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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2022 > Octobre 2022 > Mobile money : quels défis pour les banques, opérateurs et fintech ?

Mobile money : quels défis pour les banques, opérateurs et fintech ?

lundi 24 octobre 2022

Fintech

L’inclusion financière est clairement identifiée comme l’une des conditions favorisant le développement économique. Cependant, cette inclusion est confrontée au faible taux de bancarisation des populations en Afrique. Selon le rapport 2020 de la BCEAO sur l’inclusion financière dans l’UEMOA par exemple, le taux de bancarisation strict est passé de 17,7% en 2019 à
19,3% en 2020. Pour combler le déficit et accélérer cette inclusion financière, la finance digitale apparaît comme un raccourci nécessaire à prendre.

L’engouement constaté autour des startups de la fintech en Afrique ces derniers mois traduit bien cette réalité. Le continent africain offre de belles perspectives dans l’innovation technologique financière. Les acteurs classiques de la finance que sont les banques et institutions bancaires ne cessent de s’appuyer sur des partenaires comme des opérateurs mobile money et les fintechs. Ces derniers ont apporté une véritable transformation des métiers des acteurs bancaires.

Le mobile money en pleine croissance

Les services mobile money ont connu une croissance partout dans le monde en 2021. Entre autres raisons, l’effet de la pandémie de la Covid-19. Selon le rapport GSMA 2022, l’Afrique Subsaharienne enregistre la plus forte croissance sur l’ensemble des cinq critères d’analyse des données. La zone compte 605 millions de comptes enregistrés, soit une croissance de 17%. 12% de ces comptes, soit 183 millions sont actifs.Cette croissance fulgurante du mobile money fait apparaître de multiples défis. Pour les banques, il s’agit d’un impératif d’adaptation. Tant le mobile money bouscule les règles jusqu’ici établies. « Il y a vraiment une réaction épidermique. Les banques cherchent à se positionner sur le digital, en particulier via le mobile et, cela demande clairement un accompagnement. Parce que dans leur fonction traditionnelle d’intermédiation, l’aspect digital a été peu présent depuis la nuit des temps, ce qui nécessite des partenariats avec des fintech pour une bonne exécution afin de proposer des solutions adaptées aux contextes des usagers », analyse Edem Adjamagbo, CEO de la fintech SEMOA.

Face à la nécessité de se réinventer, les banques sont contraintes de nouer des partenariats avec les autres acteurs catalyseurs d’innovation dans la finance digitale comme les acteurs du mobile money. « Les banques doivent reconnaître aux telcos leur capacité à combler le manque criard de besoins en proposant des services financiers. Il faudra mettre en place une collaboration pour permettre aux banques de bénéficier des réseaux de distributions des telcos constitués de plusieurs milliers de sous-agents ; là où les banques ne disposent que de quelques dizaines avec les difficultés de gestion. De leurs côtés, les banques pourront accompagner les opérateurs mobiles en occurrence à aller plus loin dans les services fournis aux populations à travers des partenariats financiers avec les banques », argumente Edem Adjamagbo. Selon lui, les fintech auront alors pour rôle de fluidifier cette relation commerciale et technologique entre les acteurs afin de créer de la valeur. « Nous venons comme des facilitateurs de business qui permettent à ces grands groupes de se parler et ainsi de pouvoir créer de nouveaux produits et de répondre aux besoins du marché », ajoute le CEO de SEMOA. De même, le partenariat entre les acteurs facilite l’interopérabilité des plateformes. Selon le rapport GSMA, “Après avoir enregistré une croissance exceptionnelle en 2020, les flux d’opérations entre banques et plateformes de mobile money affichent de nouveau une forte croissance en 2021. En augmentation de 46 %, ils ont plus que doublé depuis 2019. L’accélération continue de ces opérations vient confirmer les relations de complémentarité qui se sont manifestées ces dernières années entre le système bancaire et le secteur du mobile money et conforte le rôle clé du mobile money au sein de l’écosystème financier”.

Les défis de cette collaboration des acteurs de la finance digitale sont liés à plusieurs enjeux. Et cela va bien au-delà des partenariats.

