Qualité de service télécoms : le Tchad se dote d’un outil de mesure en temps réel
vendredi 19 juin 2026
Comme de nombreux pays africains, le Tchad est confronté depuis plusieurs années à la problématique de la qualité des services télécoms. Les opérateurs sont soumis à une forte pression à la fois des autorités de régulation et des consommateurs.
Le régulateur télécoms tchadien s’est doté d’un outil pour mesurer la qualité des services fournis par les opérateurs en temps réel. L’initiative intervient alors que les autorités durcissent le ton face à la persistance des plaintes des consommateurs.
Le système fait partie de quatre plateformes acquises par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) pour renforcer ses capacités. Elles ont été officiellement lancées le jeudi 18 juin par le ministre des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat.
Un outil au service de la politique de « tolérance zéro » des autorités
Si aucun détail n’a été officiellement communiqué sur la plateforme, celle-ci est basée sur la solution QUALCOP, déjà adoptée par plusieurs régulateurs africains, notamment au Niger. Selon l’ARCEP Niger, cet outil permet une évaluation continue de la qualité de service à travers le suivi de la couverture réseau, de la disponibilité des sites radio et de plusieurs indicateurs clés de performance.
Avec cette nouvelle plateforme, l’ARCEP du Tchad pourra suivre en temps réel les performances des réseaux télécoms sur l’ensemble du territoire, sans dépendre uniquement des campagnes ponctuelles de mesure ou des plaintes des abonnés.
Cette visibilité renforcée devrait permettre au régulateur de localiser plus rapidement les zones de faible performance et d’identifier les opérateurs concernés avec davantage de précision. Les données recueillies pourront également servir à évaluer le respect des obligations de couverture et de qualité de service fixées aux opérateurs dans leurs cahiers des charges.
En outre, cette plateforme constitue un levier opérationnel important pour accompagner la politique de « tolérance zéro » récemment annoncée par les autorités à l’égard des manquements persistants dans la qualité des services télécoms. Des mesures coercitives pourront être rapidement prises contre les opérateurs contrevenants.
Entre renforcement du contrôle et limites de l’approche réglementaire
Le renforcement du suivi de la qualité de service et les éventuelles mesures coercitives prévues par la réglementation visent à améliorer durablement l’expérience des usagers et à inciter les opérateurs à respecter leurs engagements. Toutefois, il reste à savoir si ces dispositifs produiront les résultats escomptés sur le terrain.
En effet, des initiatives similaires observées dans plusieurs pays africains, notamment au Nigeria, en Mauritanie ou encore au Cameroun, ont donné des résultats contrastés. Dans ce contexte, l’Association mondiale des opérateurs de téléphonie (GSMA) estime que certains objectifs fixés par les régulateurs dans le cadre de ce qu’elle qualifie « d’approche directive » peuvent s’avérer trop complexes, voire irréalistes. La multiplication d’indicateurs difficiles à mesurer ou à harmoniser peut, selon l’organisation, produire des effets contre-productifs et freiner les investissements à long terme dans les réseaux.
Pour pallier ces limites, la GSMA plaide en faveur d’une approche de corégulation. Celle-ci repose sur la définition d’objectifs de performance établis de manière transparente et concertée, publiés régulièrement et facilement compréhensibles par les consommateurs. Ce modèle permettrait non seulement de mieux informer les utilisateurs sur la qualité réelle des services, mais aussi de favoriser une concurrence plus vertueuse entre opérateurs, en valorisant ceux qui offrent les meilleures performances.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 19 juin 2026)
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