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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2022 > Mars 2022 > Retrait de Yup : Pourquoi l’argument de Société générale sur les (…)

Retrait de Yup : Pourquoi l’argument de Société générale sur les perspectives du marché des paiements mobiles ne tient pas la route

vendredi 4 mars 2022

Fintech

Le groupe bancaire français Société générale a pris la décision d’arrêter dans trois mois les services de paiement mobile déployés sous la marque Yup. Nicolas Pichou, le directeur général de Société Générale Cameroun, dans un message interne à ses collaborateurs, justifie cette décision en indiquant le service n’était pas rentable et n’a pas réussi à créer un modèle viable. Mais surtout, il estime que les perspectives du marché des paiements mobiles ne permettent pas au groupe d’envisager son maintien dans l’ensemble des géographies où il était déployé.

Un argument contestable au regard de la lecture des données et perspectives de la banque centrale des États de l’Afrique centrale et même au vu du déploiement des opérateurs télécoms et banques engagés dans des offres de solutions de paiement mobile.

Pour la Béac par exemple, en 2020, plus de 1,1 milliards de transactions ont été effectuées via les systèmes de paiement par Mobile Money en zone Cémac. Il y en avait un peu plus de 797 millions au cours de l’année 2019, soit une progression de +36 %.

Le nombre de transactions financières est également en constante évolution. En valeurs, les transactions de monnaie électronique qui s’élevaient à 11 335 milliards de F CFA en 2019 en zone Cémac ont dépassé 14 822 milliards en 2020, soit une progression de +33,33 %, quasiment du même niveau que l’année précédente (+34 %). Elles ont représenté en 2020, l’équivalent de 29,07 % du PIB de la CEMAC contre seulement 20,6 % en 2019 (+41 % d’augmentation).

Certes, la banque centrale estime que l’encours de la monnaie électronique en 2020 représentait encore seulement 2 % du total de la valeur des transactions de monnaie électronique. « Ce qui montre que les comportements d’épargne et de décahsing / dématérialisation de la conservation des valeurs monétaires ne sont pas encore acquis. L’activité de monnaie électronique est encore essentiellement un moyen de transfert ou de transport d’argent et non de cash », constatait la banque centrale en 2020.

Mais, la Béac soutient qu’au Cameroun et au Gabon, les voyants sont au vert avec un marché du paiement mobile dynamique et toujours en croissance. « L’évolution de +37 % en 2020, contre +22 % en 2019, de l’encours de monnaie électronique, c’est-à-dire, les sommes détenues par les utilisateurs (porteurs et distributeurs) dans les comptes de porte-monnaie électronique, semble démontrer la confiance grandissante des populations envers ce moyen de paiement », indique la Béac.

D’autres banques prennent du terrain

Et des banques comme Afriland First Bank ne veulent pas passer à côté de ces opportunités et perspectives du paiement mobile. Au Cameroun, Afriland First Bank par exemple, comme la Société Générale, déploie, à grand renfort de publicité, sa solution de paiement mobile. Celle-ci est baptisée Sara Money. Ceux qui étaient présents au salon Promote 2022 à Yaoundé du 19 au 26 février 2022 n’ont sans doute pas manqué de voir ou de souscrire au service Sara Money. Tant Afriland First Bank, partenaire majeur du salon, a déployé ses agents et affiches partout à Promote.

Et Hervé Ayissi, le directeur de la banque de détail d’Afriland First Bank, de lancer aux participants de l’atelier sur Sara Money à Promote au stand d’Afriland : « Avec 1000 milliards de crédits accordé, comme quelqu’un l’a dit, ce n’est pas qui veux mais qui peut. Donc, en termes de solidité de qui peut mieux garder votre argent par rapport aux autres, avec Sara Money et Afriland First Bank, vous êtes là où vous devez être. Vous-même quand vous regardez Promote 2022 vous voyez comment ? »

Les leaders Orange Money et MTN Mobile Money tirent leur épingle du jeu

Orange Money pour sa part n’envisage pas de s’arrêter en si bon chemin, car ce service contrôlé par l’entreprise Orange Cameroun, filiale locale du groupe français Orange, estime que les perspectives du marché sont plutôt rassurantes et intéressantes. Et après dix ans d’activités, l’entreprise revendique le leadership au Cameroun en matière de paiement mobile avec 07 millions de comptes de paiement mobile et plus de 60 000 partenaires marchands et de distribution, au 30 juillet 2021. Parmi ces sept millions de détenteurs de porte-monnaie électronique, près de quatre millions disposaient de comptes actifs Orange Money en 2021 contre 200 000 en 2015.

« L’augmentation sans cesse croissante de la base de clientèle, plus exigeante en termes de qualité de service, la diversification des produits offerts, l’arrivée de concurrents (banques offrant du mobile money, fintech) nous ont conduit à concevoir une nouvelle normalité reposant sur quelques piliers dont le plus critique nous semble être l’accélération de l’automatisation de nos processus, de la digitalisation de nos offres, de l’implémentation du selfcare, et de la mise en œuvre de partenariats stratégiques afin d’assurer une meilleure disponibilité du produit, notamment dans les zones les plus reculées », expliquait à Digital Business Africa en juillet 2021 l’ancien DG d’Orange Cameroun Frédéric Debord.

