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Technologies de l’information : Quelle politique de genre et quel rôle des communicateurs ?

jeudi 18 novembre 2004

Genre

Quelles peuvent être les stratégies de réduction des disparités de genre dans le domaine des technologies de l’information et de la communication ? C’est le thème de l’atelier sur les « Politiques de genre dans la société de l’information : rôle des communicateurs » ouvert hier à Ecopole ouest-africaine Jacques Bugnicourt et qui a réuni plus de vingt reporters des radios et journaux de la place. « Depuis une dizaine d’années, on travaille sur l’appropriation de l’outil Internet par les femmes en Afrique francophone, souligne d’entrée de jeu Marie-Hélène Mottin Sylla. Beaucoup d’activités ont été faites en termes de formation. Maintenant on se préoccupe des politiques de Tic qui soient favorables à l’égalité de genre dans la société de l’information ». Selon la responsable d’équipe Synergie-genre et développement, des activités ont été entamées dans ce domaine, notamment la publication de manuel sur les « Citoyennes africaines de la société de l’information ». On note aussi un développement du partenariat avec les décideurs de la société civile et des services publiques, de même que des recherches sont menées sur les indicateurs de l’ampleur de la fracture numérique de genre ainsi que d’autres activités en cours.

L’objectif de cet atelier est de sensibiliser les communicateurs pour qu’ils puissent jouer leur rôle dans la société de l’information. « La plupart des participants ont des connaissances plus ou moins sommaires sur les questions de genre et de politique d’éthique. Mais il se trouve que les journalistes n’ont pas suffisamment d’informations pour jouer correctement leur rôle », fait remarquer Mme Sylla. Alors, selon elle, il s’agira d’échanger suffisamment d’informations pour installer confortablement les journalistes dans le débat des questions de genre et Tic, mais aussi de pouvoir formuler des stratégies pour préparer le sommet sur la société de l’information qui se tiendra à Tunis l’année prochaine.

Pour cela, les organisations de femme ont identifié quatre domaines. D’abord, tout ce qui concerne l’accès aux Tic. C’est-à-dire, explique la responsable d’équipe Synergie-genre et développement, que « les femmes n’utilisent pas autant que les hommes toutes les technologies de l’information notamment les ordinateurs et Internet ». D’autre part, il y a tout ce qui tourne autour des compétences. « On se rend compte que les femmes ne sont pas suffisamment scolarisées. Par conséquent, elles ne sont pas suffisamment présentes dans les domaines de la science et de la technologie, y compris pour l’utilisation des outils, ainsi que tout ce qui concerne les contenus. C’est-à-dire, que la plupart des contenues ne sont pas sensibles au genre et ne répondent pas aux besoins de développement des femmes africaines". Et enfin, il y a la question de contrôle. Autrement, fustige Mme Sylla, les femmes ne sont pas associées à la formulation des politiques de Tic.

L’anthropologue du Réseau Genre et Tic de Enda, Mme Oumou Khayri Niang Mbodj a défini le concept genre comme étant à la fois une vision et approche de développement qui vise que les hommes et les femmes aient toutes les capacités et toutes les possibilités pour défiler, mener et gérer le développement du début à la fin. Selon la coordonnatrice nationale de recherche sur la fracture numérique de genre en Afrique/ Sénégal, il s’agira de construire une société plus égalitaire et soucieuse de l’équité et également susceptible de mieux préparer les générations futures à un avenir plus égalitaire et plus sereine.

Interrogée sur le fait que les femmes s’acharnent souvent à vouloir mettre sur la table le débat sur les questions de genre, l’anthropologue dira que le concept genre attaque même les bases de conceptions traditionnelles qui disent que l’homme et la femme sont nés inégaux et ne peuvent pas avoir les mêmes droits. Or, poursuit-elle, dans la réalité, on constate que c’est l’éducation qui différencie l’homme et la femme. « L’éducation sur la base de valeurs très claires qui affectent un certains nombre de rôles et d’attributs aux hommes et un certain nombre de rôles et d’attributs aux femmes qui les différencient et qui créent des capacités différentes ainsi qu’un accès différent aux ressources et aux opportunités et même à la décision ».

Le débat sur les questions de genre n’attaque-t-elle pas la culture qui a déjà établi les réalités sociales et l’environnement institutionnel ? A cette question, Mme Oumou Khayri Niang Mbodj a fait savoir que la culture est une dynamique. Par conséquent, soutient-elle, elle n’est pas close, ni clôturée. « Elle est née selon un processus historique, social, etc. Donc pourquoi ne pas mettre dans la culture une dimension égalitaire qui permettrait aux hommes et femmes de jouer pleinement leur rôle en tant qu’acteurs et décideurs du développement ».

Cet atelier de formation organisé avec le soutien de Osiwa, a vu la participation du Réseau Genre et Tic, de l’Agence de régulation des télécommunications (Art) et de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (Cjrs). Les travaux se poursuivent jusqu’à demain.

Issa NIANG

(Source : Wal Fadjri, 18 novembre 2004)

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