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Accueil > Ressources > Points de vue > 2010 > Souleymane Jules DIOP sur l’affaire GVG : « L’Etat du Sénégal a décidé (…)

Souleymane Jules DIOP sur l’affaire GVG : « L’Etat du Sénégal a décidé d’enrichir une bande d’inconnus »

jeudi 5 août 2010

Des scandales financiers, nous en avons connus au-delà de l’imaginable. Pas une semaine ne passe sans laisser accrochée aux basques des pontes de ce régime, une volée de casseroles. Mais avec Global Voice, c’est d’une monstruosité qu’il s’agit. L’Etat du Sénégal a décidé d’enrichir une bande d’inconnus, en surfacturant les appels entrant au Sénégal. Il ne serait peut-être pas superflu de rappeler que ce sont les Sénégalais qui paieront plus cher, au profit d’une société étrangère. Tous les mois, nous allons devoir donner malgré nous, 2,3 milliards de francs à des hommes d’affaires établis en Amérique. Pendant les 5 années que va durer ce contrat, ce sont environ 150 milliards qui seront versés à cette société, pour exercer une mission qui devait naturellement être dévolue à l’Artp. Aussi difficile qu’il soit, le travail de Global Voice se limite à un exercice de multiplication. Il n’y a, pour cela, aucun investissement nécessaire et à ce jour, aucun appareil n’a été installé dans les locaux de la Sonatel. C’est un travail qu’aurait pu faire n’importe quel élève de CM2, qui permet à des hommes d’affaires d’empocher des dizaines de milliards sans mouiller leur chemise. Il consiste à multiplier le nombre de minutes au prix à la minute, des problèmes comme en rencontrent les candidats au certificat d’études.

Depuis que cette affaire a été révélée, le régime défend à travers des médias à sa solde, l’argument mensonger selon lequel la Sonatel ment sur le volume du trafic entrant. C’est d’une mauvaise foi inouïe, pour qui connaît les conventions qui régissent les communications internationales. Il est scandaleux de prétendre qu’une société basée au Sénégal, dans laquelle l’Etat sénégalais possède des actions, pratique de la fraude, dès lors qu’on trouve un moyen de se faire de l’argent. Le contrôle, l’Etat en a le pouvoir en tant que puissance publique et le droit en tant qu’actionnaire. Il est illégal et inadmissible de demander à une société de livrer ses équipements et ses données à une autre société concurrente, et les syndicalistes de la Sonatel ont raison de refuser cette demande illégale. Ndongo Diaw nous fait croire que Global Voice est capable de faire ce que l’Etat du Sénégal, avec ses moyens et ses experts, ne peut pas faire : contrôler les appels internationaux entrant et les facturer.

La cupidité de quelques hommes a pris plus d’importance que les intérêts d’un pays. Nous voilà en face d’une situation inédite. L’Etat du Sénégal oblige un des fleurons de notre économie à enrichir une société étrangère, sans aucun égard pour les situations sociales dramatiques que cette situation pourrait provoquer. C’est le sacrifice de plusieurs générations d’ingénieurs qui auraient pu offrir leurs services ailleurs, que ce régime fait passer par pertes et profits. Dans des conditions presque similaires, une société nigériane a été autorisée à vendre des terminaux Internet, pour concurrencer déloyalement une société qui fait vivre des milliers de sénégalais.

Les conditions dans lesquelles la libéralisation du secteur des télécommunications a été menée jusqu’ici sont proprement choquantes. Mais le train de la corruption ne s’arrêtera pas de sitôt. Il est devenu évident que face aux révélations qui éclaboussent son entourage, Abdoulaye Wade a décidé que justice ne sera jamais rendue. C’est la seule raison de la nomination du père de Thierno Ousmane Sy au ministère de la Justice et la convocation d’une audience spéciale pour juger l’affaire des commissions de Sudatel.