Plus encore, les gains sont au rendez-vous chez Orange. Emmanuel Tassembedo, l’ancien directeur d’Orange Money Cameroun, confiait en 2021 qu’Orange Money au Cameroun c’est plus de 800 milliards F.Cfa par mois en valeurs cumulées de transactions. « Quand je dis valeurs cumulées de transactions, ce sont les dépôts et les retraits, les transferts d’argent, les paiements de factures, de salaires, et tout ce qui est paiement marchand, etc. Nous faisons environ trois millions de transactions par jour. Avec l’interopérabilité avec le Gimac lancée en juillet 2020 après une phase pilote ayant duré plus de six mois, on voit bien que la valeur cumulée des transactions, que ce soit côté cumulé du Cameroun ou des autres pays de la sous-région où l’on peut envoyer ou recevoir de l’argent, plus de 70% des transactions transitent par Orange Money », expliquait-il.

Du côté de MTN Cameroon, l’on ne pense pas très différemment. MTN Mobile Money revendique 10 millions d’abonnés au mois d’août 2021. Opérationnel au Cameroun depuis plus de 11 ans, Momo permet à des millions d’usagers d’envoyer et retirer de l’argent, de recevoir de l’argent de l’étranger, de régler leurs factures sans frais dans les commerces et payer plusieurs biens et services et ne cesse d’innover. « Avec plus de 10 millions d’abonnés disposant d’un compte mobile money, ces innovations contribuent à renforcer la position de MTN MoMo comme leader de l’écosystème Marchand, et moyen de paiement le plus sécurisé au Cameroun », déclarait en août 2021 Alain Nono, le directeur général de la Mobile Money Corporation

MTN revendique elle aussi le plus grand réseau de distribution au Cameroun avec plus de 60.000 points de rechargement actifs et 125.000 marchands actifs acceptant le paiement par MTN MoMo. C’est un total de plus de 185.000 points d’accès à travers les 10 régions du pays, indique l’entreprise.

Il est évident que ces telcos ont investi des milliards de francs Cfa durant des années pour bâtir leur réputation et accentuer leur communication. Et ils n’arrêtent pas de communiquer largement sur leurs offres de paiement mobile.

Les banques et opérateurs mobiles du Cameroun ne pensent donc pas comme SG Cameroun qui estime que « les perspectives du marché ne permet pas au groupe d’envisager son maintien (de Yup, ndlr) ». Au contraire, il sont confiants pour l’avenir.

SG Cameroun a donc simplement renoncé à la bataille face à des compétiteurs de plus en plus féroces et innovants sur un marché en forte croissance avec des perspectives plutôt intéressantes comme le confirme la Béac.

L’argument sur les perspectives du marché n’est donc pas convaincant et l’entreprise gagnerait à brandir d’autres arguments sur son retrait du marché. Car les perspectives de ce marché sont plutôt bonnes comme évoqué plus haut.

Plus encore, ce n’est pas seulement en cinq ans qu’on peut mieux penetrer ce marché du paiement mobile et commencer à espérer une rentabilité certaine. L’exemple d’Orange Money au Cameroun en est une illustration parfaite. L’entreprise a largement investi à perte durant des années dans le déploiement et la communication avant de commencer à être rentable.

Je vous propose à ce sujet le témoignage que nous avait confié Élisabeth Medou Badang, ancienne DG d’Orange Cameroun et véritable artisane du succès actuel d’Orange Money au Cameroun : » Nous avons investi dans cette activité, à perte pendant plusieurs années, parce que nous savions que nous avions besoin de développer ce service, d’éduquer le marché et créer un écosystème favorable.

Au-delà du choix stratégique, il y a évidemment les facteurs clés de succès habituels dans notre industrie : l’innovation, la simplicité d’utilisation, la proximité avec les clients, le réseau de distribution porté par des partenaires motivés… Quand on voit le taux de bancarisation du pays, quand on voit nos modes d’échanges qui sont essentiellement en espèces, l’on comprend que ce service trouve sa place dans la vie quotidienne des Camerounais« , nous confiait-elle en 2018.

A première vue, SG Cameroun laisse tomber un segment prometteur après avoir consenti des investisseurs conséquents et davantage au moment où la mayonnaise commençait à prendre comme le pensent de nombreux observateurs.

D’autres raisons ont sans doute motivé la decision de SG d’abandonner. La peur de la concurrence et un choix de ne pas aller à la confrontation sur un marché déjà largement contrôlé par Orange et MTN qui disposent d’importants moyens de communication peuvent être parmi ces raisons. Mais pas les principales raisons.

D’aucuns pensent aussi à une décision stratégique pour laisser plus de champ libre au compatriote français Orange. Mais, la compétition s’annonce avec des rebondissements palpitants au regard de la mise sur le marché de nombreuses autres offres de paiement mobile, d’envoi et de retrait gratuits d’argent via mobile.

Beaugas Orain DJOYUM

(Source : Digital Business Africa, 4 mars 2022)

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