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Risques liés à l’utilisation des réseaux sociaux : Au Sénégal, 90 % des victimes du net sont des jeunes

mercredi 5 septembre 2018

Usages et comportements

Protéger les enfants contre les dangers de la vie réelle, les parents savent le faire. Mais dès qu’il s’agit d’Internet, ils détournent le regard. Et pourtant, il est ressorti d’un atelier organisé hier sur la sécurité en ligne, que 80 à 90 % des victimes du net au Sénégal sont des jeunes, particulièrement les élèves.

Un enfant avec un ordinateur ou un portable connecté de 19 h à 23 h équivaut exactement à un autre dans la rue à la même heure. Pour les parents qui ne le savent pas, le danger est parfois même plus grand pour le jeune coincé entre 4 murs, mais qui a la possibilité de voyager partout dans le monde virtuel, grâce à Internet. L’alerte est d’Ibrahima Diaham, adjudant de police à la Division spéciale de la cyber-sécurité. Il participait, hier, à un atelier sur la sécurité en ligne organisé par Facebook, en partenariat avec la Commission de protection des données personnelles (Cdp) et l’école de journalisme Ejicom. Au cours de cette journée, les différents intervenants ont insisté, au-delà des opportunités, sur les risques liés à Internet. Rien que pour le premier trimestre 2018, révèle Julie de Bailliencourt, responsable mondiale de la sécurité en ligne chez Facebook, 583 millions de faux comptes ont été supprimés par l’entreprise cofondée par Mark Zuckerberg.

Et même si tous les utilisateurs d’Internet sont exposés, toutes catégories confondues, il n’en demeure pas moins qu’au Sénégal, selon l’adjudant Diaham, 80 à 90 % des victimes sur le net sont des jeunes dans les établissements scolaires. Et pour une grande partie, c’est parce qu’ils ne savent pas. Or, malgré les dangers, l’attitude des parents, censés protéger leur progéniture, est loin d’être la meilleure. Autant ils sont prêts à surveiller et à encadrer leurs descendants dans la vie physique, autant ils négligent leur rôle face aux nouvelles technologies.

Selon Ndiaga Guèye, Président de l’Association sénégalaise des utilisateurs des Tics (Asutic), les parents, ayant une conception ludique des réseaux sociaux, ont deux attitudes improductives. En premier lieu, les géniteurs ne veulent rien savoir de l’Internet, en se disant que c’est une affaire des moins âgés. ‘’Même pour faire quelque chose, ils demandent à leurs enfants de les aider. Ce qui est une inversion des rôles’’, regrette-t-il. Et en cas de problème, ils optent pour la répression : le téléphone est confisqué et la connexion coupée. Aucune des deux postures n’est bonne, affirme M. Guèye qui invite les parents à veiller davantage. ‘’Autant ils sont responsables de la sécurité des enfants dans la vie réelle, autant ils le sont dans la vie virtuelle’’, lance M. Guèye. Parmi les pistes de solution, il y a la sensibilisation des écoliers, mais aussi la reconduction de certaines valeurs dans le monde virtuel. ‘’Nous apprenons à nos enfants à ne pas parler aux inconnus. On doit aussi leur apprendre à ne pas parler aux inconnus sur Internet’’, commente la modératrice.

Sécuriser les entreprises vitales telles que Senelec et Sde

Cependant, le problème ne se limite pas uniquement chez les enfants. Même les adultes doivent faire preuve de vigilance, puisque les malfaiteurs sont sur Internet comme ils sont dans les rues. Et avec la connexion, à la place d’une attaque physique avec tout le risque que cela implique, les agresseurs ont le choix d’agir par clic. Au lieu d’arracher le sac ou le portefeuille d’une personne dans la rue par exemple, il est plus payant et moins dangereux d’avoir accès à son compte bancaire avec des algorithmes. En lieu et place d’une attaque armée contre une banque, mieux vaut s’introduire dans son système informatique et vider les coffres à distance. C’est pourquoi, d’ailleurs, le président de SaytU, Baïdy Sy, préconise la sécurisation des entreprises d’importance vitale comme la Senelec, la Sde…

En fait, le plus difficile, dans la lutte contre la cybercriminalité, fait remarquer l’adjudant Diaham, c’est qu’avec le net, il y a l’immatérialité, la transnationalité et l’anonymat. Pour mieux assurer la sécurité de ses usagers, Facebook a annoncé, en juin dernier, que ses effectifs sur ce volet seront doublés. A ce jour, affirme Aïta Ndiaye, responsable Afrique francophone, 20 000 personnes travaillent à Facebook sur la sécurité des utilisateurs. Mais faudrait-il que des usagers de certains pays comme le Sénégal soient conscients du fait qu’ils peuvent signaler des contenus illicites au réseau social et consentent à le faire. A ce sujet, Mme Bailliencourt déclare que les Sénégalais hésitent, parce qu’ils ne savent pas qu’il y a une confidentialité dans le signalement.

A noter que le Sénégal compte 9 millions d’utilisateurs d’Internet pour 2,8 millions qui sont sur Facebook, un réseau social totalisant plus de 2 milliards de personnes à travers le monde, dont plus de 120 millions en Afrique subsaharienne. Une région importante pour l’avenir de cette entreprise.

‘’Notre prochain milliard, ce sera en Afrique’’, déclare Julie de Bailliencourt. De quoi être davantage regardant sur la sécurité !

Babacar Willane

(Source : Enquête, 5 septembre 2018)

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