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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2018 > Août 2018 > « Notre rôle dans l’inclusion financière est d’être un partenaire (…)

« Notre rôle dans l’inclusion financière est d’être un partenaire stratégique qui unifie les institutions financières africaines avec les populations », Fatou Guèye Diaw, Numhérit

mercredi 1er août 2018

Portrait/Entretien

La révolution numérique frappe de plein fouet le continent africain et pour Fatou Guèye Diaw, responsable Marketing de la Fintech Numherit, il s’agit pour les acteurs techniques d’utiliser les avancées technologiques afin de proposer une alternative au système bancaire classique et beaucoup plus de services, aux populations qui n’y avaient pas accès.

1 - Quelle est votre rôle dans le processus de transfert et de réception d’argent ?

Notre rôle est d’offrir des services à valeurs ajoutées sûrs, simples, adaptés et destinés au grand public, dans sa diversité de profils socio-économiques ou de lieux d’habitation. Nous pensons que les services du quotidien doivent être accessibles à tout moment, le plus près possible de chez soi, d’un simple clic sur son téléphone mobile, sa tablette ou à partir de son ordinateur. Nos solutions et plateformes ne sont pas spécifiques à l’Afrique. Nos plateformes répondent à une demande globale et à des besoins universels. Au-delà de l’envoi et de la réception d’argent, elles proposent une offre complète de services tels que le paiement de factures (eau, électricité, péage, …), l’achat de crédit téléphonique (tout opérateur), les produits d’assurance (Transvie, APRIL, …) et d’épargne (suNuTontine), etc., à travers des moyens adaptés à chaque type d’utilisateur de notre plateforme. Cependant, nous avons démarré sur le marché africain parce que l’inclusion financière était plus qu’une urgence dans cette zone mais nous nous projetons sur le marché international.

2- Comment analysez-vous l’évolution de la monétique au Sénégal ? Quelles sont les difficultés généralement rencontrées ?

En 2008, quand nous avons démarré cette aventure le marché de la monétique au Sénégal n’était pas très développé. Les seules offres qui existaient sur le marché étaient les cartes prépayées de FERLO et celles de UBA (Africards). Ces systèmes souffraient de problèmes de rechargement et de réseaux. Il fallait systématiquement pour le cas de UBA se rendre en centre-ville pour procéder au rechargement ou alors dans un des rares points FERLO agréé, si on était détenteur de la carte FERLO. C’est dans ce contexte que nous avons lancé notre système de cartes de rechargement Jula pour pallier ces difficultés. Jula avait pour objectif principal de démocratiser le rechargement. Aujourd’hui Jula est toujours un moyen de rechargement universel pour les cartes/comptes prépayés.

C’est en 2015 que nous avons lancé PosteCash (plateforme, carte et wallet) en partenariat avec la Poste du Sénégal. PosteCash est la première carte prépayée VISA-GIM/UEMOA adossée à un Wallet. En plus des services financiers classiques, elle fournit aussi des services a Valeur ajoutée aux populations non bancarisées.

Aujourd’hui, au Sénégal, nous assistons à l’apparition, sur ce même segment de marché, de Wallet sans Carte avec des opérateurs comme Orange Money, TigoCash, YUP, WIZALL…

La Monétique est en constante évolution au Sénégal, de plus en plus d’opérateurs proposent des offres variées allant des cartes prépayées au compte de mobile money. Il s’agit pour ces opérateurs d’utiliser les avancées technologiques afin de proposer une alternative au système bancaire classique et beaucoup plus de services, aux populations qui n’y avaient pas accès. C’est un véritable enjeu de société.

En sens inverse, l’attribution de fonds sur un compte désigné favorise l’inclusion financière, garantissant ainsi l’identité du bénéficiaire et la traçabilité des opérations et permettant de lutter contre les multiples possibilités de fraudes et de détournement. De nombreuses études ont démontré que les sommes transférées « manuellement » sont généralement immédiatement dépensées alors que des mécanismes d’épargnes et de protections sociales sont proposés aux bénéficiaires via des plateformes comme la nôtre. Un droit au compte existe, le plus souvent dans nos législations, c’est le cas au sein de l’UEMOA, par exemple, sauf qu’il est réservé aux personnes disposant de revenus réguliers.

