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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Février 2026 > Sénégal : De quoi Starlink est-il le nom ?

Sénégal : De quoi Starlink est-il le nom ?

mardi 10 février 2026

Produits et services

L’arrivée annoncée, au Sénégal, du fournisseur d’Internet par satellite Starlink suscite un vif intérêt dans le paysage numérique national, au regard des promesses technologiques qu’elle porte, mais aussi des défis économiques et stratégiques qu’elle soulève, relançant le débat sur les enjeux de la connectivité et les défis de la maîtrise spatiale et de l’appropriation des technologies dites émergentes.

Quelles différences avec les autres fournisseurs ?

Développée par l’entreprise américaine SpaceX, fondée par Elon Musk, cette technologie de connexion satellitaire en orbite basse se distingue profondément des infrastructures Internet traditionnelles déjà déployées dans le pays, telles que la fibre optique, la 4G ou la 5G, a expliqué à l’APS Malick Fall, spécialiste en sécurité des systèmes d’information. Il renseigne que Starlink repose sur une « constellation de milliers de satellites placés en orbite basse, à environ 550 kilomètres de la Terre, une altitude nettement inférieure à celle des satellites de télécommunications classiques ».

Cette configuration permet de réduire significativement la « latence », c’est-à-dire « le temps de réponse du réseau, tout en offrant des débits élevés », a-t-il précisé. Selon le spécialiste, contrairement aux réseaux terrestres, qui nécessitent des infrastructures lourdes — câbles, antennes-relais, serveurs, backbones et travaux de génie civil — la technologie Starlink fonctionne essentiellement à partir d’un terminal utilisateur connecté directement aux satellites, via des passerelles terrestres.

Il souligne que la principale différence entre Starlink et les technologies existantes est d’ordre infrastructurel, en ce sens que « les réseaux traditionnels reposent sur le déploiement de matériels physiques au sol, parfois coûteux et complexes à installer, notamment dans les zones enclavées ».

La connexion satellitaire en orbite basse, elle, « ne nécessite ni réseaux câblés préalables ni lourds travaux d’aménagement », une caractéristique qui fait de Starlink une solution « particulièrement attractive » pour les zones rurales et les territoires dits « zones blanches », où l’accès à Internet demeure limité ou inexistant, a encore fait valoir Malick Fall.

Des effets structurants sur l’économie sénégalaise...

Selon le fondateur de Polaris Secure Technologies (Polaris ST), un cabinet de conseil en cybersécurité et cryptologie basé en France, dans un pays où près de 40 % de la population n’a toujours pas accès à Internet, Starlink peut apparaître comme un « levier potentiel de réduction de la fracture numérique ». Selon lui, l’un des enjeux majeurs de l’arrivée de Starlink est précisément de contribuer à « corriger ces inégalités structurelles », en assurant une « ’couverture plus homogène du territoire national ».

Cette situation s’explique en grande partie par les logiques économiques des opérateurs télécoms traditionnels, qui privilégient les zones densément peuplées pour des raisons de rentabilité. Dans les zones peu peuplées, le coût de déploiement de la fibre ou des réseaux mobiles est souvent jugé trop élevé, souligne le spécialiste.

Au-delà de la question de l’accès, une connectivité plus large et plus fiable pourrait avoir des effets structurants sur l’économie sénégalaise, dans un contexte de digitalisation croissante des services publics et privés, estime M. Fall. Il rappelle que plusieurs études montrent qu’une couverture Internet stable constitue un prérequis au développement de secteurs tels que le commerce électronique, les plateformes de services numériques, la télémédecine, l’enseignement à distance ou encore le télétravail.

Il note par ailleurs que ces usages pourraient contribuer à « désengorger » les centres urbains tout en dynamisant les économies locales. Sur le plan sectoriel, l’arrivée de Starlink pourrait aussi jouer un rôle de catalyseur au sein de l’écosystème des télécommunications. Pour le CEO de Polaris ST, la technologie satellitaire ne se substitue pas, du moins à court terme, aux réseaux existants, mais vient plutôt les compléter, en particulier dans les zones peu denses.

Elle pourrait néanmoins pousser les opérateurs historiques à repenser leurs modèles économiques, leurs offres et leurs stratégies tarifaires, souligne-t-il. « L’histoire récente des télécoms au Sénégal montre que l’arrivée de nouveaux acteurs peut profondément transformer le marché », a rappelé l’expert, citant l’impact de l’entrée de Tigo puis de Free sur le segment mobile, ou encore celui de Wave dans le mobile money.

Dans ce contexte, les opérateurs traditionnels pourraient être amenés à améliorer la qualité de leurs services, à revoir les coûts de la 4G, de la 5G et de la fibre, ou à explorer des partenariats hybrides combinant réseaux terrestres et satellitaires.

...L’Etat rassure les utilisateurs

Pour les observateurs, l’enjeu pour le Sénégal sera donc de tirer pleinement parti des opportunités offertes par Starlink, tout en mettant en place un cadre réglementaire et stratégique capable de préserver l’équilibre du secteur, l’accessibilité pour les populations et les intérêts nationaux à long terme.

La dépendance à une infrastructure contrôlée par un acteur étranger soulève des interrogations en matière de souveraineté numérique, a fait constater le spécialiste, faisant allusion aux questions liées à la gouvernance des données, au partage de la valeur ajoutée et à l’impact sur l’emploi local, notamment au sein des opérateurs historiques, questions qui méritent, à ses yeux, une attention particulière des autorités de régulation.

Le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Alioune Sall, a assuré que le déploiement de Starlink au Sénégal a respecté toutes les règles édictées par le Code des télécommunications. « Les règles ont été suivies, que ça soit avec Starlink ou d’autres canaux, avec les différentes parties prenantes », dans le respect des règles d’attribution « telles que l’édicte le Code des télécommunications », a-t-il dit.

Le ministre a rappelé que tout opérateur est régi par le Code des télécommunications, sans toutefois donner d’éléments de réponse sur le type de licence ou d’autorisation accordé à Starlink. Le service d’accès à l’Internet haut débit par satellite Starlink est désormais disponible au Sénégal après des discussions avec plusieurs autres opérateurs satellitaires.

« L’Etat du Sénégal a fait le choix de discuter avec d’autres opérateurs satellitaires, y compris les opérateurs du Sénégal en mesure de déployer cette technologie », a soutenu Alioune Sall. Il a rappelé qu’il existe « 540 zones blanches où la couverture est nulle à travers 700 localités, ce sont des impacts considérables sur 7 millions de Sénégalais non connectés mais aussi des impacts sur l’économie ».

(Source : APS, 10 février 2026)

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