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Orange présente une santé financière solide dans l’UEMOA mais des défis se profilent

mardi 28 octobre 2025

Sonatel/Orange

À la mi-2025, les filiales d’Orange en zone UEMOA affichent de solides performances, portées par la demande croissante en Internet mobile et très haut débit. Cependant, le paysage concurrentiel change rapidement avec le renforcement de la concurrence sur les services financiers et une pression fiscale accrue sur les différents marchés.

Au cœur de l’UEMOA, le groupe français s’appuie sur deux entités majeures : Sonatel, basée à Dakar, et Orange Côte d’Ivoire (OCI). Ces deux groupes, qui gèrent eux-mêmes plusieurs filiales, sont les piliers régionaux des télécommunications mobiles. À eux deux, ils ont généré plus de 1 539 milliards de FCFA (2,35 milliards d’euros) de revenus sur le premier semestre 2025, pour un bénéfice net cumulé de 284 milliards de FCFA (433 millions d’euros). Ces chiffres confirment la bonne santé d’Orange, même si les défis s’accumulent.

De solides performances sur les indicateurs clés

Chez Sonatel, qui couvre plusieurs pays de la sous-région, la croissance reste vigoureuse avec 960,2 milliards de FCFA de revenus (+9,4%). Le groupe a massivement investi (152,6 milliards) pour étendre la 4G et la fibre, ce qui a permis d’augmenter de 20 % ses utilisateurs 4G et de 41,7 % ses clients fibre. Le résultat net progresse ainsi de 8 % pour atteindre 208,1 milliards de FCFA, soutenu par une marge d’exploitation élevée de 47,7 %.

En Côte d’Ivoire, Orange CI suit une dynamique similaire. Le chiffre d’affaires progresse de 9,9 % pour s’établir à 579,3 milliards de FCFA. Là aussi, de forts investissements (109,3 milliards d’euros) ont été réalisés pour renforcer les réseaux. Le résultat net reste stable à 76,3 milliards de FCFA, la performance ayant été légèrement freinée par une augmentation des charges financières due à la hausse des taux d’intérêt.

Ces résultats démontrent la puissance du modèle d’Orange, basé sur la data et le mobile money. Mais ce modèle est sous pression. Si la demande d’Internet reste forte, les coûts (énergie, maintenance, fiscalité) augmentent. Parallèlement, la voix téléphonique traditionnelle décline et les régulateurs imposent plus de contraintes. La rentabilité du groupe reste exceptionnelle pour l’Afrique (autour de 45-48 %), mais elle est challengée.

La concurrence la plus marquante ne vient plus des rivaux télécoms comme le sud-africain MTN ou encore le groupe marocain Moove Africa, mais de la finance. Mi-2025, la fintech Wave, valorisée à près de 1 milliard d’euros, a créé sa société de banque (Wave Bank) et se positionne logiquement pour une demande de licence bancaire. Cette évolution lui permettrait de se connecter directement au système de paiement instantané régional dont la BCEAO (Banque centrale de l’UEMOA) a lancé la première phase récemment. Wave ne serait plus un simple émetteur de monnaie électronique et une société de paiement qui repose sur une banque partenaire, mais une véritable institution financière intégrée.

Des évolutions à surveiller sur ses marchés

Cette transformation défie directement la domination d’Orange Money qui, au 30 juin 2025, comptait 16,3 millions d’utilisateurs en Côte d’Ivoire et 12 millions pour l’ensemble des marchés de Sonatel. Si on y ajoute les filiales au Burkina et au Libéria, le chiffre global peut atteindre plus de 30 millions d’utilisateurs, pour un service qui pèse désormais entre 15 et 20 % des revenus du groupe. Si Wave Bank obtient sa licence, cela lui permettrait de relancer la concurrence sur les prix des transactions, puisqu’elle aura éliminé les frais payés aux banques partenaires, s’appuyant sur sa propre banque.

En parallèle, les États augmentent la pression fiscale sur les transferts d’argent et les redevances de fréquences, notamment au Mali, au Sénégal et en Guinée. Par ailleurs, la BCEAO cible désormais une interopérabilité totale, empêchant Orange de garder ses clients captifs, même si l’avance technologique prise sur les banques demeure conséquente. Les coûts de l’énergie, essentiels pour les antennes et les data centers, pèsent aussi de plus en plus lourd au Sénégal et en Côte d’Ivoire.
Orange se doit désormais de maintenir son avance sur des marchés clés, notamment via sa filiale sénégalaise. Le groupe est premier sur l’ensemble des pays de cette filiale, notamment au Sénégal, en Guinée, en Guinée Bissau, en Sierra Leone et au Mali. Il poursuit aussi avec une stratégie d’expansion qui devrait lui permettre de se déployer au Nigéria via le segment fibre optique, ciblant un marché de près de 200 millions d’utilisateurs potentiels.

Quant à la filiale ivoirienne, elle annonce une progression notable au Burkina Faso, grâce aux services mobiles et financiers. « La croissance est soutenue par les effets positifs des investissements qui améliorent significativement la qualité du réseau », explique l’entreprise. Au Libéria, le groupe poursuit sa croissance, stimulée par l’amélioration de la qualité réseau et l’application efficace du prix plancher.

Plus globalement, le groupe Orange élargit son champ d’action. Sur le continent, il investit désormais dans la fibre pour les entreprises, le cloud et la cybersécurité, visant à devenir une plateforme numérique complète. Il a aussi récemment annoncé un accord qui lui permettrait de consolider son rôle de fournisseur majeur de services de Content Delivery Network (CDN) sur le continent africain. Lors du salon International Broadcasting Convention (IBC) qui s’est tenu récemment à Amsterdam, ses responsables ont présenté l’intégration de sa solution Content Delivery Boost avec l’outil Quortex Switch de l’entreprise britannique Synamedia, pour ses marchés en Afrique et au Moyen-Orient.

Idrissa Linge

(Source : La Tribune Afrique, 28 octobre 2025)

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