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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2021 > Mars 2021 > Niger : L’Etat nigérien et les opérateurs GSM menacés d’une plainte

Niger : L’Etat nigérien et les opérateurs GSM menacés d’une plainte

lundi 1er mars 2021

Liberté d’expression/Censure de l’Internet

Internet est coupé au Niger depuis le 24 février. L’Etat et les compagnies de GSM n’ont donné aucune explication. La société civile décide de porter plainte.

Parmi les acteurs de la société civile que cette mesure révolte, il y a Ali Idrissa, le coordonnateur du Rotab (Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire) et de l’Observatoire du processus électoral au Niger. La plainte, dont la date n’est pas révélée, sera déposée aux niveaux national et international, contre l’Etat et les opérateurs de téléphonie mobile.

En effet, voilà six jours que les autorités ont fait couper internet dans tout le pays. Depuis le mercredi 24 février, il est impossible pour les abonnés de Niger Telecom, Zamani Telecom, Moov Africa Niger et Airtel Niger d’accéder aux services de messagerie. La coupure est survenue dès la proclamation des résultats provisoires du second tour de la présidentielle.

Des partisans de Mahamane Ousmane, candidat du RDR-Tchanji déclaré perdant, avaient alors investi les rues pour protester. Pour Ali Idrissa, « l’Etat met en danger la vie des Nigériens ». Il expliquait pourquoi dans l’interview ci-dessous, à lire et à écouter.

Ali Idrissa : C’est la première fois qu’on suspend toute fourniture d’internet dans notre pays. Pour nous, c’est vraiment une violation des droits humains. Vous savez, aujourd’hui, ce n’est même pas seulement la communication ! C’est le droit au travail ! Il y a certains qui n’arrive plus à travailler sans internet. Il y a d’autres dont c’est la survie qui est menacée. L’Etat met carrément en danger la vie des citoyens nigériens !

DW : Monsieur Ali Idrissa, au Niger est-ce que internet est devenu un outil dangereux à ce point que l’Etat peut invoquer des risques de troubles à l’ordre public pour décider d’en restreindre l’accès, voire le couper carrément ?

Ali Idrissa : Aujourd’hui, il est sûr que WhatsApp et les réseaux sociaux sont devenus un moyen de communication pour beaucoup de citoyens. L’Etat, pour pouvoir couper internet, doit pour autant prendre des mesures préalables.

DW : Et vous voulez porter plainte contre qui ?

Ali Idrissa : Contre l’Etat du Niger, mais aussi contre les compagnies qui jouent à ce jeu.

DW : Mais que peut faire une compagnie de téléphonie mobile si l’Etat lui demande de couper la connection aux abonnés ?

Ali Idrissa : Ces compagnies ont un cahier de charge à respecter. Ils ont des clients à respecter. Ailleurs, au Burkina Faso par exemple ou au Bénin, les compagnies n’ont pas obéi aux injonctions de l’Etat !

DW : Oui, mais la télécommunication relève de la souveraineté des Etats...

Ali Idrissa : Pour nous, c’est un droit pour les citoyens. Nous sommes déjà en discussions avec nos avocats pour la constatation des dégâts et des dommages créés. Je vous dis que ne sera pas seulement au niveau national mais nous porterons plainte au niveau international aussi.

DW : Oui mais de telles actions ont eu lieu dans d’autres pays comme le Tchad, mais elles n’ont pas abouti aux objectifs poursuivis...

Ali Idrissa : Il y a eu des juridictions qui ont condamné des Etats ! Et nous pensons que c’est ce qui doit être fait. On peut aussi aller en référé et le juge peut ordonner à l’Etat de rétablir la connection. Donc nous envisageons tout ceci avec nos avocats.

Fréjus Quenum

(Source : Deutsche Welle, 1er mars 2021)

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