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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2022 > Août 2022 > « Top cas », « Kaay ma deey la », « Top cas 221 » … : Quand des « caweuses » (…)

« Top cas », « Kaay ma deey la », « Top cas 221 » … : Quand des « caweuses » attaquent, insultent, signalent et font quitter des individus les réseaux sociaux

dimanche 14 août 2022

Usages et comportements

Une vie détruite, un passé fouillé et étalé au grand jour, c’est le cauchemar de plusieurs personnes depuis quelquetemps. En effet,il est impossible désormais de faire un tour sur Facebook sans tomber sur des publications où les auteurs sous le couvert de l’anonymat, dévoilent la vie privée d’artistes, d’acteurs ou tout juste des influenceurs. Un phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur.

Elles sont nombreuses à ne plus faire signe de vie sur les réseaux sociaux depuis que leur identité ou une partie de leur vie a été dévoilée. Méchanceté ou jalousie, en tout cas, elles ont reçu leur dose et pourtant elles ne l’ont pas cherché. Pour comprendre toute l’affaire, la force de frappe de ces « caweuses » capables de faire quitter des individus les réseaux sociaux, il faut remonter à 2021.

LE DEBUT AVEC LE GROUPE « TOP CAS 221 »

Tout a commencé avec la création d’un groupe dénommé « Top cas 221 ».La page ne réunissait que des femmes. Mariages, divorces, voyages de célébrités y étaient traités. Les membres reprenaient les posts et publications des stars souvent sous le compte de l’anonymat. Elles revenaient sur certains évènements : Tabaski, Korité et Noël, comment nos influenceurs les ont fêtées, qu’est ce qu’ils ont porté… Des « cas » plutôt basiques. Quelques membres qui s’intéressent aux faits divers relataient des histoires lues ou entendues à la radio.

La page regroupait près de 32.900 membres. Par conséquent, certains n’hésitaient pas à mettre leurs produits à vendre. Un groupe où chacun trouvait son compte. Seulement, il y avait une loi qui devait être acceptée par toutes : on ne contredit pas les administrateurs. Sinon vous êtes directement bannies du groupe.

Au début du mois de Ramadan, les membres demandent la suspension du groupe pendant 30 jours pour se concentrer sur le jeûne. Chose qui a été acceptée.

« KAAY MA DEEY LA LU GNU DUL SIKI SAKA », le groupe qui hante

Le mois écoulé, aucun signe des admins. Pas de posts, pas de photos, pas de publications ! On parle de détournement de fonds. En effet, les admins parlaient d’un projet social. Et beaucoup de membres qui étaient partantes avaient commencé à contribuer, mais malheureusement n’ont vu aucune action sociale.

Les membres virent vers le groupe « Kaay ma deey la lu gnu dul siki saka ». Créé depuis 5 mois, il enregistre en une semaine plus de 6100 membres. Aucune célébrité n’est épargnée. Les tik-tokeuses sont attaquées chaque jour. Leur passé est fouillé. Et ce sont souvent des voisines, anciennes camarades de classe, cousines et proches qui dévoilent les secrets les plus profonds. Même les parents des célébrités ne sont pas oubliés. Ces attaques sont accompagnées d’insultes et d’expressions vulgaires. Il n’y a pas de limites. Certains posts ressemblent à des règlements de compte, mais il faut étancher la soif des « caweuses » ; pas le temps de recouper les informations qui tombent.

Les administratrices au nombre de deux (Admindugroupe Caweuse et Oumou Khaïry) et les deux modératrices (Keyli Ndiaye et Diop Fatou Bâ), toutes cachées derrière de faux comptes, valident les posts, donnent le signal pour attaquer telle ou telle personne. Les répliques des victimes, il faut aller les chercher sur Snapchat. Soit elles lancent des messages codés pour infirmer ce qui a été dit sur Facebook ou elles répliquent avec la même tonalité : Insultes et menaces.

L’ADMIN DU GROUPE SDSK DEMASQUE ?

« Sama dieukeur sama kharit, mon mari ma moitié », une page créée en 2012 avait pour but premier d’échanger les astuces, dont une femme nouvellement mariée doit s’armer pour satisfaire son homme.

Très rapidement, les filles se plaisent à partager leur vie de couple sur la page. Les plus osées vont même jusqu’à dévoiler leur intimité à leurs risques et périls. Il ne se passe plus un jour sans qu’une dame ne raconte son vécu au quotidien sur la toile. Entre le comportement de son mari et celui de sa belle-mère, tout y passe. Les jeunes dames s’en donnent à cœur joie.
Les publications anonymes deviennent ainsi, en un temps record, les sujets de discussions des jeunes filles. Entre elles, elles se prodiguent des conseils. Curieuses en tout et expertes en rien, leur point de vue est parfois trop exagéréet les adeptes de cette pratique s’exposent souvent, sans le savoir ni mesurer les conséquences et la portée de leurs actes.

Les hommes aussi se lancent. Ils cherchent des conseils dans leur vie de couple.

Tout cela dure 10 ans. Mais qui est l’administratrice de cette page qui reçoit les plus grands et profonds secrets de ses membres ? Le seul indice que les internautes ont, c’est qu’il s’agit d’une femme.

Cette dame sera dévoilée au grand jour par les enquêtrices du groupe « Kaay ma deey la lu gnu dul siki saka ». Tout a commencé quand l’administratrice de la page Sdsk fait un post incendiaire pour descendre les membres de l’autre groupe. Elle les traite de « misérables », de chômeurs, d’insulteurs… Suffisant pour recevoir sa dose.

Pendant plusieurs jours, elle est attaquée et insultée. Le mot d’ordre est donné : identifier celle qui se cache derrière cette page. Des publications datant de 2014 sont sorties, sa photo tombe, le profil est identifié. Pour les « caweuses », il s’agit de C.C.A sur Facebook, M.N dans la vraie vie. Une jeune dame très suivie sur les réseaux sociaux qui, en 48h, va voir sa vie basculer. Vérité ou mensonge ? Dans tous les cas, les « caweuses » parlent de sa vie : son divorce qu’elle cachait, son séjour carcéral, la stratégie qu’elle utilisait pour gagner de l’argent sur sa page avec son projet « Alkhayri ». Même son numéro est partagé.

Jointe au téléphone, elle soutient ne pas vouloir parler de tout ça actuellement. « On ne peut pas attaquer et dénigrer une personne sans la connaitre. Cest très grave. Mais pour le moment, je ne peux pas entrer dans le fond », lâche-t-elle au bout du fil.

Baye Modou Sarr

(Source : Léral, 14 août 2022)

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