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TIC- Entrepreneuriat : Le boom programmé des startups au Sénégal

mercredi 28 août 2013

Economie numérique

Encore au stade embryonnaire au milieu des années 2000, le secteur de l’entrepreneuriat TIC (technologies de l’information et de la communication) est actuellement en pleine effervescence et expansion au Sénégal. Et devrait véritablement exploser en termes de génération de revenus d’ici 5 ans. Florilège d’exemples de réussites.

Les acteurs du secteur ne s’y trompent pas. D’ici quelques années, le secteur de entrepreneuriat TIC (création d’applications) va connaître un véritable boom avec une multiplication non seulement de sociétés mais aussi des revenus générés par le secteur dans son ensemble.

Aujourd’hui, néanmoins, c’est encore une autre histoire, même si de l’avis de quelques-uns, on commence à apercevoir le bout de tunnel.

A la vérité, entrepreneuriat TIC (technologies de l’information et de la communication) est parti de rien au Sénégal. ’’Les startups ont pour l’essentiel été mises en place et développées par des jeunes cadres désirant sortir de l’entreprise telle qu’on la comprend sous sa forme classique et voler de leur propres ailes. Ce qui veut dire que ce sont avant tout des initiatives individuelles. L’essentiel de ces entrepreneurs, j’irais jusqu’à dire les 2/3, ont entre 19 et 30 ans. Ils peuvent venir de tous les secteurs, certains d’entre eux ne savent d’ailleurs même pas coder’’, explique Basile Niane, journaliste et bloggeur spécialisé TIC.

Comment alors expliquer, vu la pluralité des profils, que le secteur marche si bien ? La question est d’autant plus importante que, s’il est vrai que des filières informatiques existent bel et bien, il n’y en a aucun qui se spécialise dans la mise en place de startups. Cela s’expliquerait, entre autres, par l’ouverture du milieu qui est par essence interconnecté. ’’Les startupeurs sont tous des férus de TIC, même s’il viennent d’autres secteurs. Interconnectés, ils se rencontrent régulièrement sur les réseaux sociaux ou utilisent d’autres moyens similaires pour entrer en contact et travailler ensemble, partager leur expériences, trouver ou développer de nouvelles compétences. L’Afrique brûle aujourd’hui les étapes et fait un travail extra en matière de TIC, c’est définitivement une filière qui a de l’avenir’’, ajoute le chroniqueur de l’émission Kenkeliba.

Si des Africains (dont des Sénégalais), font un travail aussi extra, c’est également parce qu’ils disposent de structures chargées de les accompagner : les incubateurs. On en compte actuellement deux à Dakar : Jokkolabs et le Centre incubateur des Tic (CTIC).

’’Nous avons ouvert en 2011. À l’époque, une forte motivation du secteur privé et de partenaires comme l’Optic ou la Banque mondiale avait conduit à la mise en place de la fondation des incubateurs du Sénégal. Notre mission se divise, aujourd’hui, en deux programmes phares. Il y a l’+incubation+, permettant aux entrepreneurs TIC d’apprendre à structurer leur entreprise et générer des revenus, notamment en termes de business développement, et l’+accélération+, qui est dédiée aux porteurs de projets prototypes et se traduit essentiellement par un accompagnement de ces derniers jusqu’à l’implémentation de leur idée’’, fait savoir Yann Le Beux, dirigeant du CTIC.

L’accompagnateur TIC en question, basé en centre-ville de Dakar, a déjà ’’incubé’’ une quinzaine de startups aujourd’hui économiquement viables et mêmes génératrices de croissance, à l’exemple des sociétés People Imput, Sama Event, Mlooma (une application destinée aux agriculteurs), Agendakar ou encore Xtrem (application d’hôtellerie). Concernant l’’’accélération’’, le CTIC accompagnerait une vingtaine de projet par an en plus d’organiser des événements ponctuels comme le ’’Tekki 48’’ ou le ’’StartupWeekend’’, rencontres annuelles permettant à des équipes de développeurs, graphistes et/ou marketeurs de monter leurs propres entreprises.

