Pour l’annulation du décret ouvrant le secteur des télécoms à Global Voice : Me Wade demande des sous à la Sonatel
mardi 17 août 2010
L’Assemblée générale organisée hier par l’intersyndicale des travailleurs de la Sonatel, en riposte à la convocation de la réunion technique en vue de permettre l’installation de la plate-forme technique de Global Voice, a été très riche en enseignements. Le coordonnateur Mamadou Aïdara Diop a indiqué que Me Wade, qui n’a pas reculé sur le maintien du décret consacrant l’arrivée de Global Voice, leur a demandé de l’argent.
« Sur le décret, il (Wade) attend de l’argent. Le président a dit que Global Voice lui donnait 2,5 milliards en nous demandant nous qu’est-ce que nous pouvions donner ? » C’est en ces termes que le coordonnateur de l’intersyndicale des travailleurs de la Sonatel a rapporté une partie très révélatrice de l’audience que le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade, leur a accordée, lundi dernier, en présence du patron de l’Agence de régulation des télécommunications et des postes (Artp), Ndongo Diao.
Face à cette requête diplomatiquement formulée par le président de la République aux Sonatéliens qui tiennent au retrait du fameux décret autorisant le contrôle des appels entrants par Global Voice, Mamadou Aïdara Diop s’est montré assez ferme quant à l’éventualité de pratique peu orthodoxe sur la gestion de cette crise. « Le président n’a pas encore renoncé à ce décret », dira M. Diop. Voulant montrer que les travailleurs de la Sonatel ne veulent pas entrer dans ce jeu de marchandage, il a révélé la contre-proposition faite au chef de l’Etat. « Nous lui avons dit qu’il existe des solutions alternatives, notamment sur la fiscalité et sur le réaménagement de certains secteurs, comme le Fonds de développement du service universel. Des solutions qui rentrent dans la configuration normale du budget du Sénégal. Des solutions qui vont se retrouver au finish dans le budget et uniquement dans le budget du Sénégal ».
« Nous n’avons pas de solution à mettre dans des poches des milliards »
Mamadou Aïdara Diop, qui a fait une allusion à peine voilée à des dessous de table, a confié, en marge de cette Ag, qu’il n’est pas question de ventiler de l’argent en dehors des circuits normaux de l’Etat pour obtenir le retrait du décret présidentiel. « Nous n’avons pas de solution à mettre dans des poches, comme 1 milliard, 2 milliards, 3 milliards. Nous n’avons pas de solution de cette envergure ».
Les syndicalistes de la Sonatel ont réaffirmé leur « ferme opposition catégorique et irréversible » à ce qu’ils appellent « le projet maléfique de l’installation de Global Voice. Ça ne passera pas, à moins que Global Voice passe sur nos cadavres ». Aussi, ils ont rappelé que même le Conseil des ministres de l’Uemoa est contre l’installation de Global Voice dans les pays africains. M. Diop a ainsi interpellé le chef de l’Etat pour qu’« il se ressaisisse face à ce peloton de courtiers qui essaient de le tromper ».
Revenant sur le contentieux pendant devant les instances compétentes, les syndicalises ont indiqué que la direction a déposé un recours à la Cour suprême dans les délais et une requête à l’Armp pour l’annulation du contrat de l’Artp.
Même s’il concède au président de la République sa volonté affichée de mener la concertation sur cette affaire, avec des instructions qu’il aurait données pour la mise en ?uvre de la puce 3G, le syndicaliste de la Sonatel déclare : « Aujourd’hui, nous travaillons sur une alternative de proposition sous-tendue par un mémorandum en élaboration que nous allons soumettre aux autorités. Et au chef de l’Etat, nous demandons d’ouvrir une vaste concertation avec les acteurs du secteur ».
Abdoul Aziz Seck
(Source : Le Populaire, 17 août 2010)