Télécoms : les obstacles à la généralisation du free roaming en Afrique de l’Ouest
lundi 26 octobre 2026
Le free roaming s’impose progressivement comme un outil d’intégration régionale en Afrique. Il vise à réduire les coûts des communications transfrontalières et à faciliter les échanges entre les pays. En Afrique de l’Ouest, le processus a été officiellement engagé en 2017.
Le Burkina Faso a signé, le vendredi 23 octobre, des accords bilatéraux de roaming avec le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Sénégal. Cette démarche s’inscrit dans les efforts d’intégration numérique en Afrique de l’Ouest. Près de neuf ans après l’adoption du règlement régional de la CEDEAO sur l’itinérance, la mise en œuvre reste progressive et soulève des questions sur les obstacles à la généralisation du service.
La signature est intervenue à Ouagadougou, à l’issue de la deuxième session du Comité des régulateurs nationaux du numérique (CRNN) des États membres de l’UEMOA, tenue du 20 au 22 octobre. Wendlassida Patrice Compaoré, secrétaire exécutif de l’ARCEP du Burkina Faso, a indiqué que les opérateurs devaient encore réaliser des travaux techniques avant l’entrée en vigueur des accords, envisagée dans un délai d’environ trois mois.
Une mise en œuvre encore progressive en Afrique de l’Ouest
En août 2025, l’Assemblée des régulateurs des télécommunications d’Afrique de l’Ouest (ARTAO) recensait 13 protocoles bilatéraux signés dans huit États, dont neuf avaient fait l’objet d’une annonce de lancement. L’organisation distingue le lancement public (launch) de la disponibilité commerciale effective (go-live). En février 2026, la Commission de la CEDEAO indiquait que plus de la moitié de ses États membres avaient mis en œuvre au moins un accord bilatéral.
Le Ghana et la Côte d’Ivoire ont été les premiers à lancer leur service, le 14 juin 2023. Selon l’ARTCI, les tarifs des communications voix, SMS et Internet pour les abonnés ivoiriens en déplacement au Ghana ont alors baissé jusqu’à 90 %. L’accord entre le Bénin et le Togo est entré en vigueur le 1er janvier 2024, avant le lancement du roaming par le Ghana avec ces deux pays en octobre suivant. Le Liberia et la Sierra Leone ont lancé leur service en août 2025. En avril 2026, le Bénin, le Sénégal et le Togo ont officialisé le roaming entre leurs trois pays.
En parallèle, plusieurs protocoles ont été signés sans confirmation récente de leur mise en service. Le Mali a conclu des accords avec le Bénin et le Togo en décembre 2023, avec une mise en œuvre prévue au plus tard le 29 février 2024. Le Ghana et la Gambie ont signé un protocole en novembre 2024. Le même mois, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont conclu un accord dans le cadre de la Confédération des États du Sahel, dont l’opérationnalisation était annoncée pour janvier 2025. En 2026, l’autorité libérienne indiquait que les accords conclus avec la Côte d’Ivoire et la Gambie nécessitaient encore des travaux techniques.
Des obstacles réglementaires, économiques et techniques persistants
L’application inégale du cadre réglementaire constitue l’une des principales difficultés évoquées dans le processus. Dans les termes de référence de son étude sur le roaming, la Commission de la CEDEAO relève des niveaux de conformité variables parmi les opérateurs des États membres. Ses rapports de suivi de 2019, 2022 et 2024 avaient déjà fait état de difficultés persistantes, qui ont conduit à une nouvelle évaluation du dispositif en 2026.
Les conditions tarifaires et la fraude figurent parmi les autres difficultés soulevées par les régulateurs. Lors d’une réunion régionale en octobre 2023, les participants ont examiné les tarifs et les problèmes de fraude qui affectaient la mise en œuvre du roaming. En août 2025, En août 2025, la Commission de la CEDEAO a abordé la flexibilité des tarifs des données, le partage des revenus entre opérateurs et la protection des consommateurs contre les factures excessives.
Les différences entre les marchés nationaux compliquent aussi l’harmonisation tarifaire. Lors de travaux organisés en 2026 avec la WATRA et le projet iPRIS, les experts ont relevé les exigences techniques et financières liées à la modélisation des coûts, ainsi que la diversité des structures de marché dans la région. Les échanges ont également porté sur l’interopérabilité entre opérateurs, un autre élément nécessaire au fonctionnement d’un dispositif régional.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 26 octobre 2026)
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