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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2003 > Décembre > Sommet de Genève sur la Société de l’Information : Ecran sur la vérité

Sommet de Genève sur la Société de l’Information : Ecran sur la vérité

lundi 15 décembre 2003

Fracture numérique/Solidarité numérique

Les déclarations officielles ne rendent pas correctement compte de ce qui s’est réellement passé au sommet de Genève sur la société de l’information. Le Fonds de solidarité numérique n’a pas été adopté à l’issue du sommet , qui a enregistré la participation d’une dizaine de chefs d’Etat africains et du président de l’Union africaine, contrairement aux allégations l’attribuant à un succès personnel du chef de l’Etat sénégalais. Son adoption est suspendue à des études dans la perspective du sommet prévu à Tunis en 2005.

« Nous prenons bonne note de la volonté exprimée par certains de créer un »Fonds de solidarité numérique international « alimenté par des contributions volontaires et par d’autres d’entreprendre des études concernant les mécanismes existants, ainsi que la possibilité de créer un Fonds qui soit efficace ».Ces lignes sont extraites de la déclaration finale publiée à l’issue du sommet mondial sur la société de l’information tenu à Genève (Suisse) du 10 au 12 décembre 2003. Cette déclaration qui figure sur le site web du sommet (http//www.itu.int) reprend l’essentiel des travaux et décisions de la rencontre. Elle indique que pour le moment, il n’y a qu’un accord de principe sur le Fonds de solidarité numérique dont la mise en place est suspendue à des études à faire d’ici le prochain sommet prévu en Tunisie en 2005.

Le projet de création d’un Fonds de solidarité numérique proposé par Me Abdoulaye Wade, n’a pas été adopté par le sommet, contrairement aux déclarations officielles qui le présentent comme une victoire de la diplomatie sénégalaise au point de mobiliser les foules samedi 13 décembre pour accueillir le président de la République.L’idée d’un Fonds de solidarité numérique n’a en définitive fait recette que chez les maires de Genève et de Lyon qui ont annoncé le versement de contributions pour le soutenir. Le Sénégal s’est pour sa part engagé à verser 250 millions de FCfa tandis que Turin a manifesté son intérêt. C’est dans ces limites que nous pouvons pour l’instant circonscrire le succès de l’idée proposée par le chef de l’Etat pour réduire la fracture numérique. Au terme d’un sommet globalement jugé comme un « échec », on retient qu’aucun des pays ou groupes de pays dont les voix pèsent le plus sur la communauté internationale et constituant par ailleurs les principaux bailleurs d’initiatives pareilles, n’ont adhéré à l’idée du président de la République.

Les Etats-Unis, l’Union européenne, le Japon et le Canada n’ont pas favorablement accueilli le Fonds proposé par Me Abdoulaye Wade, le seul des ténors du Nepad à avoir fait le déplacement de Genève. Ces pays se sont déclarés contre la mise sur pied de ce Fonds pour différentes raisons. Ils estiment qu’il existe déjà, au niveau international, des projets et des programmes financés par la communauté internationale qui peuvent être utilisés pour réduire la fracture numérique. A cette allégation, le Sénégal a répondu que les mécanismes de financement qui sont en vigueur soufrent de maux comme les lourdeurs des procédures et les lenteurs dans les décaissements.

Les pays qui ont refusé de s’engager avec Me Abdoulaye Wade ont également justifié leur rejet du projet du chef de l’Etat sénégalais par le fait qu’il ne donne pas d’indications claires sur les objectifs précis visés par ce Fonds. Ils estiment que ces objectifs sont simplement déclamés en termes généraux.

En outre, pour eux, il n’y a pas une estimation précise des montants nécessaires se basant sur des objectifs précis .De la même manière, le Sénégal, selon ces pays, n’a pas montré en quoi les mécanismes existants ne sont pas efficaces. « Le Sénégal n’a pas donné de réponse à ces questions. C’est cela le problème des idées avancées par le chef de l’Etat qui peuvent être bonnes ou mauvaises. Après leur énoncé, il n’y a généralement pas de stratégie et de politique de mise en œuvre », commente une source proche du sommet de Genève.

Absence de politique nationale

La même source indique que ce qui s’est passé à Genève n’est pas loin d’un forcing. « C’est quand l’idée n’a pas acceptée qu’il s’est précipité pour faire un forcing et annoncer la contribution sénégalaise de 250 millions de FCfa ». Et de montrer : « Le Sénégal pouvait davantage travailler l’idée du Fonds depuis qu’elle a été émise pour produire, dans la perspective du sommet de Genève, un document répondant à toutes les questions qui ont été soulevées ».

Pour ce spécialiste des Ntic, fonctionnaire international de son état, « le Sénégal brille pour le moment de l’absence d’une politique dans le domaine des Ntic. Ce sont les bailleurs étrangers qui financent tous les programmes C’est la Banque mondiale pour le programme World Link, le Crdi pour le programme Acacia en plus d’autres bailleurs comme l’Usaid et la francophonie par exemple . Ils ne sont pas accompagnés d’actions concrètes de l’Etat. Ces 250 millions de FCfa qui sont annoncés auraient pu être mis sur le plan national. Au lieu d’alimenter un Fonds de solidarité numérique, ils peuvent être mis à contribution pour créer par exemple des centres d’accès communautaires ».

Pour mémoire, l’idée d’un Fonds de solidarité numérique a été lancée en février dernier, dans la même ville de Genève où le chef de l’Etat sénégalais se trouvait en même temps que le président roumain .C’est au cours des travaux menés dans le cadre du comité préparatoire de ce sommet co-géré par l’Union internationale des télécommunications (Uit), les Nations-Unies et l’Unesco.

De février à décembre 2003, plus de dix mois se seront écoulés sans que la proposition du Sénégal soit suffisamment travailler pour accrocher la communauté internationale. C’est cette vérité qui n’était pas perceptible samedi 13 décembre, sur un axe allant de l’aéroport Léopold Sédar Senghor au palais présidentiel, à cause d’effets de foule qui ont fait écran.

Malick Rokhy Bâ
(Source : Sud Quotidien, 15 décembre 2003)

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