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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2014 > Octobre > Trop chères, les communications téléphoniques vers l’Afrique subsaharienne !

Trop chères, les communications téléphoniques vers l’Afrique subsaharienne !

mercredi 29 octobre 2014

Téléphonie

Les prix des communications vers l’Afrique à partir des GSM marocains sont jugés « prohibitifs ». Ils vont de 5,60 DH TTC la minute à 10,20 DH TTC en fonction des pays et des opérateurs. En effet, les pays du continent sont en majorité classés dans les zones 2 à 4 chez la plupart des opérateurs téléphoniques nationaux. Du coup, « pour une communication de 6 minutes vers le Sénégal, il faut débourser 50 DH au minimum », explique un chef d’entreprise sénégalais résidant au Maroc. En fait, tout dépend des zones qui vont de 1 à 5.

Maroc Telecom répartit les pays de l’Afrique subsaharienne dans les zones 3 et 4. La zone 3 regroupe essentiellement les pays de l’Afrique de l’Est en plus du Niger et du Nigeria. La communication vers ces pays est facturée à 5,60 DH TTC/ min. S’agissant de la zone 4, qui comprend les pays de l’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Mauritanie, Congo, Gabon, Gambie, Guinée et Guinée Bissau), région avec laquelle le Royaume entretient des relations économiques et politiques très étroites, le prix de la minute est de 8 DH TTC. Toutefois, il faut reconnaître que l’opérateur historique reste relativement moins cher sur ce segment. Méditel facture les communications vers les pays de la zone 3 (Sénégal, Mali, Bénin, Niger, Nigeria, Afrique du Sud, Somalie, Soudan, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire) à 9 DH TTC. Les communications vers le reste des pays de la région coûtent 10,20 DH TTC. Inwi, seul opérateur à avoir répondu à nos questions, a fixé un tarif unique pour ces pays. « L’Afrique subsaharienne fait partie des pays dits de la « zone 2 » et le prix de la seconde vers ces pays est de 0,17 DH TTC (ndlr, soit 10,20 DH/mn) pour les produits Inwi », explique l’opérateur. En revanche, ce dernier a mis en place un Pass pour ces pays. Pour 50 DH de recharge, le client aura à sa disposition 15 minutes de communications. « Les tarifs des appels vers les pays africains sont relativement élevés par rapport à d’autres destinations à cause des tarifs d’interconnexion importants que nous devons reverser aux opérateurs de l’Afrique subsaharienne lorsqu’un client Inwi appelle un numéro mobile ou fixe de l’Afrique subsaharienne », explique cet opérateur. Et d’ajouter, « nous avons lancé un Pass dédié à la destination Afrique pour permettre à nos clients de profiter de tarifs avantageux. Nous sommes d’ailleurs le seul opérateur sur le marché marocain à proposer cette option qui rend par ailleurs le tarif à la minute Inwi moins cher que celui de Bayn ». Sur ce registre, il est important de noter que le service « Bayn GSM » est le seul à proposer des prix abordables, en facturant la minute à 5 DH pendant la journée, et la rabaissant à 3 DH en soirée. D’ailleurs, ce service est celui qui capte l’écrasante majorité des clients subsahariens qui fuient les prix élevés des autres opérateurs concurrents. Selon l’opérateur, « Inwi et Bayn sont deux marques autonomes avec des positionnements et des modes de facturations différents. C’est justement pour toucher des marchés avec des comportements différenciés que nous les avons lancés ».

Les opérateurs peuvent pourtant négocier des prix abordables avec leurs filiales africaines

