Et s’il y a infraction ou tentative d’enlever, il y a une alerte qui est reçue au niveau du centre », précise-t-il. Bien sûr !

Ousmane Sow

(Source : Le Quotidien, 11 février 2023)

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