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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2003 > Juin > Touch technology : La timide percée des PC sénégalais

Touch technology : La timide percée des PC sénégalais

lundi 23 juin 2003

Economie numérique

Fruit d’un partenariat entre une PME canadienne et des Sénégalais, Touch Technology Corporation est l’unique fabricant d’ordinateurs et de serveurs en Afrique de l’Ouest. Les ordinateurs « made in Sénégal » devraient prochainement être distribués dans la sous-région. Une nouvelle ligne au crédit de la balance commerciale sénégalaise.

Sacre Cœur. Un pavillon de quartier résidentiel. Nulle trace d’activité économique, mais des maisons bourgeoises dans un quartier paisible. Au n° 8257, une grande plaque dorée témoigne de l’inauguration par un représentant du gouvernement canadien de la société Touch Technology Corporation. Sise en ces murs, cette PME de droit sénégalais est le fruit d’un partenariat entre des hommes d’affaires sénégalais et canadiens. Elle offre des systèmes informatiques diversifiés.

Plus concrètement, elle fabrique des ordinateurs et des serveurs destinés au marché local. Difficile d’imaginer que ce petit pavillon abrite le seul atelier de fabrication d’ordinateurs en Afrique de l’Ouest. Touch Technology Corporation existe depuis août 2001, mais a démarré ses activités de production en janvier 2002. Elle assemble des composants importés du Canada. Son fournisseur est Infoserv qui n’est autre que sa société mère, implantée à Laval, dans la région de Québec. Cette entreprise détient 80% de Touch, le reste étant entre les mains d’intérêts sénégalais. « Nous assemblons selon les procédés industriels avec des composants testés », explique Mme Madeleine Valentine, administrateur de la société. « Nous fabriquons avec les mêmes composants que les grandes compagnies informatiques. Nous tentons d’apporter en plus le service, l’accompagnement et le respect des garanties, c’est-à-dire le savoir-faire canadien », ajoute-t-elle.

1500 ordinateurs vendus

Un an et demi après le début de son activité, la société a fabriqué environ 1500 ordinateurs et serveurs. Comme Touch ne produit que sur commande, cela correspond à autant de ventes sur le marché dakarois. « Nous avons fait beaucoup de chemin depuis le début. Nous avons vécu une croissance assez rapide », se réjouit Mme Valentine. Les ordinateurs et les serveurs qui sortent des ateliers de la société vont du bas au haut de gamme. Ils sont configurés en fonction des besoins de l’entreprise cliente. Touch est en partenariat avec Microsoft Afrique. Toutes les machines vendues ont un système d’exploitation pré-installé avec licence. Le premier grand marché que l’entreprise a remporté a été celui du Conseil sénégalais des chargeurs (Cosec). Touch a fourni plus de 120 ordinateurs, plusieurs serveurs et des périphériques. Elle a également signé un contrat annuel de maintenance.

Par la suite, des marchés assez importants en termes de taille ont été décrochés. Sonatel Mobiles a commandé plus de 150 ordinateurs, portables et serveurs, la Direction informatique de l’Etat (DIE) a reçu une centaine de postes et un serveur de messagerie pour la présidence de la République. Les autres clients de la société canado-sénégalaise sont la Sodida, l’Ineade, l’Hôpital principal, la Banque sénégalo-tunisienne (BST), le Codesria. Touch a également prospecté en Mauritanie. Elle y a informatisé un réseau de caisses de crédit. La Société des postes de Côte d’Ivoire s’est équipée en serveurs Touch. « 99% de notre marché sont les grands comptes, les PME, les ONG, l’administration. Nous n’avons pas encore fait d’effort vers le grand public. Nous investissons beaucoup dans la préparation des appels d’offres », confie Mme Valentine. Les résultats sont cependant nettement en dessous des prévisions annoncées lors de l’inauguration en avril dernier. « Nous avons peut-être été un peu trop ambitieux au début », avoue Mme Valentine, également directeur du développement international d’Infoserv.

A l’époque, la société pensait réaliser dix ordinateurs par jour, monter une usine de production à grande échelle, s’implanter rapidement dans la sous-région. « Ce retard n’est pas induit par un manque d’opportunités, mais il faut que nous nous consolidions. Jusqu’à maintenant, nous avons bien su gérer notre croissance », ajoute-t-elle. Consolidation, tel est le maître mot de la PME. D’abord bien s’implanter sur le marché sénégalais avant de prendre pied dans les autres pays de l’Uemoa. La société a visiblement eu du mal à s’accommoder des délais de paiement des entreprises clientes et des administrations. Selon Mme Valentine, pour les marchés les plus importants, les délais de paiement du gouvernement atteignent 4 à 5 mois. Pour certaines sociétés, le délai est réduit à 2 ou 3 mois. L’entreprise prestataire doit donc supporter le financement pendant plusieurs mois, ce qui est très difficile pour une PME nouvellement implantée. « Nous avons reporté la percée de la sous-région à septembre prochain car nous sommes trop occupés à consolider Dakar », précise la responsable de la compagnie.