Inwi justifie le prix des communications vers l’Afrique par les tarifs d’interconnexion importants imposés par les opérateurs subsahariens. Or, si Inwi ne peut pas négocier ces tarifs, cela n’est pas le cas pour Méditel et Maroc Telecom, puisqu’ils sont présents dans beaucoup de pays. D’abord, l’opérateur historique détient des participations majoritaires dans quatre opérateurs, en l’occurrence Mauritel en Mauritanie, Onatel au Burkina Faso, Gabon Telecom au Gabon et Sotelma au Mali. De plus, il vient d’acquérir les participations du Groupe émirati dans 6 filiales africaines : Bénin, Côte d’Ivoire, Gabon, Niger, Centrafrique et Togo. Concernant Méditel, son actionnaire de référence Orange (40% du capital) détient 11 filiales en Afrique subsaharienne, en l’occurrence Sonatel au Sénégal, Télécom Kenya, Orange Côte d’Ivoire, Orange Cameroun, Orange Guinée, Orange Bissau, Orange Mali, Orange Niger, Orange Uganda, Orange Centre Afrique et Orange Botswana. Alors pourquoi ces opérateurs n’ont pas fait jouer les synergies entre les filiales pour baisser les prix ? Contactés à ce sujet, les deux opérateurs n’ont pas donné suite à notre demande.

Quant à l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), elle explique que « les niveaux des tarifs de détail vers l’international dépendent entre autres des coûts de terminaison des appels dans les pays étrangers (taxes de répartition) ». L’agence précise qu’elle « n’intervient pas puisque lesdites taxes sont négociées librement entre les opérateurs marocains et leurs homologues étrangers comme cela est précisé dans les cahiers des charges des opérateurs ». L’agence estime également que le volume du trafic vers les pays d’Afrique subsaharienne est très faible. La majorité des appels à l’international concerne notamment les pays du Sud de l’Europe, les Etats-Unis et le Canada. Pour ce type d’appels, les tarifs sont nettement moins chers, voire alignés sur ceux des appels nationaux. « Cela est dû notamment au niveau très faible des taxes de répartition convenues entre les opérateurs marocains et celles appartenant aux pays susmentionnés », confirme-t-on du côté de l’agence.

Skype et Viber à la rescousse

Pourtant, un expert du secteur confirme que « le segment des communications vers l’Afrique a du potentiel ». Explication : selon le rapport publié par le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) en septembre 2013, on estime la communauté subsaharienne au Maroc à 20 000 personnes. Et, d’après les dernières statistiques du ministère de l’intérieur, le nombre des migrants subsahariens établis illégalement au Maroc serait de 25 000 à 40 000 personnes.

Les entreprises sont également une source très importante de recettes. En effet, à travers sa politique Sud-Sud, le Maroc n’a cessé de les encourager à se tourner vers l’Afrique. Résultat : le pays est actuellement le deuxième investisseur africain sur le continent. 51% des IDE marocains à l’étranger sont allés en Afrique subsaharienne entre 2003 et 2013. D’après le dernier rapport de l’Office de changes, les exportations du Maroc à destination de l’Afrique ont quadruplé durant les 10 dernières années pour atteindre 16,3 milliards de DH en 2013. En gros, ces chiffres donnent une idée sur le volume des affaires entre le Maroc et ces pays, mais surtout sur le nombre important des entreprises locales qui travaillent sur ces marchés.

In fine, les tarifs élevés appliqués sur les marchés subsahariens sont synonymes de manque à gagner pour les opérateurs nationaux. Face à ces tarifs, les Subsahariens résidant au Maroc semblent avoir trouvé la parade. Désormais, seules les communications urgentes passent aujourd’hui par le téléphone, pour les autres, ils utilisent des canaux alternatifs tel que les services Skype et Viber…, s’ils ne sont pas bloqués.

(Source : La Vie Eco, 29 octobre 2014)


Les tarifs Maghreb sont aussi élevés

Les prix des communications vers les quatre autres pays du Maghreb sont presque identiques à ceux appliqués pour les pays subsahariens. Ces pays voisins sont également classés dans les zones 2 à 4. A titre d’exemple, pour appeler la Tunisie depuis un GSM Maroc Telecom, il faut payer 8 DH TTC la minute, soit le même prix que pour un appel vers les Philippines ou l’Inde. Pour les deux autres pays frontaliers (Algérie et Mauritanie), le prix de la minute est facturé chez IAM à 5,60 DH TTC. Chez Méditel, les pays du Maghreb sont classés dans la zone 2, du coup les tarifs vers ces pays restent relativement bas. En effet, une minute de communication coûte 5,40 DH TTC. Cependant, il est à signaler que les prix des appels vers ces parties du monde connaissent quelques baisses, ce qui n’est pas le cas pour les autres pays du continent qui subissent un renchérissement progressif.

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