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Rascom-1 ou le rêve volé d’un satellite panafricain... 400 millions de dollars en fumée

vendredi 18 avril 2008

Infrastructures

Le rêve d’un satellite panafricain s’envole

Ils étaient tous présents le soir du 21 décembre, au centre spatial de Kourou en Guyane française pour voir s’élancer la fusée Ariane 5. Des ministres du Bénin, du Cameroun, de Guinée et de Côte d’Ivoire, les yeux rivés vers le ciel. A bord de la fusée européenne : le premier satellite de télécommunication entièrement dédié à l’Afrique, Rascom-1. Un moment historique. Le satellite une fois séparé d’Ariane 5, tout le monde y a cru. Mais, neuf jours après ce lancement en grandes pompes, le constructeur Thales Alenia Space annonce l’interruption des manœuvres de mise en orbite de Rascom-1, une fuite d’Hélium est détectée sur le satellite. L’organisation régionale africaine de communication par satellite du même nom (Rascom) retient son souffle. Si la fuite n’est pas réparée dans les semaines à venir, Rascom-1 sera perdu dans l’espace. C’est un enjeu de taille qui se retrouve sur la sellette. Le lancement de Rascom-1 avait déjà été retardé du 1er au 20 décembre. Le satellite devait être opérationnel à partir de la fin janvier.

Internet haut débit pour toute l’Afrique

Rascom-1 est le satellite de télécommunication qui devait fournir des services de télévision directe et l’accès à l’Internet haut débit pour l’ensemble du continent et ses îles pendant 15 ans. Jusqu’à présent, l’Afrique dépendait des satellites de communications internationales comme Intelsat. Ce satellite panafricain devait donc permettre de réduire la fracture numérique en connectant l’Afrique à bas coût, et notamment ses zones rurales les plus isolées.

Le Cameroun spéculait déjà sur le développement engendré par Rascom-1 à Douala, choisie pour être une des stations de contrôle. Douala est déjà un noeud de communication entre le système Intelsat, le câble sous marin SAT3 et le canal à fibre optique national, régional, sous régional. Avec Rascom-1, elle était sur le point de devenir un véritable Hub pour l’Afrique centrale. La Côte d’Ivoire, la Libye et la Gambie devaient accueillir les autres stations de contrôle.

Qui a financé RASCOM-1

Les Etats africains réunis autour de l’organisation régionale africaine de communication par satellite ont placé beaucoup d’argent dans le projet Rascom-1.

Le coût de ce satellite est estimé à 400 millions de dollars, financés à hauteur de 50 millions de dollars par la BAD (Banque africaine de développement). S’il fonctionne, le satellite amortira l’investissement en permettant à l’Afrique d’économiser 500 millions de dollars. Somme actuellement versée aux opérateurs étrangers pour le trafic des communications africaines par des centres de transits basés hors du continent.

Un échec de Rascom aurait des implications économiques mais aussi sociétales. Rascom-1 était porteur d’espoirs. Dans les zones rurales, l’Internet haut débit auraient permis aux agriculteurs d’obtenir des informations financières, la météo, de maîtriser les nouvelles technologies pour améliorer leur production et leurs conditions de vie.

Grâce à ce nouveau réseau, les femmes et les enfants auraient pu d’avoir accès à de nouvelles sources d’éducation. De nombreuses organisations tablent sur la réussite du satellite africain pour le développement à grande échelle de leurs projets. Le programme NEPAD, par exemple, qui soutient l’apprentissage à distance et la création d’écoles en lignes.

Rascom-1 s’en sortira-t-il indemne ?

C’est un paradoxe. Rascom-1 est fonctionnel mais s’il n’atteint pas son orbite géostationnaire, il sera perdu dans l’espace. En effet, Ariane 5 a placé Rascom-1 sur une orbite provisoire. Par une série d’allumage de son moteur embarqué Rascom-1 doit maintenant se placer en position finale, à une altitude de 36 000 km sur le plan de l’Equateur.

Le satellite restera sur ce point fixe dans le ciel et tournera en même temps que la terre, au dessus de l’Afrique. Mais la fuite d’Hélium détectée quelques jours après le lancement du satellite empêche les manœuvres de mise en place du satellite, l’Hélium étant un gaz de pressurisation nécessaire au bon fonctionnement du moteur de Rascom-1.

Les spécialistes estiment qu’il est encore possible de le faire remonter à l’aide de petites pressions engendrées par un système de propulsion secondaire. « Tant qu’il y a encore de l’Hélium on essaie de le remonter » déclare la communication du constructeur Thales, « C’est une question de jour ou de semaines ».

Même si Rascom-1 atteint l’orbite prévue, sa durée de vie sera considérablement réduite au vu des incidents rencontrés dans l’espace. Rascom-1 avait été conçu pour fournir l’Afrique en Haut débit pendant une durée de 15 ans. On devrait être fixé sur le sort du premier satellite panafricain au début du mois de février.

400 millions d’euros en suspens : à qui la faute ?

« Si le satellite s’avère inutilisable, Rascom devra faire jouer ses assurances » déclare la communication de Thalès. La direction du constructeur n’a pas souhaité répondre à nos questions au sujet de son éventuelle responsabilité. « Tant qu’on n’a pas définit d’où vient cette fuite, on ne peut pas savoir qui est responsable », répond la communication. C’est la première fois qu’un problème de cette nature se produit sur un satellite de Thalès.

Pas de réponse non plus du côté de Rascom, les responsables ne donnent pas suite à nos demandes d’interviews. Outre la perte de 400 millions d’euros rassemblés en quinze années d’existence, Rascom risque de perdre sa légitimité.

Créé en 1992 avec le soutient de 45 pays africains, l’organisation panafricaine naît avec l’objectif de conjuguer les efforts des pays membres afin de doter l’Afrique d’une infrastructure de télécommunication à grande échelle. Le but étant d’éviter le transit des communications par l’Europe et l’Amérique.

Si le projet Rascom-1 échoue, il faudra compter 2 ans avant le lancement d’un nouveau satellite. Deux années durant lesquelles il faudra encore payer le prix fort pour utiliser les satellites internationaux.

Bahar Makooi

(Source : L’International Magazine, 18 avril 2008)

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