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Retrait des licences 5G au Sénégal : quels scénarios pour l’avenir

vendredi 1er août 2025

Licences de télécommunications

Le secteur des télécommunications sénégalais a été secoué par une décision inédite : le retrait des licences 5G précédemment octroyées aux opérateurs Yas Senegal et Expresso Senegal. Un événement qui a suscité une pluie d’interrogations sur l’avenir du numérique, la régulation du marché et la capacité du Sénégal à rester compétitif dans la course à la connectivité ultra-rapide. Voici l’analyse d’une décision hors normes et de ses multiples répercussions.

Depuis une décennie, le Sénégal multiplie les initiatives pour devenir un hub régional du numérique. L’écosystème télécoms, longtemps dominé par des acteurs historiques, s’est peu à peu ouvert à de nouveaux entrants. Dans cette dynamique, le lancement de la 5G se voulait triomphant, symbole d’une ambition nationale de positionnement en Afrique de l’Ouest.

Yas Senegal et Expresso Senegal, anciens détenteurs des licences, faisaient partie des opérateurs misant sur la 5G pour redynamiser l’accès à Internet et proposer des services innovants aux consommateurs sénégalais. Leur disqualification soudaine réinterroge donc la stratégie nationale et la nature de la concurrence sur le marché.

Des questions sur la régulation

La décision de l’État est tombée comme un couperet, sans justification publique détaillée. Ceci n’a pas manqué de faire planer un flou, voire une inquiétude, dans le secteur. Interrogé par le média sénégalais Le Tech Observateur, Dr Isaac Sissokho, ancien secrétaire général du ministère de l’Économie numérique et éminent expert en régulation, a commenté cette décision : « La stabilité des environnements réglementaires est un facteur clé pour attirer investissement et innovation. Toucher aux licences, c’est toucher à la confiance des investisseurs et bouleverser tout l’écosystème. »

Par conséquent, les modalités effectives du retrait posent plusieurs questions : les opérateurs concernés avaient-ils rempli toutes les obligations de leur cahier des charges ? La procédure de retrait a-t-elle respecté les garanties du Code des communications électroniques ? Quelles alternatives réglementaires et commerciales s’offrent désormais à Yas et Expresso ?

Autant d’interrogations qui devront trouver des réponses pour rassurer le marché.

Des risques de perturbation pour le secteur

Toujours est-il que ce retrait crée une situation de tension concurrentielle inédite, particulièrement à l’heure où le groupe Sonatel-Orange et Free Sénégal dominent largement le marché. Leurs processus d’attribution de licences ont d’ailleurs eux-mêmes été critiqués sur les plans tarifaire et procédural.

Pour l’écosystème, les conséquences les plus tangibles pourraient être un ralentissement de la généralisation de la 5G, déjà perçue par les entreprises comme un levier d’innovation. Les analystes craignent également un risque accru de concentration au profit de quelques opérateurs, au détriment de la diversité et, potentiellement, de la compétitivité tarifaire. Pour d’autres, c’est un coup porté à la crédibilité du régulateur (ARTP), à moins qu’il ne clarifie rapidement les raisons et les prochaines étapes. Pour le consommateur, enfin, ce bouleversement pourrait se traduire à court terme par moins d’options et un accès plus restreint ou plus lent à la 5G.

Régulation, souveraineté et confiance

Dr Isaac Sissokho rappelle que la régulation doit servir prioritairement l’intérêt général et le développement d’un écosystème créateur de valeur. Il prône, en outre, une régulation ouverte et transparente, qui favorise l’innovation tout en protégeant le tissu économique national.

« Réguler, dit-il, c’est garantir l’équilibre entre incitation à l’investissement, protection du consommateur et souveraineté numérique. Chaque décision doit renforcer la confiance dans le marché et la cohérence de la politique nationale. »

Il pointe aussi la nécessité de repenser la place des opérateurs moins dominants, d’autant que l’égalité d’accès aux infrastructures (soutenue par le Fonds de développement du service universel) est cruciale pour combler la fracture numérique.

Quels scénarios pour l’avenir ?

Au vu de l’onde de choc générée par le retrait des licences 5G à Yas Senegal et Expresso Senegal, plusieurs scénarios sont envisagés. D’une part, certains espèrent un retour possible des opérateurs écartés si un dialogue s’ouvre avec l’ARTP. D’autre part, d’autres souhaitent que les fréquences soient réattribuées à de nouveaux acteurs ou que le duopole Sonatel-Free soit renforcé, avec un risque de concentration excessive.

De plus, certains s’attendent à une éventuelle action judiciaire des opérateurs lésés, susceptible de créer de l’instabilité pendant de longs mois. À l’inverse, d’autres pensent qu’une réforme accélérée de la régulation des télécoms, poussée par la polémique, pourrait rassurer les investisseurs et les consommateurs.

Face à cette situation, le secteur devra rapidement retrouver lisibilité et stabilité. Une chose est certaine : la prochaine étape sera déterminante pour l’avenir numérique du Sénégal, entre quête d’innovation, justice concurrentielle et préservation de la confiance dans la régulation nationale.

(Source : CIO Mag, 1er août 2025)

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