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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > Tunisie : l’État confie à Tunisie Télécom des points clés de la numérisation (…)

Tunisie : l’État confie à Tunisie Télécom des points clés de la numérisation du système de santé

mardi 10 février 2026

TIC pour la santé

Dans les pays en proie à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée dans le secteur de la santé, le numérique est de plus en plus financé pour parvenir à une soutenabilité. En Tunisie, le gouvernement a aussi fait ce choix qui lui exige un investissement conséquent et un contrôle ferme.

Le gouvernement tunisien a décidé d’accélérer la réalisation du projet de numérisation du secteur de la santé. Lundi 9 février, le ministre de la Santé, Mustapha Ferjani, a reçu à cet effet Lassâad Ben Dhiaf, le président-directeur général de Tunisie Télécom. Il lui a confié une mission qui se décline en quatre points. Le premier porte sur la connexion à Internet haut débit de tous les établissements de santé, en particulier les structures de base. Le second prévoit le déploiement de solutions Cloud 100 % tunisiennes accessibles par les établissements de santé et administratifs du secteur. Le troisième prévoit l’intégration de l’intelligence artificielle. Enfin, le dernier point dispose de la mise en place d’un centre d’appel numérique avancé.

Connecter tous les établissements  : en particulier les premières lignes

En généralisant l’accès à Internet dans les établissements de santé et en particulier ceux « en première ligne », l’État tunisien anticipe une amélioration de la qualité et de la sécurité des soins. La connectivité est la clé sans laquelle les services numériques de santé ne peuvent fonctionner. Sans Internet à haut débit de qualité, pas de solutions qui facilitent le référencement des patients et réduisent les retards de diagnostic, les doublons d’examens et l’engorgement des hôpitaux. La connectivité rend possible la télémédecine et la télé-expertise, ce qui élargit l’accès aux spécialistes, diminue les déplacements coûteux et accélère la prise en charge, surtout en zones éloignées. Elle optimise aussi la logistique à travers un meilleur suivi des stocks de médicaments, vaccins et consommables, limitant les ruptures et les pertes. Une bonne connectivité contribue aussi à une remontée plus rapide et efficace de données, ce qui permet une meilleure surveillance épidémiologique, un pilotage fondé sur des indicateurs fiables et une réponse plus efficace en cas de crise.

Des services sur un Cloud 100 % tunisien

Déployer la santé numérique sur un cloud 100 % tunisien vise à renforcer la souveraineté et la maîtrise des données sensibles. En hébergeant et traitant les informations de santé en Tunisie, le gouvernement limite les risques d’extraterritorialité, de dépendance à des juridictions étrangères et de changements contractuels imposés. La proximité facilite aussi les audits, la traçabilité, la gestion des accès et des clés de chiffrement, ainsi que des clauses claires sur la réversibilité et la sous-traitance. Sur le plan opérationnel, un cloud local peut réduire la latence et améliorer la continuité de service pour la télémédecine, le dossier patient et l’imagerie, tout en diminuant la dépendance aux liaisons internationales. Bien architecturé (redondance, sauvegardes immuables, supervision, plans de reprise testés), il apporte une résilience adaptée aux services critiques. Enfin, il soutient l’économie locale, les emplois qualifiés et l’innovation (analytique, IA, santé publique), à condition d’exiger des standards élevés de cybersécurité et une gouvernance stricte des données.

Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle représente une opportunité stratégique pour accélérer la modernisation du système de santé tunisien. Elle peut en optimiser le pilotage, l’efficience et la qualité des soins, dans un contexte marqué par des défis de ressources et de disparités régionales.

En consolidant des données aujourd’hui fragmentées entre les établissements de santé, la CNAM et les différents programmes nationaux, l’IA permettrait de constituer des tableaux de bord fiables pour une planification éclairée, un ciblage des priorités (comme la réduction des déserts médicaux) et une évaluation précise des réformes en cours. Elle pourrait alléger significativement la charge administrative qui pèse sur le personnel soignant, grâce à l’automatisation de tâches (saisie, codage des actes, gestion des rendez-vous). Ce gain de temps, réinvesti dans le soin, améliorerait la prise en charge et réduirait les erreurs.

Sur le plan clinique, l’IA pourrait renforcer la sécurité des patients et l’uniformisation des pratiques. Une aide au diagnostic (notamment en imagerie médicale) et des systèmes d’alerte médicamenteuse seraient précieux pour pallier le manque de spécialistes dans certaines régions et soutenir les médecins généralistes. En santé publique, l’analyse prédictive appliquée aux données épidémiologiques tunisiennes faciliterait la surveillance et la détection précoce des crises sanitaires, ainsi que la prévision des besoins en médicaments ou en lits d’hôpital, permettant des interventions plus rapides et équitables.

Un centre d’appel numérique

Mettre en place un centre d’appel numérique avancé pour l’orientation en santé en Tunisie répond à un besoin clé : aider rapidement les citoyens à savoir où aller, quand consulter et quelles démarches suivre. Le téléphone, complété par SMS, messageries et chatbot, garantit un accès inclusif, même pour les personnes peu à l’aise avec le digital ou vivant loin des services. Grâce à un triage structuré et un routage intelligent, le centre limite les déplacements inutiles, désengorge les urgences et accélère l’accès au bon niveau de soins (première ligne, spécialistes, maternité, santé mentale). Il renforce aussi la confiance en diffusant une information fiable et homogène, utile en période de crise sanitaire.

Une ambition de longue date

Selon le rapport «  Health Systems Review : The Post COVID-19 Situation in Tunisia  », publié en mars 2024, la Tunisie reste en dessous des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en matière de ratio de personnel soignant pour 10 000 personnes. Ce rapport est le fruit d’une collaboration entre l’équipe Right to Health program du Social and Economic Justice Unit de l’Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR), African Alliance, International Alert – Tunisia, avec Skander Essafi comme chercheur en chef. La crise de la Covid a davantage mis en lumière ces faiblesses persistantes, suscitant l’engagement de l’État à travers le numérique. Le Plan National Stratégique «  Tunisie Digitale 2020  » est alors lancé et la santé numérique est érigée comme l’un des axes stratégiques. Plusieurs projets le constituent alors, notamment la mise en place d’un système national d’information sanitaire, de dossiers médicaux électroniques et de cartes de santé pour unifier l’identité sanitaire du citoyen, le déploiement de la télémédecine dans des gouvernorats du nord, du centre et du sud afin de rapprocher les spécialistes des zones reculées. Le lancement annoncé d’un «  hôpital numérique  » 100 % numérique, puis l’extension de ce modèle à plusieurs régions pour proposer des consultations spécialisées à distance.

Au terme de la réunion avec le PDG de Tunisie Télécom, le ministre de la Santé a salué l’engagement de l’opérateur public dans l’appui technique et logistique du projet. Reste désormais la partie la plus difficile  : passer des annonces à l’exécution.

Muriel Edjo

(Source : Agence Ecofin, 10 février 2026)

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