Télécoms : le Nigeria veut mieux encadrer le marché naissant des opérateurs virtuels
vendredi 22 mai 2026
Le développement des MVNO s’accélère en Afrique, porté notamment par des marchés comme l’Afrique du Sud et le Nigeria. Les autorités perçoivent ce type d’acteurs comme une solution pour combler les lacunes laissées par les opérateurs de téléphonie mobile traditionnels.
Les autorités nigérianes souhaitent mieux encadrer le marché des opérateurs de réseau mobile virtuel (MVNO). Cette démarche vise à structurer un segment encore émergent du marché télécoms et à clarifier les règles applicables aux nouveaux entrants.
La Nigerian Communications Commission (NCC) a récemment publié un projet de « Business Rules for Mobile Virtual Network Operations in Nigeria ». Dans un communiqué rendu public le mercredi 20 mai, le régulateur télécoms invite les parties prenantes à soumettre leurs observations d’ici le 29 juin. Une consultation publique est également prévue le 9 juillet.
Selon la NCC, les règles poursuivent plusieurs objectifs majeurs. Elles visent d’abord à établir un cadre clair définissant les droits, obligations et exigences de conformité applicables aux MVNO et aux opérateurs hôtes (HNO), afin de renforcer la supervision et l’application de la réglementation. Le texte entend aussi garantir que chaque MVNO opère dans les limites de sa licence, tout en assurant un accès équitable et non discriminatoire aux ressources réseau et aux accords d’hébergement. Il prévoit enfin de réduire les délais d’intégration entre MVNO et HNO, et de préciser les règles relatives à l’interconnexion, à la numérotation ainsi qu’aux responsabilités liées aux cartes SIM et eSIM.
Sur le plan concurrentiel, le projet vise à stimuler la concurrence afin d’améliorer la qualité des services, leur accessibilité tarifaire et le choix des consommateurs, tout en renforçant les exigences en matière de qualité de service, de fiabilité, de protection des données et de service client. Enfin, il précise que toute violation de ces règles sera considérée comme une infraction et pourra entraîner des sanctions administratives, des mesures correctives ou toute autre action prévue par la législation en vigueur.
Cette initiative intervient alors que le marché des MVNO est en phase de structuration au Nigeria. La NCC a attribué, en juin 2023, des licences d’exploitation à 25 MVNO pour un montant total de 5,9 milliards de nairas (environ 4,3 millions USD). Au total, une quarantaine de licences ont déjà été délivrées depuis le lancement du dispositif. Certains comme Vitel ou Visafone ont déjà lancé leurs services.
Le régulateur estimait que l’entrée de ces nouveaux acteurs contribuera à combler le fossé entre les populations mal desservies et celles non desservies, tout en renforçant la concurrence et en élargissant le choix des consommateurs sur le marché des télécommunications. Pour le moment, le Nigeria compte 185,7 millions d’abonnés à la téléphonie mobile et 153,8 millions d’abonnés à Internet à fin mars 2026, selon les données de la NCC.
Malgré ce volume élevé, la fracture numérique persiste : près de 20 millions de personnes restent encore exclues de l’écosystème numérique, selon les autorités. De son côté, la GSMA estime qu’en 2023, environ 120 millions de Nigérians n’utilisaient pas l’Internet mobile. À cette fracture numérique s’ajoutent des préoccupations liées au coût élevé des services et à la qualité parfois insuffisante des prestations fournies par les opérateurs télécoms.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 22 mai 2026)
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