L’inclusion financière est un objectif très fort des états en Afrique. Il a été notamment affirmé par le gouverneur de la BCEAO lors du dernier salon Monétique Régional de l’UEMOA à Dakar, qu’il compte fortement sur le développement de la monnaie et de la banque sur téléphone mobile qu’il entend encourager.

Les difficultés généralement rencontrées : contraintes réglementaires, méconnaissance client (KYC), fraudes et blanchiments de capitaux, concurrence des opérateurs de télécom.

3- Comment voyez-vous l’évolution du milieu de la monétique dans la zone ? Quel rôle votre structure jouera dans le futur ?

Comme déjà évoqué dans le cas du Sénégal, la monétique est en pleine évolution dans la zone. Nous assisterons dans les prochaines années à la disparition de certains éléments de paiements matériels comme la Carte, les GAB,…. Nous nous dirigeons vers une dématérialisation complète des transactions. La Carte va être remplacée par un Wallet, comme nous commençons déjà à le voir. Une empreinte digitale voire faciale suffira pour le dénouement d’une transaction. Ces nouveaux moyens sont beaucoup plus sécurisés que ceux actuels. D’autres systèmes de paiement plus évolués verront le jour. Des wallets multi-cartes comme ceux que nous sommes en train de déployer dans certains pays de la sous-région avec la Plateforme PosteCash verront aussi leur apparition.

4- Votre rôle dans la hausse du taux de bancarisation est reconnu mais, n’êtes-vous pas bloqué par les sociétés de téléphonie qui vous donnent le réseau ?

Bloqué, non ! Concurrencé, certainement ! La plateforme PosteCash est indépendante des opérateurs. Elle a été conçue dans le but de proposer des services accessibles à partir d’une simple connexion internet, à travers un accès sécurisé. Nous ne dépendons pas non plus de l’USSD qui a subi par le passé des « lourdeurs » de la part des opérateurs sur le marché local. Lourdeurs qui commencent peu à peu à être levées avec l’appui de l’ARTP.

5 - Etes-vous des concurrents pour ces sociétés de téléphonie ? Pour les banques ? Les sociétés d’Assurances ? Comment voyez-vous leur incursion dans le secteur ?

Nous sommes un acteur neutre sur le marché et particulier de par notre approche. C’est pourquoi nous nous voulons un partenaire pour ces institutions et non un concurrent. Nous sommes sur des niches qui sont jusque-là non exploitées ou mal desservies pour y combler un gap. Nous ne cherchons nullement à refaire ce qui marche déjà très bien. Notre rôle dans l’inclusion financière est d’être un partenaire stratégique qui unifie les institutions financières africaines avec les populations. La pertinence de notre approche est consolidée par notre politique d’expansion en Afrique et sur les autres continents où nous prévoyons de nous déployer. Notre ambition est de porter l’adhésion du grand public par la volonté et la détermination dans nos actions.

6- Quelles dispositions juridiques peuvent être prises pour faciliter encore plus votre croissance ?

Nous dirions dispositions règlementaires plutôt. A notre avis, la BCEAO devrait supprimer le système d’octroi d’agrément de monnaie électronique aux opérateurs. De ce fait, elle pourrait se positionner, elle-même, en tant qu’ « émetteur principal » de monnaie électronique et gérer ainsi la monnaie électronique comme elle gère la monnaie fiduciaire. Ainsi, elle ne se contenterait plus de recevoir des reportings des émetteurs agréés (banques et établissements de monnaie électronique). Tous ceux qui souhaitent évoluer dans le secteur de la monétique pourront ainsi acheter auprès de la BCEAO directement, les unités de valeur nécessaire au fonctionnement de leur solution

Des références existent dans ce domaine car des Banques Centrales ont déjà commencé à le faire et des solutions existent aussi.

L’ARTP, aussi, devrait imposer aux opérateurs de Télécoms une couverture en internet des populations à hauteur de 98% avec des prix justes.

Amayi Badji

(Source : Réussir Business, 1er août 2018)

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