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Monétique : les barrières tombent, les opportunités se confirment

mardi 30 juillet 2019

Fintech

En Afrique, la carte -outil traditionnel de la monétique- gagne du terrain. Mais le secteur est plus que jamais marqué par la digitalisation qui lui ouvre, désormais, un vaste champ vers une monétique 2.0 pleine d’opportunités.

910 millions de cartes de paiement devraient être en circulation d’ici 2021, contre 611 millions en 2015 en Afrique et au Moyen-Orient, selon le cabinet londonien Retail Banking Research (RBR) qui identifie la région comme celle où les cartes de paiement connaissent la plus forte croissance. Dans le même sens, l’étude d’Ovato sur l’industrie des paiements par carte révèle que le volume d’achats de biens et services généré par les cartes Visa, Mastercard, American Express et Divers Club en Afrique et au Moyen-Orient en 2016 a grimpé de 12,4 % en un an, à 327,86 milliards de dollars.

Le leadership du nord

Quid de la part réelle de l’Afrique dans ces statistiques ? Difficile à dire. Jusqu’ici, très peu d’études se consacrent au seul cas du Continent. Mais les experts s’accordent à dire que l’Afrique du Sud, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Nord sont des plus dynamiques en la matière. Au Maghreb, le développement de la monétique a favorisé l’émergence de champions marocains dont l’expertise a été très tôt mondialement reconnue. Ici, la carte est pleinement intégrée aux mœurs des consommateurs de services financiers. Elle sert aussi bien aux retraits sur guichets automatiques bancaires (GAB) qu’aux transactions sur terminaux de paiement électronique (TPE) ou lors des opérations e-marchandes.

Au-delà des frontières du royaume chérifien, les cartes marocaines à validité internationale ont généré 3,9 millions d’opérations de retrait et de paiement à l’étranger pour plus de 331,1 millions de dollars entre janvier et septembre 2018, soit une hausse de 59,8 % en volume et 29,3 % en valeur par rapport à la même période en 2017.

La force des acteurs locaux « réside surtout dans le fait d’anticiper les ruptures technologiques et fonctionnelles telles que le downsizing, le Contactless ou encore la digitalisation, pour proposer des solutions adaptées, répondant parfaitement aux besoins », analyse Aziz Daddane, président du directoire de S2M, l’un de ces grands fournisseurs de solutions de paiement électronique multicanal. Mais l’avantage dans ces marchés nord-africains réside surtout dans la bancarisation relativement importante des populations, avec un taux d’environ 70 % au Maroc selon la Banque centrale.

La route du digital au sud

Au Sud du Sahara, la réalité est toute autre. Ici, l’usage des cartes progresse également, mais plus lentement, avec « un intérêt de plus en plus prononcé pour la carte prépayée », fait remarquer Ahmed Coulibaly, directeur des opérations chez Ivoire Cartes System (ICS), un spécialiste de la personnalisation des cartes implanté au Sénégal, au Mali, au Burkina et au Liberia. Cependant, le boom du mobile money qui a progressivement favorisé l’émergence du mobile banking, a complètement élargi le domaine de définition de la monétique, créant de profondes mutations. Et ce sont ces évolutions que le Groupement interbancaire monétique d’Afrique centrale (GIMAC) et le GIM-UEMOA ont voulu suivre en lançant leurs propres cartes dans chacune des deux sous-régions.

Plusieurs projets y sont actuellement en cours pour davantage vulgariser l’usage de la carte, mais au-delà, on y vise désormais la convergence entre tous les outils de paiement : l’interopérabilité, considérée comme une « vraie révolution ». « L’objectif, c’est la bancarisation... Car cela permettra d’encourager les gens à laisser l’argent au niveau de la banque, afin d’utiliser aisément les moyens de paiement. Ce qui permettrait par ricochet aux banques de potentiellement disposer de plus de ressources pour financer l’économie », nous explique Blaise Ahaountchédé, directeur général du GIM-UEMOA.

Contrairement au nord du Continent en effet, l’Afrique subsaharienne est encore faiblement bancarisée. Le taux de bancarisation n’atteint, en effet, les 30% dans aucun pays à l’Ouest et au Centre de l’Afrique. Ce qui traduit encore une forte culture du cash. Selon les experts, 95% des transactions de détail sont encore faites par cash. Un mal pour l’économie, estiment-ils. « Le cash occasionne des coûts cachés d’impression, de distribution et de traitement, représentant jusqu’à 1,5% du PIB national. En outre, son anonymat peut permettre une activité illégale. Pour les petites et microentreprises, l’utilisation du cash signifie qu’elles n’accumulent pas les enregistrements de transactions numériques pour servir de base à l’évaluation des risques par les prêteurs, elles ne peuvent donc pas épargner, emprunter et se développer efficacement », explique Raghav Prasad, président du pôle Afrique subsaharienne, Mastercard.

De réelles opportunités

Pour les acteurs cependant, cette sous-bancarisation est un atout, surtout dans ce contexte de digitalisation de la monétique. « C’est une réelle opportunité, d’autant plus que les politiques d’inclusion financière adoptées dans le continent s’appuient fortement sur la monétique comme levier principal pour faciliter l’accès des services financiers aux personnes non bancarisées », argue A. Daddane.

« L’opportunité que représente la sous-bancarisation pour le développement de la monétique et le paiement électronique de manière générale dans notre continent prend une tout autre dimension grâce à la pénétration du mobile étant donné que l’Afrique est le continent qui connait la plus forte croissance des services financiers mobile au monde », appuie Samir Younes, directeur Afrique chez HPS, spécialiste de l’édition de solutions de paiement électronique multicanal.

A ce moment, la recherche et développement, notamment face aux besoins de sécurisation permet aux monéticiens de s’adapter en accompagnant, en favorisant ou en accélérant la disparition des barrières entre le monde bancaire, télécom et établissements de paiement. « C’est avec ce type d’approche que nous allons combattre l’exclusion financière en offrant bien plus qu’un simple moyen de paiement, mais un vrai service financier permettant une inclusion financière 2.0 », affirme ce connaisseur du marché.

Dans cette course à la finance pour tous sur fond de guerre contre le cash, les traits d’union en cours de construction entre moyens de paiement permettront-ils peut-être de jeter les bases d’une révolution monétique africaine.

Ristel Tchounand

(Source : La Tribune Afrique, 28 juillet 2019)

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