Niger : une usine locale d’assemblage de smartphones attendue d’ici fin octobre
vendredi 21 août 2026
Au Niger, plus de huit adultes sur dix ne possédaient pas de smartphone en 2024, selon la Banque mondiale. Cette faible adoption, commune à de nombreux pays africains, est entre autres attribuée au coût des appareils.
Le Niger prévoit de mettre en service, d’ici à la fin octobre, une usine d’assemblage d’équipements électroniques, notamment des smartphones, des ordinateurs et des tablettes. L’avancement du chantier, situé à Hamdallaye dans la région de Tillabéri, a été évalué le jeudi 20 août par une délégation gouvernementale réunissant les ministres chargés des TIC et de l’Enseignement.
L’initiative intervient alors que plusieurs pays africains encouragent la production locale d’équipements numériques afin de réduire leur dépendance aux importations et de favoriser l’accès aux services télécoms et numériques. Selon les autorités, les travaux sont actuellement réalisés à 63 %.
Un potentiel levier d’inclusion numérique
Le coût des appareils compatibles avec Internet constitue encore un obstacle important à l’adoption des services numériques en Afrique. En développant une capacité locale d’assemblage, les autorités nigériennes espèrent contribuer à rendre ces équipements plus accessibles aux populations.
Dans un rapport publié en décembre 2025, la GSMA estime que le prix médian d’un smartphone d’entrée de gamme en Afrique subsaharienne atteignait 39 dollars en 2024, soit l’équivalent de 26 % du revenu moyen. Cette charge était nettement plus lourde pour les ménages les plus modestes, représentant 64 % du revenu des 40 % les plus pauvres et 87 % de celui des 20 % les plus pauvres. L’écart est également marqué selon le genre : un smartphone coûtait l’équivalent de 32 % du revenu des femmes, contre 23 % pour les hommes.
Selon les données de la Banque mondiale, seuls 18,24 % des Nigériens âgés de plus de 15 ans possédaient un smartphone en 2024. Dans le même temps, l’Union internationale des télécommunications (UIT) estimait le taux de pénétration d’Internet à 39,5 %, tandis que 58,9 % de la population disposait d’un téléphone mobile en 2025.
Entre ambition industrielle et réalité du marché
Si l’assemblage local peut contribuer à développer l’offre d’équipements abordables, plusieurs expériences africaines montrent l’ampleur des défis qui subsistent. Selon une étude des autorités rwandaises, le coût de fabrication ou d’assemblage d’un téléphone en Afrique resterait en moyenne supérieur d’environ 5 % à celui d’un appareil produit en Chine ou à Taïwan puis importé sur le continent. Cette différence s’explique notamment par le coût des matières premières et de la main-d’œuvre.
La compétitivité des appareils assemblés localement est également un facteur à prendre en compte. L’exemple du Kenya est à ce titre révélateur. Dans ce pays, un partenariat public-privé a permis le lancement, en octobre 2023, d’une usine d’assemblage de smartphones à prix abordable. En janvier 2026, les autorités kényanes indiquaient que cinq millions de modèles avaient déjà été assemblés. Ces smartphones étaient commercialisés entre 6 000 et 8 000 shillings kényans, soit environ 46 à 62 dollars.
Pourtant, un rapport de la GSMA souligne que les smartphones issus de l’usine EADAK au Kenya restent relativement peu diffusés. Ils sont notamment perçus par certains consommateurs comme moins attractifs ou de qualité inférieure aux modèles proposés par des marques internationales déjà bien implantées sur le segment d’entrée de gamme, telles qu’Infinix, Itel, Redmi ou Vivo.
Isaac K. Kassouwi
(Source : Agence Ecofin, 21 août 2026)
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