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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2009 > Septembre > Tracasseries pour demandeurs de visa pour les Etats-Unis, la France et (…)

Tracasseries pour demandeurs de visa pour les Etats-Unis, la France et l’Italie : L’arnaque des cartes prépayées

mercredi 2 septembre 2009

Applications

Les cartes prépayées pour rendez-vous imposées par les consulats de France, d’Italie et des E­tats-Unis constituent un nouvel obstacle sur le chemin des demandeurs de visa. Elles font l’objet de virulentes critiques tant elles remplissent les caisses de ces représentations diplomati­ques et font l’affaire d’Ecobank et d’Africatel Avs

Les cartes prépayées pour rendez-vous imposées par les consulats de France, d’Italie et des E­tats-Unis constituent un nouvel obstacle sur le chemin des demandeurs de visa. Elles font l’objet de virulentes critiques tant elles remplissent les caisses de ces représentations diplomati­ques et font l’affaire d’Ecobank et d’Africatel Avs, les deux autres partenaires de ce deal. Un système lourd qui cause bien des désagréments à des clients presque sans défense face à l’abus.

Les demandeurs de visa ne finiront décidément pas de baver. Car, si décrocher le sésame au niveau des consulats de pays européens et des Etats-Unis demeure une équation, trouver un rendez-vous en constitue une autre, bien difficile à résoudre d’ailleurs. Désormais, pour se faire accepter dans l’enceinte d’un consulat occidental, les demandeurs sont obligés de prépayer une carte dont le prix varie d’un consulat à un autre. En réalité, une carte, c’est un peu trop dire  ; car à l’achat, qui ne se fait que dans une agence agréée, l’on vous remet simplement une feuille de papier A4 blanche imprimée par un ordinateur.

Pour la France et l’Italie, c’est 5 200 francs pour celle de 12 minutes qui n’est disponible que dans les agences Ecobank  ; pour les Etats-Unis, elle est à 9 minutes pour 7 800 francs Cfa, uniquement vendue dans une sorte de kiosque située sur la Place Washington, à quelques mètres du bunker de l’ambassade américaine à Dakar.

L’utilisation de la carte est a priori facile. Une fois que vous l’avez, vous tapez le numéro 600 à partir de votre téléphone portable afin d’entrer en communication avec une opératrice d’Africatel Avs. Celle-ci prend tout son temps au bout du fil et demande de décliner votre identité, puis elle vous donne un code personnel que vous présenterez le jour de vo­tre rendez-vous au consulat du pays de destination. Avant l’entrée en vigueur de cette méthode de recherche de visa, il suffisait au demandeur d’appeler un numéro de serveur mis en service par le même opérateur, Africatel Avs, pour obtenir un rendez-vous.

Cette nouvelle formule choisie par ces consulats ne manque pas de faire grincer des dents chez nombre d’usagers. Le prix de la carte prépayée est jugé non seulement surélevé, mais son mode d’emploi est considéré comme une « arnaque » en bonne et due forme. C’est le sentiment de Moustapha Diagne, un habitué des consulats européens, qui s’insurge ainsi  : « Les cartes sont chères. Je ne peux pas comprendre qu’on nous fasse payer une carte téléphonique rien que pour chercher un rendez-vous qui ne prend que quelques minutes. »

Une frustration accompagne la colère  : la carte prépayée est strictement personnalisée. « Lorsqu’il vous reste encore du crédit après avoir obtenu un rendez-vous, vous ne pouvez ni la réutiliser ni même la donner à un proche qui voudrait s’en servir. C’est anormal ! On ne devrait pas s’occuper de la personne qui doit l’utiliser. »
Un autre usager ayant requis l’anonymat considère que la durée de communication mentionnée sur les cartes ne correspond pas réellement à la réalité. Il se souvient encore de son rendez-vous au consulat de France. « Rien que pour taper le 600, on vous bouffe 2 minutes alors qu’on ne devait même pas vous facturer cet appel. Et si vous ne gérez pas bien votre temps de communication, vous risquez de devoir payer une autre carte. » Un système que notre bonhomme semble avoir bien compris puisqu’il a su utiliser sa carte à deux reprises avant de décrocher un rendez-vous « plus rapproché ».
Une telle maîtrise semble difficile à atteindre avec les cartes du Con­sulat d’Italie. Les cartes prépayées sont jugées excessivement chères, en plus des rendez-vous souvent très éloignés qui sont fixés aux demandeurs. Assise à même le sol devant ledit consulat sous le chaud soleil, en compagnie d’autres de­mandeurs de visa, documents entre les mains, une dame d’une quarantaine d’années renseigne : « Si c’est pour invitation, attendez-vous à être convoqué en janvier 2010 (Ndlr  : ce reportage a été effectué au mois de juin). En fait, le consulat a drastiquement réduit le nombre de rendez-vous, car il ne prend que 10 personnes par jour. » En vacances au Sénégal, cette émigrée en Italie semble avoir bien assimilé les arcanes du consulat. Ce qui explique qu’elle soit sollicitée par ce jeune garçon à la recherche d’informations pour un « regroupement familial ».

Au regard du nombre de demandeurs de visa reçu chaque jours par les consulats, on ne peut pas s’empêcher de s’interroger : Qu’est-ce qui explique ce changement de mé­thode alors qu’un consulat comme celui d’Espagne qui l’avait adoptée est revenu à l’ancienne formule ? Combien gagne cha­que partie, c’est-à-dire le consulat, Eco­bank et Africatel Avs  ? Ne s’agit-il pas d’une nouvelle poule aux œufs d’or ?

Partout, c’est motus et bouche cousue. Une loi du silence super bien respectée. Après trois jours du­rant, il nous a été impossible de joindre une autorité consulaire en mesure d’éclairer la lanterne des lecteurs. Au consulat de France, le téléphone sonne dans le vide à chaque appel  ; chez les Italiens en revanche, l’on vous trimballe d’un interlocuteur à un autre jusqu’à vous donner des urticaires. Ce n’est qu’avec un brin de chance que nous avons réussi à joindre un responsable de l’ambassade des Etats-Unis.

Pour le sieur Moustapha Diagne, ce qui paraît clair, c’est que les consulats occidentaux gagnent désor­mais énormément d’argent sur le dos des candidats au voyage, rarement satisfaits, jamais remboursés des frais de visa investis pour réaliser leurs ambitions d’ailleurs.

Daouda Gbaya

(Source : Le Quotidien, 2 septembre 2009)

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