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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2005 > Juin > Procès Karim Wade contre Le Quotidien : Grandeur et compromis

Procès Karim Wade contre Le Quotidien : Grandeur et compromis

mercredi 15 juin 2005

Faits divers/Contentieux

Pour ce qui est de l’affaire qui oppose Karim Wade au journal Le Quotidien, « le droit sera dit » le 12 juillet prochain lors du délibéré. Mais « le tribunal devra tenir compte de la dynamique de conciliation des deux parties », souligne Me Khassimou Touré qui défend les intérêts de Madiambal Diagne et de Soro Diop, respectivement directeur de Publication et chef du Desk politique dudit journal. Cette dynamique de conciliation avait abouti à un « gentlemen-agreement » bien avant le début du procès. Les prémices de cet arrangement se sont dessinées avant que le plaignant et les prévenus ne franchissent le seuil de la salle d’audience. Dès que les deux journalistes ont gravi les dernières marches de l’escalier, Karim Wade, tout de blanc vêtu, va à leur rencontre, le sourire aux lèvres pour leur serrer la main. Les échanges de civilités et d’amabilités commencent en attendant les plaidoiries. Les conseils des deux parties s’invitent à la partie, l’atmosphère est détendue sous les yeux médusés de l’assistance.

Après des échanges entre les avocats, cette belle ambiance se poursuit devant la barre, faisant oublier la longue attente d’une salle disponible. Après lecture du procès verbal, M. Wade introduit les débats sur la demande du président du tribunal. Le ton innocent et calme. « J’ai eu connaissances des excuses du Quotidien. Je renonce aux dommages et intérêts mais, que les excuses soient publiées dans le journal, au même format et à la même place », demande-t-il. Sans renoncer à sa constitution de partie civile. Le président du tribunal lui demandera de préciser s’il renonce à sa constitution de partie civile et le cas échéant, il ne pourra plus formuler une quelconque demande. Une concession que refuse de faire Karim Wade dans la mesure où, dans ce cas, le dossier serait classé sans suite. « J’ai besoin de ce jugement, car mes partenaires me le réclament », explique le plaignant.

« Soit », indique le président du tribunal, et dans ce cas les débats seront ouverts. Les conseils de la partie civile n’en veulent pas. Ces derniers demandent une suspension de séance pour arrondir les angles. Cinq minutes ont suffi pour arriver à « un compromis profitable à tout le monde », rapporte Me Touré. Sur conseil de ses avocats, M. Wade réajuste sa position. Il maintient sa plainte tout en cantonnant ses dommages et intérêts à un franc symbolique et la publication du jugement dans Le Quotidien et dans le Matin du Sahara, un quotidien marocain. Ainsi, il renonce aux 150 millions initialement réclamés et à la publication dans des journaux locaux, français, anglais et américains.

CONCESSIONS

Le requérant Karim Wade trouve, dans cette logique de conciliation, l’autre partie, les prévenus, qui reconnaissent avoir été abusés, de bonne foi, par la source de Balancing Act et réitèrent leurs excuses, qu’ils avaient déjà présenté dans l’édition n° 671 du 22 mars 2005. Par ailleurs, leurs conseils, Mes Khassimou Touré, Abdou Dialy Kane, Baba Diop entre autres, ont tenu à soulever « des exceptions de nullités » dans la citation servie à leur client. Donc, prêts à plaider le dossier. « Nous avons aussi renoncé à l’offre de constitution d’autres avocats pour ne porter plus de tort et pour ne pas accabler davantage le plaignant... », ajoute le dirpub du Quotidien qui sera interrompu par le président. Madiambal s’emballe devant la réaction brusque du président, ses conseils jouent à l’apaisement. Et Me Touré de préciser que « ces excuses n’entachent en rien la crédibilité du journal et n’affecte en rien sa ligne éditoriale ».

Le procès suit son cours. La formule est retenue. Les prévenus présentent leurs excuses, acceptées par le plaignant. La parole est alors au procureur. Ce dernier ne cherche pas ses mots. « Un bon médiateur ne doit pas procéder à l’exposé des faits », soutient-il d’entrée. A son avis, « la grandeur des journalistes est à louer car, ils sont conscients de leurs obligations en reconnaissant leurs fautes ». De même, il a salué le courage de Karim Wade et son esprit de dépassement. Toutefois, ces considérations ne lui ont pas empêché de déclarer, « pour le principe », les prévenus coupables de diffamation. Avant de requérir la dispense de peine et la publication du jugement dans le journal des prévenus. Une réquisition qui sera examinée par le tribunal qui doit rendre son verdict le 12 juillet prochain. Un délibéré qui va peut-être signer l’épilogue dans cette affaire qui remonte à la publication d’un texte dans Le Quotidien du 5 et 6 mars 2005. L’article en question avait exploité des informations publiées dans le site de Balancing Act qui informait que le fils du président Abdoulaye Wade détiendrait des actions dans une opération que la société Maroc Telecom voudrait réaliser au Sénégal (Voir Le Quotidien n°657 des 5 et 6 mars 2005). Par la suite, Balancing Act est revenu sur ses informations pour indiquer que M. Wade n’avait plus d’actions mais était intéressé par l’octroi de la troisième licence. Quelques jours plus tard, Balancing Act de préciser qu’en réalité, il n’en était rien des informations qu’ils avaient mises en ligne.

Ndiaga NDIAYE

(Source : Le Quotidien, 15 juin 2005)

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