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Plus loin avec Dr Mamadou Mbaye, Enseignant à l’Université de Thiès : « La FinTech change notre rapport avec la monnaie »

dimanche 9 août 2020

Portrait/Entretien

Enseignant à l’Université de Thiès et chercheur au Laboratoire de recherches économiques et monétaires (Larem-Ucad), Dr Mamadou Mbaye est un spécialiste des FinTechs et des cryptomonnaies. Il analyse, dans cet entretien, les enjeux liés à ces technologies financières.

Ces technologies financières changent-elles notre rapport à la monnaie ?

Effectivement, elles changent notre rapport avec la monnaie ; elles facilitent les transactions, rendent plus accessibles les produits financiers et contribuent à la dématérialisation du système monétaire. Elles offrent des possibilités d’optimisation de nos relations avec la monnaie au sens large et plus globalement avec le système bancaire.

À votre avis, quels sont les principaux freins au développement des FinTechs au Sénégal ? Autrement dit, quels sont les préalables pour un écosystème favorable à ces technologies financières ?

La FinTech est arrivée au Sénégal dans le contexte d’un écosystème numérique émergent et dynamique avec un certain nombre de variables favorables. Par exemple, une population jeune de plus en plus accro au Smartphone, un taux d’urbanisation croissante, une amélioration continue de la pénétration de l’internet avec la fibre optique, un taux d’activité entrepreneuriale en hausse, une amélioration et une diversification des formations techniques, une vulgarisation de l’informatique et un appui de la diaspora qui augmente le pouvoir d’achat des autochtones et contribue au transfert de technologie en la matière.

Pour permettre son développement, il faut définir un cadre réglementaire incitatif et juridique pour encadrer les entités non bancaires. Il faudra normer le secteur avec une surveillance accrue des agents et des transactions. D’autre part, il faudra faciliter l’accès au financement des startups. En un mot, il faut mettre en place un cadre juridique, institutionnel et réglementaire, voire technique, pour booster le secteur.

Quels sont les avantages et les risques liés à ces technologies financières ?

Elles contribuent à l’inclusion financière. D’ailleurs, la clientèle de départ était essentiellement composée de la population non bancarisée et informelle avec les systèmes de paiement et de transfert sur des plateformes numériques et les portefeuilles de monnaie sans compte bancaire. Elle contribue à la financiarisation de l’économie informelle comme la nôtre. Elle facilite les rapports entre clients et banques (presque toutes les opérations peuvent se faire en ligne). Pour la banque, elle facilite la collecte de l’information sur le client, réduisant, du coup, l’asymétrie d’information, le risque de défaut et les coûts de gestion de la clientèle. Il y a deux risques majeurs, à savoir la cybercriminalité et la non-transparence concernant l’exploitation des données personnelles collectées.

La faible bancarisation de l’Afrique est-elle une opportunité ou une contrainte ?

C’est plus une opportunité qu’une contrainte parce qu’elle va permettre l’éclosion de nouvelles idées, et donc, d’innovations pour faciliter les rapports avec l’argent. Il faut toutefois noter que la FinTech accompagne le développement du système bancaire, car la plupart de ses sous-jacents sont constitués de produits bancaires.

Quels impacts auront ces monnaies numériques sur le commerce et les relations internationales ?

L’impact est positif parce que depuis fort longtemps, les supports monétaires sont utilisés dans les transactions financières internationales. La monnaie tangible et centrale a une utilisation plus locale qu’internationale.

Seydou Ka

(Source : Le Soleil, 9 août 2020)

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