L’arrivée de Starlink, le fournisseur d’accès internet de SpaceX appartenant au milliardaire américain Elon Musk, expliquée du côté des autorités sénégalaises, ne vise rien d’autre qu’à combler le fossé numérique entre le monde rural et les zones urbaines, dans un contexte de mise en œuvre du New Deal technologique.
Selon le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Aliou Sall, il existe au Sénégal 540 zones blanches (territoires non couverts par les réseaux de téléphonie mobile ou internet) à travers 700 localités.
Cette situation, ajoutait-il, impacte sept millions de Sénégalais non connectés, alors que notre pays a un avantage considérable avec un taux de pénétration de la téléphonie mobile de 120 à 130 % de la population.
Malheureusement, la faible densité démographique de ces zones rurales n’incite pas les opérateurs à y investir, pour des raisons de rentabilité.
Leurs limites qu’expliquent des logiques commerciales devraient être compensées par le géant américain qui révolutionne l’accès à internet haut débit et réduit par ricochet la fracture numérique.
C’est ce qui guide l’État à négocier l’acquisition de 5000 kits Starlink à un tarif préférentiel pour connecter gratuitement un million de personnes, au cours du premier semestre de 2026.
À première vue, il n’y a pas de risques de concurrencer les opérateurs terrestres qui, il faut le reconnaître, ont consenti des investissements massifs pour la 4G et la 5G.
Mais des interrogations sérieuses subsistent et inquiètent.
Starlink sera-t-il un acteur complémentaire ou un concurrent des opérateurs établis au Sénégal ?
Si le ministre Aliou Sall rassure, le Syndicat des travailleurs de la Sonatel (Syts) se pose de sérieuses questions sur les modalités d’accès de Starlink au Sénégal, mais aussi sur la souveraineté numérique et la sécurité de nos données.
En Europe, le fournisseur d’accès d’Elon Musk inquiète à un point où on a jugé vital de débourser davantage pour trouver une alternative avec l’opérateur Eutelsat, principalement pour des raisons de souveraineté et de sécurité.
Comme le souligne avec pertinence Pape Modou Fall, informaticien, spécialiste africain en ingénierie des IXPs, « au-delà du débat technologique, la question centrale est politique et stratégique : comment élargir l’accès à Internet sans affaiblir la souveraineté numérique, l’emploi local et les investissements déjà consentis dans les infrastructures nationales et régionales ? ».
Une question presque existentielle pour les opérateurs locaux qui s’inscrivent, depuis quelques années, dans une tendance baissière des coûts de l’Internet, tout en créant des milliers d’emplois directs et indirects et en versant des milliards de francs dans les caisses publiques au titre des taxes.
Sans compter les initiatives d’une boîte comme la Sonatel qui, elle aussi, s’est lancée depuis décembre 2025, dans les offres illimitées internet haut débit par satellite accessibles aux ménages et aux professionnels.
Cette dynamique sera-t-elle épargnée par la force de frappe de Starlink, qui devrait générer très peu d’emplois directs au niveau local ?
Tout dépendra de la façon dont le régulateur va encadrer la concurrence.
Le directeur général de l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) rassure : « Notre rôle est de veiller à ce que tous les opérateurs, quels qu’ils soient, respectent les règles et que les intérêts des consommateurs soient protégés, tout en assurant l’équilibre du marché ».
L’euphorie notée chez certains consommateurs à l’annonce de l’arrivée de Starlink au Sénégal est révélatrice d’une réalité : l’offre des opérateurs locaux, en termes de qualité et de prix, ne semble pas coïncider avec leurs attentes et leur pouvoir d’achat.
Les tarifs du fournisseur d’accès internet de SpaceX risquent de les refroidir : 146.000 FCfa pour acquérir le kit de connexion standard ou 117.000 FCfa pour le kit mini, sans compter les offres mensuelles allant de 22.000 à 30.000 FCfa.
Malick Ciss
(Source : (Le Soleil->http://www.lesoleil.sn/], 10 février 2026
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Starlink au Sénégal, une régulation cruciale