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Téléphone portable, clé USB, dictaphones : La Psychose d’être enregistré

mercredi 19 juillet 2006

Usages et comportements

Méfiance et suspicion. Ce sont deux sentiments qui hantent le cercle de discussions et de conversations. Avec le foisonnement et « l’efficacité » des outils des technologies de l’information et de la communication (Tic), la psychose d’être enregistré à son insu habite le commun des Sénégalais. L’affaire Idrissa Seck et récemment, celle de la corruption dans la magistrature, en constituent la preuve. Attention, on vous enregistre !

Les outils des technologies de l’information et de la communication (Tic), utilisés pour l’enregistrement, sèment la terreur au Sénégal. On devient de plus en plus méfiant dans les discussions et entretiens. Le Sénégalais lambda est terrifié à l’idée qu’il peut être enregistré à son insu. Surtout, quand il s’agit de sujets sensibles qui doivent être abordés. Cette psychose qui sévit beaucoup plus dans les hautes sphères de la société et de l’administration sénégalaise, trouve son explication dans le foisonnement des téléphones portables sophistiqués, des clés Usb multifonctionnelles, de plusieurs versions de dictaphones, entre autres. Elle est devenue courante, pour ne pas dire, obsessionnelle avec l’éclatement de l’affaire de la corruption dans la magistrature qui défraie la chronique depuis le samedi 8 juillet dernier. Cette affaire qui met la justice sénégalaise, le troisième pouvoir après l’exécutif et le législatif, dans de sales draps, a été éventrée grâce à un enregistrement sonore. C’est le désormais ancien administrateur du groupe de presse, Radio Futur Média (Rfm), Djiby Ndiaye qui a réussi à enregistrer l’un de ses amis de longue date, Momar War Seck et l’avocate générale auprès de la Cour de cassation, Aminata Mbaye, deux personnes qui constituent le cerveau de cette affaire. Après les quotidiens, les radios privées ont diffusé, le jeudi 13 juillet dernier deux cd dans lesquels on entend l’avocate générale près de la Cour de cassation faire des confidences terribles. Elle reconnaît avoir perçu et redistribué les 15 millions. Le gérant de ce groupe de presse du célèbre chanteur Sénégalais, Youssou Ndour, qui a démissionné juste après l’éclatement de cette affaire, aurait enregistré ses différentes conversations avec les personnes impliquées dans cette histoire à l’aide d’une clé Usb, cachée dans sa poche.

La tournure de cette affaire qui se poursuit du côté de l’Inspection générale de l’administration de la justice, a créé un sentiment de méfiance et de suspicion dans la société. « Désormais, je prends mes dispositions dans mes entretiens et au sujet de n’importe quel dossier. Et avant de parler, je vais remuer ma langue plusieurs fois avant de me retrouver en taule », a déclaré un journaliste au cours d’une discussion avec des confrères, lors du septième congrès du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication sociale du Sénégal (Synpics). Son interlocuteur de rétorquer : « il y a de quoi, surtout que maintenant, c’est l’enregistrement des entretiens et discussions qui est à la mode. Avec la floraison des outils technologiques, comme les téléphones portables, clés Usb, dictaphones, on peut t’enregistrer à ton insu, n’importe quand, n’importe comment et n’importe où. Le remède, c’est d’être toujours méfiant, de faire toujours attention ».

Cette suspicion, on ne la trouve pas seulement dans le milieu de la presse. Même dans l’administration, à commencer par le palais de la République, les visiteurs ou du moins certains, ne peuvent plus accéder dans les bureaux avec leur portable ou autres objets pouvant enregistrer. Certaines personnalités ne s’en cachent pas. « Ce n’est jamais sûr, il vaut mieux prendre ses précautions au lieu de regretter après. Si je ne peux pas demander au visiteur de laisser son portable au secrétariat, je deviens méfiant, parce qu’avec l’avancée des technologies de l’information et de la communication, il est possible d’enregistrer même avec un stylo », a confié une personnalité de l’administration qui désire garder l’anonymat.

Ce phénomène des enregistrements et des cd diffusés à travers la presse, a pris de l’ampleur avec l’affaire Idrissa Seck. Les enregistrements de l’ancien premier ministre et maire de Thiès, avaient tellement éclaboussé l’Etat que certains l’ont assimilé à un séisme politique. Des autorités du Parti démocratique sénégalais (Pds), au pouvoir, ont même avancé qu’il a enregistré certaines conversations avec le président de la République, Me Abdoulaye Wade et qu’il menace de remettre à la presse les cd.

Ces outils des Tic utilisés pour l’enregistrement, sont en passe de devenir un couteau à double tranchant. D’un côté, ils peuvent jouer un rôle dans la lutte contre la corruption. Avec l’effet de psychose créé par l’affaire de la corruption dans la magistrature, on pourrait être amené à abandonner totalement ou à éviter de s’adonner à des pratiques frauduleuses et nébuleuses pour ne pas compromettre sa carrière, sa crédibilité et sa dignité.

De l’autre, les outils technologiques peuvent être un moyen de chantage qui continue à gangrener la société sénégalaise.

En tout état de cause, c’est un problème de bonne gouvernance qui est en jeu. Depuis l’affaire de l’ancien Premier ministre et maire de Thiès, Idrissa Seck, ces enregistrements évoquent, pour la plupart, des problèmes de gestion et de bonne gouvernance.

Ibrahima Lissa FAYE

(Source : Sud Quotiiden ; 19 juillet 2006)

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