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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2020 > Juillet 2020 > Pr Kharouna Talla, Directeur des affaires pédagogiques de l’UCAD : « Nous (…)

Pr Kharouna Talla, Directeur des affaires pédagogiques de l’UCAD : « Nous avons mis en place 18 plateformes de formation à distance »

mardi 7 juillet 2020

Portrait/Entretien

L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) est résolument engagée dans la mise en ligne des ressources pédagogiques, a déclaré Pr. Kharouna Talla, son directeur des affaires pédagogiques. Dans cet entretien, l’enseignent-chercheur au département de Physique de la Faculté des sciences et techniques soutient que la mise en ligne des enseignements-apprentissages est totalement réalisée dans certains départements ou établissements tels que l’Ecole supérieure polytechnique grâce aux plateformes de formation à distance mises en place.

M. Talla, vous êtes le directeur des affaires pédagogique de l’Ucad. Pouvez-vous nous faire le point sur la situation académique avant la fermeture de l’institution en mars dernier ?

L’année universitaire a débuté à l’Université Cheikh Anta Diop en octobre 2019, pour la plupart des Ecoles, Instituts et Facultés. On a pu noter quelques retards dans certaines structures mais, dans l’ensemble, l’année a bien démarré avec très peu de perturbation. Pour mettre en œuvre la politique de l’Etat consistant à orienter tous les bacheliers dans les établissements d’enseignement public, l’Ucad a fait l’effort en accueillant 24.000 nouveaux bacheliers. C’est le lieu de remercier et féliciter toute la communauté universitaire, en particulier les enseignants, pour l’accompagnement de cette nouvelle politique de l’État. L’engagement des uns et des autres a permis de mener les enseignements-apprentissages sans perturbation majeure. Ainsi, en mi-mars, le premier semestre était presque bouclé à 2 ou 3 semaines près dans la quasi-totalité des établissements. Les évaluations y afférentes étaient également en cours dans certains établissements.

Le mois de septembre a été retenu pour la reprise des cours dans les universités. Où en êtes-vous dans la mise en œuvre de cette décision ?

Avant cette décision ministérielle, les instances délibérantes de l’Ucad ont, dès le début du mois d’avril, recommandé aux instances pédagogiques d’explorer les solutions numériques à mettre à la disposition des apprenants afin de garantir la continuité des enseignements et d’éviter tout décrochage. Les assemblées d’établissements ont adopté la mise en ligne des intrants pédagogiques pour les étudiants à la suite des initiatives individuelles de certains enseignants-chercheurs. Ainsi, à la date du 5 juin, l’Assemblée de l’université a évalué l’état de la mise en ligne des ressources pédagogiques et a pris bonne note des taux de réalisation variant d’un établissement à un autre : 80 % à la Faculté de médecine, 75 % à la Fastef (ex-Ecole normale supérieure), 40 % à la Faculté des sciences et techniques, 100 % à l’Ecole supérieure polytechnique (Esp), 100 % à l’Inseps et Esea, pour ne citer que ceux-là. A ce jour, l’Ucad a réussi à mettre en place dix-huit (18) plateformes de formation à distance (Fad) et un portail d’envoi de Sms. L’automatisation de la récupération des mots de passe des e-mails institutionnels des étudiants et du personnel est aussi effective ainsi que la prise en main à distance et la mise à disposition d’un tutoriel dénommé « mettre son cours en ligne » à travers une plateforme dénommée Fad, pour accompagner les enseignants dans la maîtrise de cette tâche.

Compte tenu du nombre important d’étudiants dans votre université, n’est-il pas difficile d’assurer les cours en ligne ?

Une bande passante satisfaisante a été acquise pour une bonne prise en charge de l’ensemble des 80.000 étudiants que compte l’Ucad. Cependant, il est important d’apporter des précisions dans ce sens. Deux approches sont utilisées. L’une consacrée à la mise en ligne des intrants et à la synchronisation pendant la connexion internet et l’autre pour éviter une limitation du débit. En effet, pour les grandes sections (plus de 100 étudiants), il s’agit de mettre en ligne des intrants pédagogiques sous forme de document Pdf, Powerpoint, de courtes vidéos, d’enregistrements audio (etc.) et de garantir une certaine interaction entre l’apprenant et l’équipe pédagogique. Un étudiant peut consulter un document et poser a posteriori des questions via la plateforme. Pour les petites sections, il y a plus de flexibilité, y compris également la possibilité de faire le cours en mode synchrone (en direct via les plateformes). Il y a bien sûr quelques difficultés. Cependant, les autorités de l’Etat, à travers la tutelle, continuent de nous accompagner pour rendre gratuite la connectivité pour les différents acteurs (enseignants, étudiants, personnel technique), pour une meilleure couverture à l’échelle nationale.

Dans certaines localités du pays, la connexion pose problème. Y a-t-il des dispositions qui ont été prises pour les étudiants qui y résident ?

Certes, il existe des zones à faible couverture. Pour les étudiants qui s’y trouvent, il leur est recommandé de rejoindre les points d’accès les plus proches de leurs localités. Par ailleurs, pour permettre une bonne connectivité, l’Etat du Sénégal a prévu la mise en place prochaine d’un forfait éducation en faveur de l’ensemble des apprenants.

Des voix se sont levées, surtout du côté des amicales des étudiants, sur la faisabilité des cours en ligne. Que faites-vous pour les rassurer ?

Rappelons qu’il ne s’agit pas d’une mise en ligne intégralement des enseignements. Il s’agit surtout de mettre en ligne des intrants pédagogiques pour les accompagner dans leur formation afin d’éviter qu’ils désapprennent ou décrochent. In fine, il s’agit de leur donner accès à des ressources pédagogiques numériques. C’est un processus qu’on peut continuer même en situation post-Covid-19. Nous pouvons aussi comprendre leurs craintes suite aux difficultés de connexion rencontrées par certains de leurs camarades. Nous tenons, cependant, à les rassurer. Des efforts sont consentis au quotidien pour garantir l’accès de tous les étudiants à ces ressources. Nous veillons à l’aspect démocratique de l’enseignement qui doit être garanti à tout le monde. A la reprise en présentiel, chaque équipe pédagogique accompagnera ses enseignants dans l’évaluation du niveau de formation des apprenants. L’assemblée de l’université a pris la décision ferme de ne laisser aucun étudiant en rade.

Est-ce que cette pandémie ne doit pas nous pousser à renforcer l’utilisation des Tic dans l’amélioration des contenus pédagogiques dans la volonté de résoudre le déficit d’infrastructures physiques dans nos universités ?

L’Ucad a compris très tôt l’importance des Technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (Tice) pour accompagner la formation et la recherche. Il faut dire que ces outils participent à l’amélioration de l’offre de formation en termes de disponibilité, de diffusion, de stockage, de visualisation et d’animation pédagogique. Nous ne pouvons pas les négliger, car elles participent fortement au processus de remédiation en faveur des apprenants. Néanmoins, ces nouvelles technologies ne peuvent pas intégralement se substituer à l’enseignement présentiel qui reste fondamental. Il n’en demeure pas moins que cette pandémie a créé les circonstances permettant une généralisation de l’utilisation des outils Tic au sein de nos universités. De façon inclusive, avec tous les acteurs, nous devons mener la réflexion et prendre les décisions les mieux éclairées grâce à notre expérience de plus de deux décennies de télé-enseignement à l’Ucad mais aussi par les besoins mis en évidence par la pandémie de la Covid-19.

Propos recueillis par Aliou Kandé

(Source : Le Soleil, 6 juillet 2020)

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