Sécurité, législation, accessibilité : les défis de la finance digitale
Secteur sensible, la finance est soumise à des règles strictes et bien souvent rigides. La réglementation devient alors un frein à l’innovation. Dans le rapport 2022 du GSMA, il ressort qu’ « en 2020, 14 pays ont enregistré une amélioration de leur environnement réglementaire (1 % ou plus) : l’Angola, l’Égypte, l’Eswatini, l’Éthiopie, le Népal, le Pakistan et les huit pays de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) ». Face à la rigidité des réglementations, l’agilité des fintech est un atout pour les autres acteurs de l’écosystème. Ces derniers ayant généralement des processus de décision et de transformation lourds, les fintech ont plutôt une meilleure capacité d’adaptation aux contextes et exigences. Elles deviennent ainsi des alliées de taille, notamment avec la possibilité accordée par les banques centrales aux institutions financières d’externaliser certains de leurs services.

L’accélération de l’inclusion financière via le mobile money n’est pas sans risque. Ainsi, la sécurité constitue un socle de la confiance pour l’utilisation des solutions digitalisées dans le secteur financier. En 2021, le mobile money a franchi la barre de mille milliards de transactions. « Constituant un moyen souvent plus accessible et plus abordable de transférer des fonds, le mobile money permet aux personnes non bancarisées d’envoyer et de recevoir de l’argent facilement et en toute sécurité et de participer à l’économie numérique », souligne le rapport du GSMA. Seulement, la majorité de ces personnes ne dispose pas de moyens d’identification fiables. Bon nombre ne disposent d’aucune pièce d’identité !

L’authentification, la clé…

C’est donc pour garantir davantage la sécurité et accompagner la croissance dans ce secteur que le GSMA propose un programme d’identification aux porteurs de projets. « Près de 40 % de la population adulte des pays à revenu faible (PRF) ne possède pas de pièce d’identité, ce qui limite sa capacité à utiliser les services numériques. Pour relever ce défi, le GSMA Inclusive Tech Lab a développé Biometrics for All (B4LL), une solution biométrique multimodale (reconnaissance vocale, faciale et d’empreintes digitales) polyvalente qui permet aux prestataires de services numériques des marchés émergents de tester différentes solutions pour leur clientèle dans un environnement sûr », lit-on dans le rapport 2022. Une solution non commerciale, précise le GSMA ! Au cœur des préoccupations des banques dans leur collaboration avec de tierces entités, l’authentification est aussi la préoccupation des fintech. Edem Adjamagbo fait observer qu’il s’agit du nœud de tout accompagnement sécurisé des banques. Le sujet est annoncé lors d’un rendez-vous des acteurs de l’écosystème en fin d’année. « Proposer des solutions d’entrée en relation client implique des éléments de sécurité et de confiance », martèle-t-il. Cette confiance axée sur l’identification est également nécessaire pour faciliter l’interopérabilité entre les plateformes de services financiers digitalisés. Le GSMA recommande dans ce sens « l’adoption de méthodes d’authentification biométrique sur les marchés émergents » comme en Afrique.

Autre défi, le GSMA fait remarquer que l’essor du mobile money s’accompagne d’une tendance de taxation des transactions. Si les verrous de la réglementation s’assouplissent progressivement, ceux de la taxation pourraient être un autre frein. « Elles ont un impact disproportionné sur les pauvres et alourdissent également la charge fiscale des prestataires de mobile money, ce qui décourage l’investissement dans le secteur », conclut le GSMA. Dans l’introduction de l’avant-propos du rapport 2022, la Reine Màxima des Pays-Bas, Avocate spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour la finance inclusive pour le développement (UNSGSA) a déclaré : « au cours de la dernière décennie, nous avons pu observer le pouvoir transformateur des services de mobile money pour offrir un accès à l’inclusion financière. (…) nous devons nous assurer que le mobile money permette à chacun d’accéder aux outils nécessaires pour résister aux tempêtes économiques, se construire une santé financière et participer à une reprise inclusive. »

Souleyman Tobias

(Source : CIO Mag, 24 octobre 2022)

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