L’Uemoa pour cible

En attendant d’être lancée, la stratégie d’implantation dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest est déjà au point. Touch a ciblé quatre pays : le Mali, le Burkina Faso, le Bénin et la Côte d’Ivoire. La société compte s’appuyer sur des entreprises déjà installées dans ces pays. Des techniciens de ces sociétés vont venir en septembre à Dakar pour une formation sur les produits fabriqués par Touch, les services et le marketing.

Par la suite, ils deviendront un centre agréé. Ils pourront distribuer les produits de l’entreprise et dispenser des services selon le savoir faire canadien : respect de la garantie, accompagnement du client. L’ouverture d’une usine de production à plus grande échelle a également été reportée. « Nous avons finalement agrandi l’espace de travail existant. Nous sommes en train de boucler un financement pour construire un bâtiment dès juillet 2004 », explique l’administrateur. L’entreprise aurait bien aimé s’implanter dans le projet de cybervillage du Président de la république. Mais, rien n’indique que ce projet verra le jour avant plusieurs années. Si les objectifs n’ont pas été atteints, la croissance a été bien maîtrisée. Le lancement d’une campagne de publicité d’un coût de plus de 30 millions de francs CFA y a été pour beaucoup. Celle-ci a propulsé en avant la société. « Aujourd’hui, nous devenons une référence à Dakar », constate Mme Valentine.

Selon les responsables de l’entreprise, le produit est très fiable et très solide. Aucun ordinateur n’a été retourné au constructeur. De plus, l’entreprise est très réactive. Elle peut livrer le client en 72 heures : « Nous sommes en avance sur tous nos concurrents en délais de livraison. » L’avantage comparatif de Touch ne se situe pas dans le prix du produit, mais plutôt dans les services qui l’accompagnent. « Touch est d’un conseil judicieux en pré-acquisition et d’une assistance précieuse en service après-vente », déclare l’administrateur. Par contre, le prix de vente est équivalent à celui du marché. « La réaction des gens est de dire : vous fabriquez sur place donc vous devez être moins cher. Mais nous ne pouvons pas car, contrairement aux grandes marques, nous ne faisons pas d’économies d’échelle », indique Mme Valentine. Les composants des ordinateurs Touch sont taxés au cordon douanier au même taux que les produits finis, les ordinateurs de grande marque. Ceci explique les coûts de fabrication élevés. De plus, la société mise beaucoup sur ses ressources humaines.

L’effectif s’élève à 25 employés, tous sénégalais à l’exception de M. Jean-Pierre Lemire, Président directeur général et de Mme Madeleine Valentine, qui se chargent à tour de rôle de la direction de la société. Six personnes composent l’équipe technique et l’équipe commerciale est forte de quatre membres. Mme Valentine est fière de ses collaborateurs : « Nous n’embauchons pas en-dessous d’un bac +4. Nous investissons beaucoup dans nos ressources humaines. » En matière d’investissement, la société a déjà dépensé 2 millions de dollars canadiens. « Nous voulons grandir et devenir l’équivalent des grandes sociétés. Nous avons réinvesti tous nos profits depuis le début », explique Mme Valentine.

Depuis quelques mois, Touch a créé une division formation destinée à la clientèle de la société. Elle réalise un audit des compétences des clients, diagnostique les besoins en formation et propose un programme. La formation est dispensée dans l’entreprise ou en partenariat avec une école de formation agréée et équipée par Touch. Un ministre du gouvernement actuel a été l’un des premiers bénéficiaires de cette formation ! Il a été formé à la navigation sur Internet et à l’utilisation des messages électroniques. « Nous avons trouvé notre place. Il n’y a que des portes qui s’ouvrent devant nous », se réjouit Mme Valentine. Bientôt, la distribution des produits Touch dans les pays de l’Uemoa fera du Sénégal un exportateur d’ordinateurs made in Dakar. De quoi apporter de l’eau au moulin du Nepad.

Des entrepreneurs canadiens afro-optimistes

Le directeur de la société Infoserv, qui est également celui de Touch Technoly Corporation, est tombé amoureux de l’Afrique voici une dizaine d’année. En 1994, il exécute quelques contrats en Afrique de l’Ouest : en Côte d’Ivoire et déjà au Sénégal. Depuis cette date, il cherche à implanter une structure dans la région. En 1999, il se décide. Avec l’aide de Mme Valentine, qui connaît bien l’Afrique, ayant travaillé en Guinée, il choisit la Côte d’Ivoire. Des études de marché sont réalisées. La demande est forte et l’activité est rentable. Mais, mauvaise pioche. Le coup d’Etat de décembre 1999 remet tout en question. Qu’à cela ne tienne, M. Lemire ne s’avoue pas vaincu et relance des études de marché, mais cette fois ci au Sénégal. En 2000, l’alternance s’effectue dans les conditions que l’on sait et l’équipe d’infoserv est convaincue : ce sera Dakar. Touch Technology Corporation naît en août 2001. AInsi, 80% du capital de la société est détenu par Infoserv et 20% par des Sénégalais motivés par cette idée originale. L’activité commence en janvier 2002.

Vincent Joguet

(Source : Le Journal de l’économie 23 juin 2003)

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