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Oumar Diallo, Expert en Services Financiers Numériques : « Nos principaux défis résident dans la professionnalisation des fintechs avec des équipes dédiées à la compliance »

vendredi 27 décembre 2024

Portrait/Entretien

Oumar Diallo est un expert en services financiers numériques (Sfn). Avec Le journal de l’économie sénégalaise (Lejecos), il analyse à la fois le rôle des Sfn dans le développement de l’inclusion financière au Sénégal, mais aussi les contraintes que rencontrent les prestataires de services numériques, tout comme le projet d’interopérabilité du système de paiement. La question de la sécurisation des opérations de paiement fait partie des points abordés dans cet entretien.

Monsieur Diallo, quel est le rôle des Services financiers numériques (Sfn) dans le développement de l’inclusion financière au Sénégal ?

Les Services financiers numériques (Sfn) jouent un rôle essentiel dans le développement de l’inclusion financière au Sénégal et en Afrique. En effet ils contribuent à rendre les services financiers plus accessibles, abordables et pratiques pour une grande partie de la population. De ce point de vue, ils augmentent l’accessibilité aux services financiers. Le mobile money permet d’ouvrir facilement des comptes, à l’opposé des banques qui depuis quelques temps exigent de prendre rendez-vous pour ouvrir un compte. Les services financiers numériques participent également à la réduction des coûts des transactions financières.

La démocratisation des services financiers se traduit aujourd’hui, par l’opportunité offerte à un employé de Ucg de bénéficier d’une carte bancaire, ou de faire une demande d’avance sur salaire avec Fintra sans se rendre à la banque ou chez son Rh. De plus avec la collaboration des Imf, les wallets, représentent un encouragement à l’épargne et à la gestion financière. Les institutions de Microfinances soutiennent beaucoup les petites entreprises et l’entrepreneuriat.

Les Services financiers numériques sont par conséquent, des moteurs incontournables de l’inclusion financière au Sénégal, car ils permettent à une grande partie de la population, jusque-là exclue des systèmes financiers classiques, d’accéder à des services essentiels pour leur développement économique et social.

L’instruction de la Bceao n° 001-01-2024 fixe entre autres, les modalités et conditions d’exercice des prestataires de services financiers numériques (Psfn) et en particulier, les Fintechs. Quelles sont les principales opportunités induites par ce nouveau texte ? Y a-t-il des contraintes notées ?

Les seules contraintes que l’on peut évoquer sont relatives au capital social pour la licence de paiement. En réalité selon le type d’activité un montant minimum est demandé (10 millions, 20 millions, 30 millions, et 100 millions).

Cette directive aide à assainir le milieu des fintechs, elle permet de savoir qui est qui et qui fait quoi. La gouvernance des structures, la lutte contre le blanchiment d’argent et la prolifération des armes de destruction massive et la prévention des fraudes sont désormais des choses à prévoir obligatoirement. La Bceao souhaite réguler et il faut que nous acteurs, que nous nous conformions à cette règlementation, pour nous permettre de continuer d’exister.

Les opportunités sont énormes, mais la plus importante est cette habitude de conformité, qui sera inculquée. Elle permettra à la fintech de s’habituer au due diligence qui sont une étape obligatoire pour lever des fonds.

Quels sont les différents défis identifiés pour assurer une expansion harmonieuse de l’activité des Fintechs ?

Nos principaux défis résident dans la professionnalisation des fintechs avec des équipes dédiées à la compliance. Il faut le souligner, leur impact social et économique est très important. Toutefois, il faut régler un problème existant, avoir une bonne gouvernance et veiller à ce que la technologie utilisée soit une technologie bâtie sur la sécurité, et après tout veiller au respect de la protection des données personnelles des clients.

La phase pilote du projet d’interopérabilité du système de paiement instantané a été récemment lancée. Quels en sont les enjeux pour les usagers et l’inclusion financière numérique ? Certains acteurs prédisent toutefois un manque à gagner des opérateurs financiers avec la mise en oeuvre de cette plateforme, qu’en pensez-vous ?

Le manque à gagner, est là il faut pas se le cacher, certains ont investi des milliards pour bâtir un réseau, et cette loi ne tiendra pas compte de tout ça. Oui, je confirme ce sera une perte pour eux, mais l’avantage pour les populations est tout aussi énorme. L’interopérabilité permet un gain de temps conséquent, accompagnée d’un soulagement des utilisateurs. Cette interopérabilité donne une seconde vie aux petites fintechs.

La problématique de la protection des données personnelles et des fonds des clients est souvent évoquée dans l’utilisation des Sfn. Quels sont les moyens à mettre en oeuvre pour assurer une sécurisation des opérations et des plateformes de paiement ?

La directive 001 - 01 - 2024 a réglé ce problème, car elle exige à tout le monde de disposer de manuel sur la gestion des données personnelles, mais aussi des données dites sensibles. La Directive n°008/2009/CM/Uemoa est un texte fondamental au niveau de l’Uemoa. Il établit un cadre général pour la protection des données personnelles dans la région. Ce texte impose aux États membres la mise en place de législations nationales concernant la collecte, le traitement et la conservation des données à caractère personnel. Les fintechs doivent donc faire beaucoup de formations et de façon récurrente.

(Source : Le Journal de l’économie sénégalaise, 27 décembre 2024)

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