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Accueil > Articles de presse > Année 2026 > Mars 2026 > RDC : vers un contrôle renforcé des cartes SIM pour lutter contre la criminalité

RDC : vers un contrôle renforcé des cartes SIM pour lutter contre la criminalité

lundi 23 mars 2026

Cybersécurité/Cybercriminalité

Le climat sécuritaire est tendu à travers la RDC, notamment à Kinshasa. Les autorités cherchent à neutraliser tous les facteurs facilitant la criminalité, y compris certaines utilisations des télécommunications.

Les autorités congolaises entendent contrôler l’accès aux services de télécommunications dans le cadre de la lutte contre la criminalité et l’insécurité, en particulier dans la capitale Kinshasa. Entre autres mesures, il est prévu l’interdiction de la vente de cartes SIM préenregistrées ainsi que la réidentification des abonnés.

La question a été abordée en Conseil des ministres le vendredi 20 mars. Une réunion interservices « imminente » est prévue avec la participation de différents acteurs du secteur des télécommunications pour statuer sur les mesures. Il s’agit du ministère de tutelle, du régulateur (ARPTC) et des opérateurs télécoms. La date de la réunion n’a toutefois pas été précisée.

Une réponse sécuritaire face à la montée des enlèvements

L’annonce de ces mesures intervient dans un contexte de recrudescence de la criminalité dans la ville de Kinshasa. Les autorités évoquent une résurgence préoccupante des enlèvements dans la capitale. À ces faits s’ajoutent des attaques nocturnes perpétrées par des bandits armés dans certaines résidences.

« Au-delà de la détresse profonde qu’ils infligent aux familles directement touchées, ces agissements criminels alimentent un climat de psychose et de peur au sein de la population, fragilisent le sentiment de sécurité collective, perturbent les activités économiques et sociales et portent gravement atteinte à l’autorité de l’État ainsi qu’à la confiance des citoyens dans les institutions chargées de garantir leur protection », peut-on entendre dans le compte rendu du Conseil des ministres du 13 mars, lu par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.

Préoccupé par la situation, le président de la République, Félix Tshisekedi, avait instruit, au cours du précédent Conseil des ministres, certains membres du gouvernement d’y apporter des réponses appropriées. C’est dans ce cadre que s’est tenue, le 14 mars, au ministère de l’Intérieur, une grande réunion de sécurité avec la participation des responsables des services civils, policiers et militaires.

Au cours de cette réunion, plusieurs décisions ont été prises. Il s’agit principalement de l’intensification des interpellations par le groupe de lutte contre la criminalité et les stupéfiants du commissariat provincial de la Police nationale de la ville-province de Kinshasa des auteurs de simulations de kidnappings ; la poursuite de l’opération « Dobo » avec l’organisation de patrouilles mixtes PNC-FARDC, à la fois diurnes et nocturnes, afin d’éradiquer le phénomène « Kuluna » ; la convocation imminente d’une réunion interinstitutionnelle sur la problématique des braquages et des visites domiciliaires causées par des hommes en uniforme.

Quand les télécommunications facilitent les activités criminelles

Ces actes décriés par les autorités congolaises interviennent dans un contexte de généralisation de l’adoption et de l’usage des services de télécommunications dans les activités humaines, y compris criminelles. Leur rôle dans la criminalité a déjà été pointé du doigt dans plusieurs pays africains comme le Nigeria, le Ghana, le Cameroun, le Burkina Faso, le Mali, le Sénégal, le Bénin, la Mauritanie ou encore le Botswana.

Par exemple, les cartes SIM peuvent être utilisées pour appeler les parents des victimes de kidnapping afin de demander des rançons, lesquelles peuvent même être perçues via mobile money. Les cartes SIM préenregistrées épargnent aux véritables utilisateurs d’être identifiés, puisqu’elles sont déjà enregistrées au nom d’une autre personne au moment de leur achat.

Ainsi, au Cameroun, les autorités avaient révélé en avril 2024 que 450 SIM non identifiées se trouvaient entre les mains de terroristes, lesquels ont perçu 320 millions de francs CFA (environ 563 661 USD)en douze mois via mobile money. Elles soulignaient que les investigations étaient compliquées, car après chaque opération, les malfrats retirent les cartes SIM et les remplacent par d’autres. L’utilisation du mobile money pour le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent a également été évoquée au Mozambique.

D’autres usages criminels incluent le chantage et les menaces, les risques accrus pour la sécurité des citoyens, l’usurpation d’identité, les vols, les braquages, les extorsions, ainsi que la diffusion de fausses informations ou encore les arnaques financières à grande échelle. Les cartes peuvent également être utilisées pour ouvrir des comptes sur les réseaux sociaux ou constituer une porte d’entrée pour des activités de cybercriminalité.

Pour rappel, Kinshasa comptait à elle seule 18,65 millions d’abonnements aux services de téléphonie mobile à fin septembre 2025 pour une population de 13,9 millions, selon les données de l’ARPTC. Ce chiffre s’explique par le fait que beaucoup de personnes utilisent plusieurs cartes SIM. Cela représente 25,36 % des 73,55 millions d’abonnements recensés dans le pays. La capitale-province devançait également les 25 autres provinces en nombre d’abonnements à Internet (9,37 millions) et au mobile money (7,4 millions).

Ce que font déjà d’autres pays africains

Face à cette situation, plusieurs pays africains ont opté pour une réidentification des abonnés existants, en plus de l’identification effectuée au moment de l’achat. Les nouveaux abonnés doivent donc se conformer aux nouvelles règles au moment de l’enregistrement, généralement avec des données biométriques.

La plupart des campagnes se sont soldées par la désactivation des cartes SIM non conformes, souvent même après plusieurs prolongations du délai initial. Au Nigeria, 73 millions de cartes SIM avaient été bloquées en 2022 ; 8 millions au Ghana en décembre 2022 ; 6 millions au Sénégal en 2023…

Ces campagnes visent, selon les autorités africaines, à assainir les registres nationaux des abonnés mobiles afin de mieux encadrer le secteur. Au Burkina Faso, les autorités estimaient que les mesures prises permettraient « un meilleur encadrement de l’accès aux cartes SIM, une fiabilité des données des usagers des services de communications électroniques en vue de lutter efficacement contre leur utilisation à des fins illicites ».

« Il est important que nous fassions cela, car sans la sécurité de nos appareils, nous sommes tous en danger. Il y a des fraudeurs et des criminels qui utilisent l’anonymat de l’Internet et des médias sociaux pour escroquer les autres, et nous devons nous assurer que personne ne peut se cacher derrière cet anonymat », avait déclaré Ursula Owusu-Ekulful, ministre ghanéenne de la Communication et de la Numérisation, en décembre 2022.

Il convient toutefois de rappeler que le processus d’identification des abonnés présente certains défis, soulignés par des pays comme le Ghana et la Namibie. Il s’agit notamment de la réticence des autorités locales à autoriser la mise en place de points d’enregistrement, des pannes d’électricité dans les zones reculées perturbant l’enregistrement automatisé, du manque d’intérêt ou de la résistance de certains clients, de la fourniture d’informations inexactes, ainsi que de l’absence de pièces d’identité ou de preuves de résidence chez de nombreux abonnés.

Isaac K. Kassouwi

(Source : Agence Ecofin, 23 mars 2026)

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