Depuis dix ans, quelques individus se livrent à leurs joyeuses bacchanales, attachés à leurs privilèges comme des crabes à leur rocher, livrant le reste du pays à la débrouille permanente. S’élever contre cette impunité et cette injustice est une mission de tous les jours. Ils se croient bénis de Dieu pour agir avec autant d’aisance, mais c’est à croire qu’ils sont possédés par le Diable. Tout est fait selon un ordre qui ressemble à un plan maléfique visant à ruiner l’économie du pays et appauvrir ses habitants. Il faut, pour s’en convaincre, voir dans quel état l’ami de Karim Wade, Michel Godard, a mis les Industries chimiques du Sénégal. Le spectacle qu’offre maintenant cette société qui faisait plusieurs dizaines de milliards de bénéfices par an est affligeant. Ce sont des ouvriers indiens qui y travaillent, sous le regard impuissant des populations locales, forcées au chômage. Il faut détester ce pays pour agir de la sorte.

Je discutais en début de semaine avec un haut fonctionnaire nord-coréen qui m’expliquait à quel point son pays était embarrassé par l’histoire du Monument de la renaissance, en confessant qu’en vérité, le président Wade a raison. La statue de bronze n’a pas coûté un seul centime au contribuable, puisqu’il a été offert au Sénégal par le peuple de Corée, exécuté par des ouvriers coréens. L’histoire des terrains de l’aéroport et des dizaines de milliards est une magouille fomentée par Abdoulaye Wade pour s’enrichir et financer les élections locales de mars 2009. Beaucoup de dons en provenance de la Chine, de l’Inde et de la Corée ont été détournés selon les mêmes procédés. L’Etat fait commande de ce don auprès d’un homme d’affaires, qui livre la marchandise, encaisse l’argent et transfère une partie dans des comptes à l’étranger. Ceux qui sont au cœur de ce genre de pratiques agissent en toute impunité, assurés que jamais Abdoulaye Wade ne s’avisera de mettre la main sur eux.

Karim Wade et Thierno Ousmane Sy crient partout qu’ils n’y sont pour rien. Mais le fait qu’ils soient obligés de s’expliquer partout est le signe de la faillite morale de ce régime. Deux amis, le neveu et le fils du président de la République, sont au cœur de toutes les histoires d’argent et traînent en justice tous ceux qui osent les dénoncer. Cette omniprésence de la famille du président de la République est ce contre quoi nous nous élevons. C’est parce que les richesses du pays ne sont la propriété exclusive d’Abdoulaye Wade, qu’il n’a pas le droit de les confier exclusivement à ses enfants. Après l’Anoci arrachée aux mains de Cheikh Tidiane Gadio pour Karim Wade, Sindiely Wade vient de se voir confier le Fesman III, un projet de 18 milliards de francs, sous le prétexte que ceux qui avaient été nommés n’ont pas bien géré. A moins de quatre mois de cette manifestation prévue pour durer deux semaines, rien n’a été fait. Un grand artiste national, qui a senti la bonne affaire, a empoché 25 millions de francs, avec la promesse de faire signer de grosses pointures mondiales avant fin avril. Il a disparu avec l’argent sans jamais faire signe. L’ancienne équipe, qui devait poursuivre les contacts avec les invités de marque, a été chassée sans ménagement, sans lettre de licenciement, avec un manque de courtoisie hilarant. Il y a chez ces gens un manque de professionnalisme et une condescendance que même les journalistes de la presse d’Etat, si souvent dociles, ne supportent plus. Nous avons une expertise nationale capable d’organiser un tel évènement, mais Sindiely Wade est plus capable que tous les Sénégalais réunis. Il en résulte qu’aujourd’hui, tous les grands projets du chef de l’Etat sont entre les mains de ses deux enfants, à l’exclusion de tous les autres sénégalais. Aucun peuple n’a attendu longtemps, pour mettre un terme à une telle humiliation.

Souleymane Jules Diop

(Source : Seneweb, 5 août 2010)

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