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Accueil > Ressources > Points de vue > 2001 > Pour un village Internet sur la Petite Cote

Pour un village Internet sur la Petite Cote

lundi 21 mai 2001

Point de vue

L’une des propriétés intrinsèques de l’Internet, c’est la transparence d’accès, en d’autres termes, l’indépendance de l’accès aux
services Internet par rapport à la localisation géographique.

Cette caractéristique ouvre d’énormes opportunités à des pays ayant la qualité des ressources humaines du Sénégal. Ces nouvelles opportunités sont liées notamment à « l’Off shore engineering » (la sous-traitance de projets informatiques dans les pays en développement), et à la délocalisation des activités des entreprises internationales.

Les conditions nécessaires qui favorisent aussi bien "l’Off shore enginee-
ing " que la délocalisation sont les suivantes :

– l’existence d’une masse critique de compétences locales bon marché
– un réseau de télécommunications fiable
– des infrastructures de communication de qualité (routes, aéroports ... )
– un réseau électrique stable
– des infrastructures d’hébergement de qualité
– des structures de formation réputées (écoles, centre de formation, universités, ... )
– des mesures fiscales attrayantes

Dans cette perspective, la création d’un technopôle au Sénégal est une
idée géniale, mais son implantation tans la banlieue marécageuse de
Dakar est insensée comme du reste lien d’autres options surréalistes de
concentration d’activités stratégiques sur cette petite presqu’île.

Cette concentration incontrôlée des activités à Dakar a ruralisé la capitale
et va conduire, dans les années à venir, une situation d’insécurité et de blocage invivables si des mesures efficaces de décentralisation ne sont
prises dans les meilleurs délais. Passons sur l’effet repoussoir qu’un tel
phénomène exerce sur tout investisseur étranger qui débarque pour la
première fois, dans cette espace dégoulinant de rouille, de poussière et
de sciure ....

LA SILICON COAST

C’est le premier intérêt de l’indispensable délocalisation des activités. De ce point de vue, l’édification d’un« village Internet » sur la Petite Cote, offrirait l’opportunité de :

– décongestionner Dakar
– créer des infrastructures tant souhaitées sur la Petite Côte (écoles, lycées, centre de santé, centres sportifs, ... )
– attirer dans cet endroit aussi agréable que Dakar, des entreprise
nationales et étrangères pour créer des emplois.

Les technopôles les plus célèbres étant la « Silicon Vallée » et la " Digitale
Coast « ce village Internet pourrait porter le nom de la » Silicon Coast ".

GRANDS PROJETS

Certains grands projets peuvent s’intégrer dans un plan de mise en
oeuvre de cette Silicon Coast et contribuer à son développement :

– le déplacement de l’aéroport, non pas dans une banlieue de Dakar
comme Keur Massar, mais dans une zone techniquement appropriée la
plus proche possible du Croisement Diamniadio. En outre, la position de
Diamniado est idéale pour la desserte des villes de Dakar, Thiès, Mbour et
Kaolack.

– la construction d’une route, la petite la plus courte possible, qui relie la
Petite Cote à la Grande Côte via la ville de Thiès. Cette route aura un objectif double : d’une part relier l’Ecole Polytechnique de Thiès au village
Internet et de l’autre faire profiter du tourisme à la ville de Thiès.

Mais en fait, par-delà cette« Silicon Coast », il est ici question de faire de
l’emploi une priorité. Cela suppose une révision diligente de notre système éducatif et que soient coordonnés de façon cohérente tous les projets
annoncés.

L’accès à l’emploi est un droit inaliénable. Il garantit au citoyen la liberté
et la dignité, et au pays, la prospérité, la paix et la sécurité.

Le chômage est certes une question universelle, mais pour un pays
comme le Sénégal c’est un problème qui a ses solutions à condition que la
lutte contre le chômage soit véritablement une sur-priorité.

L’emploi et le développement sont intrinsèquement liés. Le développement est par essence un processus qui a sa propre histoire, donc qui ne peut
se réaliser ex-nihilo.

Tout développement, au Sénégal, doit se fonder sur :

– la consolidation du savoir faire traditionnel acquis a travers l’histoire :
artisanat, pèche, agriculture, élevage
– l’appropriation du savoir faire contemporain mondialement partagé
 : le tourisme, l’environnement, les services, la nouvelle technologie
– la mise en oeuvre de grand projets qui, par définition, occupent un grand
nombre de personnes pendant un certain temps

Créer des emplois c’est répondre aux besoins du marché tant national
qu’international à travers :

– une formation qualifiante, en adéquation avec le marché, qui favorise
l’émergence d’une masse critique de compétences opérationnelles, qui
permet à ceux-ci soit de trouver du travail ou d’en créer.

– des infrastructures d’accueil et des mesures incitatives qui favorisent
l’embauche, la création d’entreprises et la délocalisation au Sénégal d’entre
prises étrangères et internationales

FORMATION

De nos jours, le jeune Sénégalais a le choix entre deux filières de formation :

– la formation diplômante à travers un cursus scolaire standard
– la formation pratique, par l’apprentissage sur le tas, sous la supervision d’un maître.

On constate dans les faits que le jeune Sénégalais qui a acquis un
métier, grâce à la formation par l’apprentissage, trouve du travail ou s’installe à son compte mais le plus souvent dans l’informel, alors que celui
qui a suivi la filière classique est plus généralement affecté par le chômage.

Cette situation est rendue compte par les objectifs pédagogiques de chacun des deux systèmes :

– formation standard : acquisition du savoir pour la culture générale et le
développement de l’esprit critique
– formation par l’apprentissage : acquisition d’un savoir faire pour
trouver un emploi ou en créer.

Par conséquent, l’introduction de l’apprentissage dans le processus
pédagogique est incontournable.

Les écoles nationales de formation doivent être revalorisées et cesser d’être le lieu de ceux qui ont connu l’échec scolaire. Pour ce faire,
écoles de formation doivent recenser,leurs objectifs, redéfinir leurs programmes sans cesse mis à jour en fonction des besoins du pays.

Quant à l’université sénégalaise vocation doit être celle de former
diplômés opérationnels dans domaines :

– de l’enseignement
– de la recherche
– de la médecine et de la pharmacie
– des études supérieures spécialisées (nouvelles technologies, ... )

La promotion de centres de formation en nouvelles technologies,
partenariat avec les entreprises nationales ou internationales, doit compléter le système de formation. Ces formations sanctionnées par des certifications, sur des techniques phares marché, permettront aux grand
nombre actuel de maîtrisards, à recherche d’emploi, d’acquérir 1
compétences très recherchées tant le plan national qu’international.

Le système national de formation fondé sur les écoles de formation,
universités et les centres de formation en nouvelles technologies doit avoir
pour objectif de former une masse critique de compétences opérationnel
capables de répondre à la démarche nationale et internationale en matière de services.

Cet article n’est pas une étude, mais une invitation à la réflexion pour de
donner un nouvel essor au moteur développement qu’est l’emploi. Il n’aborde pas toutes les dimensions l’emploi. Il plaide, par l’exemple du
Village Internet qu’il est possible faire avec des résultats aussi certains
qu’immédiats.

Vu la mondialisation, la concurrence et l’évolution rapide de la technologie, un tel projet doit être considéré sans délais sinon d’autres pays le réaliseront. Pour sûr, et ce ne serait pas première fois !

Mouhamadou Sall
Ingénieur en électronique et informatique
E-Mail : doudou.sall@libertysurf.fr

(Source : Le Soleil, 21 mai 2001)

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