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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2003 > Janvier > Pas de place pour la concurrence dans les Telecom

Pas de place pour la concurrence dans les Telecom

mercredi 15 janvier 2003

Privatisation/Libéralisation

Double impasse : la privatisation de Sonatel, opérateur historique du téléphone au Sénégal, a hypothéqué la notion de service public dans le secteur des télécoms sans pour autant permettre l’éclosion d’un marché ouvert à la concurrence. C’est en tout cas la thèse d’Amadou Top, président d’Osiris (Observatoire des systèmes d’information, réseaux et inforoutes du Sénégal)

Comment analysez-vous la situation de l’accès Internet au Sénégal aujourd’hui ?

Amadou Top : En matière d’offre d’accès, Sonatel a balayé toutes les initiatives. Il y a un an, six ou sept fournisseurs d’accès privés survivaient. Il n’en reste plus qu’un aujourd’hui, Arc Informatique, qui survit péniblement. Les autres ont été étouffés. Tous les moyens sont bons : coupure des lignes, facturations abusives, conditions d’accès exorbitantes. En théorie, la loi qui régit le monopole prévoit une obligation pour Sonatel de louer des lignes spécialisées à qui en fait la demande et de garantir une qualité de service. Dans la pratique, personne n’est en mesure de faire appliquer cette loi et de rappeler ses obligations à l’opérateur.

Il existe pourtant au Sénégal une autorité de régulation des télécoms depuis janvier 2002 ?

Amadou Top : Oui... sur le papier. On attend depuis plus de huit mois les décrets fixant ses attributions, son autonomie, ses moyens, voire les sanctions qu’elle sera en mesure de prendre. Actuellement, nul ne sait qui est vraiment compétent en matière de télécoms au Sénégal, la Présidence ou la primature. En l’absence d’un arbitre indépendant, les petits opérateurs sont dans l’incapacité de jouer à armes égales avec Sonatel.

Vous accusez Sonatel d’abus de position dominante...

Amadou Top : Rien n’est fait clairement, bien sûr. Par exemple, Sonatel se contente de ne rien faire pour améliorer la compatibilité de son réseau de mobiles avec celui de son concurrent, Sentel. Naturellement, les clients se tournent vers Alizé, le réseau Sonatel. L’offre ADSL de Sonatel devrait entrer en vigueur début 2003. Mais pour y accéder, les opérateurs devront débourser 2,5 millions de francs CFA de droit d’accès, plus une caution de deux mois d’avance à 1,8 millions. Ils ne peuvent pas suivre.

Quelles sont les conséquences de cette situation ?

Amadou Top : Le monopole étouffe le secteur des télécoms et de l’Internet. C’est dommage, car le Sénégal a l’un des meilleurs réseaux d’Afrique. Mais il ne profite pas au plus grand nombre. Ainsi, sur les 12 000 télécentres du pays, de petites cabines téléphoniques accessibles à bas prix pour le public, près d’un quart ont tiré le rideau en deux, trois ans. La Sonatel exige une caution de 500 000 francs CFA (plus de 750 euros) par ligne. Dans les villages, personne ne débourse une telle somme. Le même phénomène se produit avec les cybercentres. En demandant des cautions énormes avant d’ouvrir une ligne, Sonatel « tue » l’accès Internet à bas prix pour le grand public. Or, au Sénégal, à part les entreprises et une poignée de cadres supérieurs, personne n’a les moyens de s’offrir un ordinateur ou de payer un abonnement privé. C’est aussi un handicap sérieux sur le plan économique, car les entreprises voient leur facture de téléphone exploser. Mais Sonatel interdit de proposer un service moins cher que le sien, par exemple en utilisant les technologies sans fil (wireless).

L’Internet sans fil est illégal au Sénégal ?

Amadou Top : Il est légal... à condition de ne pas sortir de chez soi ! Le monopole s’exerce sur « tous les services offerts au public ». Rien n’interdit de créer une liaison Internet sans fil chez soi. Mais à partir du moment où ce service est ouvert à une clientèle, même vos voisins, vous devenez hors la loi. Pourtant, le wireless est la seule solution pour diminuer le prix des communications et apporter l’Internet dans tout le pays.

Chez Sonatel, on affirme que le sans fil coûte plus cher que les solutions filaires...

Amadou Top : Tous les chiffres prouvent le contraire. Prenons le satellite. Actuellement, une liaison haut débit à 512 Kbits par seconde via le satellite se négocie 600 000 francs CFA par mois. Sonatel facture son accès au câble sous-marin 800 000 francs et interdit aux opérateurs de se brancher sur le satellite. Un kit wireless, c’est-à-dire une antenne et un récepteur connecté à un ordinateur, coûte aux environs de 1000 euros. Avec ça, vous faites passer un débit de 64,4 Kbits par seconde et vous arrosez un cercle de dix à vingt kilomètres de rayon. Réalisez donc la même chose avec un réseau de fils de cuivre... A Taiwan, plus de 500 000 lignes wireless, transportant à la fois l’Internet et le téléphone, ont été ouvertes en moins de deux ans. Au Sénégal, on nous dit qu’il faudra dix ans pour couvrir tout le territoire.

A votre avis, quelles sont les raisons de ce blocage ?

Amadou Top : Sonatel réalise de 160 à 180 milliards de francs CFA de chiffre d’affaires. Après impôt, son bénéfice s’élève à 30% de ce chiffre. France Télécom a investi 70 milliards de francs au Sénégal (1,7 milliard d’euros). Faites le calcul et dites-moi qui tire les bénéfices de l’opération ...

Propos recueillis par André Mora

(Source : Novethic->http://www.novethic.fr 15 janvier 2003)

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