’’Marché complètement vierge’’

’’Avec un minimum de structuration, je pense qu’il ne sera pas difficile de conquérir le secteur TIC sénégalais, surtout qu’il s’agit d’un marché complètement vierge. Notre expérience nous a permis de déterminer qu’une startup moyenne peut atteindre les 85% de croissance par an, les 4 secteurs d’activité les plus populaires étant le développement logiciel, la création de contenus web, les applications mobiles et le Community management (gestion de pages sur les réseaux sociaux pour le compte d’un tiers), soutient le responsable catalyse de l’Incubateur TIC de la rue Béranger Féraud.

Défaut de compétitivité, manque de soutien public

Ce dynamisme et cette ouverture du marché n’occultent cependant pas le fait que tout n’est pas rose pour le startup au Sénégal. On déplore un manque de compétitivité de ces startups en tant qu’entreprises, qui s’expliquerait par le fait que leurs créateurs, issus pour la plupart de filière scientifiques, ont souvent du mal à gérer les aspects business (administration, marketing, comptabilité).

Il y a aussi à leur égard une apathie apparente de la part des gouvernants. ’’En ce qui concerne l’État, ça bloque un peu car nombre de startups ont des problèmes avec les procédures administratives, même si des structures comme l’Apix (Agence pour la promotion des investissements et des grands travaux de l’État) facilitent les choses. En ce qui concerne les décideurs, néanmoins, il ne se passent pas grand chose : les annonces et les promesses faites ne sont généralement que du discours politicien’’, déplore Basile Niane. ’’Il nous manque avant tout une véritable stratégie nationale concernant le secteur TIC. Il faudrait en faire une qui dérive de celle du secteur privé, à mon avis. Il faut motiver les jeunes entrepreneurs afin qu’il aient plus d’avantages donc moins peur de se lancer’’, renchérit Yann Le Beux.

Et qu’en est-il des ’’startupeurs’’ eux-mêmes ? S’ils admettent que l’aventure n’a pas toujours été facile, aucun ne regrette vraiment de s’être lancé dans entrepreneuriat Tic.

’’J’ai commencé en 2009 avec le lancement du portail local d’événementiel. Autant dire qu’on est parti de zéro moyen, de surcroît dans un environnement peu propice. Monter une startup était alors quelque chose d’extrêmement compliquée parce qu’on avait presque de la peine à convaincre nos partenaires que ce qu’on faisait, essentiellement du service, était un vrai travail. Il était par exemple impossible d’obtenir un prêt bancaire alors qu’aujourd’hui ce sont de gros clients comme Tigo ou le British Council qui nous confient leur com’’, confie Alassane Deme le manager général de la startup NelamServices.

Ceux qui acceptent néanmoins de mettre les mains dans le cambouis expliquent leur choix par une logique de positionnement. ’’Je travaille dans le développement d’applications, notamment pour mobile. Et si je me suis installé à Dakar, c’est pour deux raisons : la première est que je voulais démontrer qu’il était possible de développer des programmes 100% made in Sénégal ; la deuxièmeest que je crois qu’il est possible de développer le marché potentiel de ma startup dans ce pays, plutôt que d’opter pour être juste en offshore. J’emploie 15 personnes, dont une équipe technique basée et formée à Dakar,et dont 4 membres disposent d’un CDI (contrat à durée déterminé), fait savoir Moustapha Ndoye, expatrié revenu vivre au Sénégal et fondateur de Xtreme.

Se battre donc, et être toujours plus performant : tel est le combat des startupeurs sénégalais, dont la majorité reste optimiste quant à l’avenir malgré les obstacles. ’’Le terme startup n’est pas encore forcément bien perçu mais nous travaillons à cela. Je crois en ce secteur et aux opportunités qu’il offre surtout en terme de BtoB (Business to Business). Il y a énormément de solutions à trouver, particulièrement en terme d’applications mobiles, ou de logiciels spécialisés. C’est à nous, startupeurs, de créer de la valeur ajoutée à nos logiciels’’, indique Moustapha Ndoye, lucide.

(Source : Enquête, 28 août 2013)

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