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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2019 > Janvier 2019 > Télécoms : Libon, l’application qui révolutionne les appels des diasporas (…)

Télécoms : Libon, l’application qui révolutionne les appels des diasporas africaines

dimanche 13 janvier 2019

Téléphonie

Depuis qu’il a repris Libon des mains du groupe Orange, Julien Hodara, un entrepreneur français de 44 ans, conquiert -avec son application mobile- les diasporas du monde entier adeptes des communications téléphoniques conventionnelles. Et l’Afrique n’est pas en reste.

Depuis un smartphone, via une simple application rechargeable, appeler les lignes téléphoniques fixes et mobiles vers 140 pays à travers le monde dont une trentaine en Afrique. Particularité : seul le temps de parole est facturé. Précision de taille que tient à apporter Julien Hodara, 44 ans, CEO de Libon, la startup qui gère l’application éponyme.

Élimination des coûts cachés

« Ce que nous faisons, c’est rendre les appels téléphoniques normaux plus faciles d’accès. Ce n’est pas cher et c’est de bonne qualité. L’utilisateur n’a pas besoin de changer de carte SIM ou de changer d’opérateur pour bénéficier de nos tarifs... », explique-t-il dans un entretien avec La Tribune Afrique.

Sur Libon en effet, la minute d’un appel international est facturée généralement entre 0,11 euro et 0,17 euro, quand un appel international via les opérateurs de télécommunications en France notamment va généralement bien au-delà de 1 euro. Une tarification qui s’explique notamment par l’existence de coûts cachés, ce que Libon arrive à éviter en passant par internet.

D’internet aux lignes conventionnelles

Autre point fort de cette application, « celui qui a internet peut appeler celui qui n’a pas internet », précise également Hodara. Pour cet ingénieur informaticien et business administrator devenu entrepreneur, l’objectif est donc non seulement de palier au dictat des applications mobiles dominantes, comme Whatsapp ou Messenger, qui conditionnent l’émission et la réception d’un appel par la détention mutuelle de ladite application et la connexion mutuelle à internet, mais aussi palier à la problématique de l’accessibilité à internet dans certaines contrées en Afrique notamment. « La famille au village n’a donc besoin ni d’internet, ni de l’application Libon sur son téléphone », appuie Hodara.

A la base, Libon naît en 2012 dans les ateliers de l’unité Recherche et développement (R&D) d’Orange Valley, filiale du géant français des télécoms. L’idée de départ est simplement de démontrer qu’il est possible d’établir des télécommunications sans infrastructures propres. L’application est testée avec succès aux Etats-Unis où Orange est absent. De fil en aiguille, les ingénieurs l’étoffent. Mais celle-ci -ne rentrant pas dans le cœur de cible du groupe français- restera dans le domaine de la recherche.

Alors en poste chez Orange Valley en tant que Chief of Staff auprès du président, Julien Hodara décèle le potentiel de cette application particulièrement pour les diasporas et se propose en repreneur. « Nous avons alors tenté de mieux cerner les appels internationaux, en nous mettant à la place du client. Nous avons découvert que c’est un univers très complexe, qu’il y avait pleins de coûts cachés et de zones grises ... », explique le CEO de Libon. C’est ainsi qu’avec son équipe, ils ont pu définir le positionnement de l’application.

L’Afrique, un marché « stratégique »

Après un temps dans le portefeuille entreprises du groupe Orange, Libon en est désormais un spin-off. Depuis août 2018 en effet, la startup est totalement indépendante et fonctionne avec une nouvelle équipe. Une récente levée de fonds de 1,8 million d’euros lui a permis de lancer une nouvelle étape de son développement : la vente de recharge en cash, en France. La jeune pousse ambitionne de porter à 10 000 le nombre de points de vente dans l’Hexagone d’ici la fin de l’année. Prochaine étape selon son patron : Etats-Unis et Canada, puis l’Afrique.

« Le plan de développement Afrique sera lancé cette année. Pour l’instant, les recharges en cash n’y sont pas encore disponibles, mais nous y travaillons. Nous avons déjà quelques personnes sur le terrain », confie Hodara.

D’ailleurs, Libon déploie récemment son offre en Afrique et compte de plus en plus d’utilisateurs issus des diasporas locales. « A titre d’exemple des Burkinabè -présents en forte communauté en Côte d’Ivoire- appellent actuellement le Burkina Faso depuis la Côte d’Ivoire via Libon », cite l’entrepreneur, ajoutant qu’en attendant l’arrivée des recharges en cash, les utilisateurs de Libon sur le Continent recharge leur via Orange grâce aux partenariats de la startup avec le géant français des télécoms. Dans son plan de développement justement, la startup compte mettre un accent particulier sur le pays des Éléphants. « Considéré comme un berceau de la migration, la Côte d’Ivoire est un marché stratégique pour nous », argue-t-il.

Avec la montée de la concurrence ces dernières années, les opérateurs de téléphonie mobile en Afrique ont fait de gros efforts, proposant parfois la minute d’un appel international à environ 0,38 euro en moyenne ainsi que des pass internationaux encore moins onéreux sur certaines destinations.

Mais considérant son offre encore plus attractive, Libon entend être une alternative aux réalités d’Internet en Afrique. Car bien qu’Internet y croisse rapidement, seul 24,4% des 1,216 milliard d’habitants avaient à internet en 2018 selon l’Union Internationale des Télécommunications (UIT). A cela, Julien Hodara ajoute que le plan de développement de Libon n’exclut pas l’étude d’une tarification propre au marché africain.

Jusqu’ici, tout marche à merveille pour la jeune pousse. En termes de rentabilité, quatre mois après avoir pris son indépendance totale du groupe Orange -qui reste un partenaire-, les performances sont au top. Libon totalise à ce jour environ 100 000 utilisateurs payants à travers le monde, selon son patron. « La première année où nous avons racheté Libon, l’objectif était de la rendre complètement indépendante au 31 décembre et qu’elle respecte le business plan qui a été présenté aux investisseurs et pour l’instant c’est le cas. Notre chiffre d’affaires ne cesse de croître au fil des mois », se réjouit Hodara qui préfère encore « pour l’instant la discrétion » sur les chiffres. La startup s’est donnée 24 mois pour rentabiliser son investissement et pour ce faire, espère susciter davantage l’intérêt des diasporas africaines, où qu’elles soient.

Ristel Tchounand

(Source : La Tribune, 13 jnvier 2019)

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