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Accueil > Articles de presse > Archives 1999-2025 > Année 2018 > Août 2018 > Mobile Money : L’Afrique y trouve son compte

Mobile Money : L’Afrique y trouve son compte

mardi 21 août 2018

Fintech

Suite au faible taux d’accès de la majorité des populations africaines aux services des banques classiques, l’arrivée du Mobile Money représente une opportunité rapidement saisie.

En effet, lancé pour la première fois au Kenya en 2007 par l’opérateur Safaricom (filiale du groupe britannique de télécommunications Vodafone), le mode de paiement Mobile Money est reproduit aujourd’hui dans près de 89 pays à travers le monde. A l’origine, le projet kenyan rassemble 500 personnes dans le but de leur faciliter, à l’aide du réseau des revendeurs de crédits de communications, le remboursement de microcrédits octroyés par l’institution de micro-finance Faulu Kenya. A l’évaluation six mois après, un test pilote a permis de se rendre compte que les clients de la micro-finance ont remboursé leur dette en utilisant les services de l’opérateur mobile Safaricom.

M-Pesa, précurseur du Mobile Money

Concrètement, c’est la simplicité et l’efficacité des transactions qui poussent rapidement les clients à franchir le cap pour effectuer des opérations non prévues par le système. Ainsi, les jalons d’une nouvelle aventure venaient d’être posés. Cette expérience pilote du Kenya aboutit au service M- Pesa, une sorte de banque dans les poches qui permet le paiement par téléphone portable. Selon les experts, le principe est simple : via un SMS, le détenteur d’une SIM d’un opérateur peut envoyer et recevoir de l’argent, payer ses factures, posséder un compte et même obtenir un micro-crédit.

En 2014, une enquête conduite par le cabinet Boston Consulting Group(BCG) relève qu’en Afrique, moins de 30% de personnes ont accès aux services bancaires traditionnels. Mais, en 2019, soutient encore le BCG, environ 250 millions de personnes pourraient accéder aux services de la banque grâce au Mobile Money (Argent mobile). Cette expansion pourrait tirer son fondement dans la facilité de création de compte, la célérité dans les transactions et les coûts abordables des opérations. Les analyses du Cabinet BCG soulignent par ailleurs qu’environ un milliard de dollars de gains découleront des services Mobile Money.

A l’observation, ils sont de plus en plus nombreux en Afrique, les opérateurs de télécommunications qui exploitent des services Mobile Money. Après le test concluant de l’opérateur kenyan Safaricom, sont arrivés dans le secteur les opérateurs Orange, MTN, Airtel… qui enregistrent de grandes performances dans leur portefeuille Mobile Money en Côte d’Ivoire, en Tanzanie en Ouganda, en Afrique du Sud et dans de nombreux autres pays africains.

L’Afrique sub-saharienne adopte Mobile Money

Il est à noter que la concurrence devient chaque jour plus rude dans ce segment du marché financier. Face à Mobile Money se trouvent les établissements non bancaires de transfert d’argent (Western Union et Money Gram) qui dominaient le marché de transfert d’argent avant l’arrivée du Mobile Money, et les banques. Mais, progressivement, les opérateurs du mobile ont pensé au partenariat pour renforcer leurs activités. En 2015, Western Union et MTN se sont associés pour lancer en Côte d’ivoire et au Rwanda, un service permettant aux clients de recevoir des fonds transférés depuis une des agences du groupe américain (Jeune Afrique, 08-07-2015), alors que le groupe Orange lançait un service international de transfert d’argent pour ses abonnés entre ses filiales de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Sénégal, du Mali, entre autres pays africains.

Selon les statistiques disponibles, le dynamisme de Mobile Money en Afrique de l’Ouest s’est traduit par l’ouverture de 104,5 millions de comptes de mobile en 2017 pour une valeur de transactions de 5,3 milliards de dollars US. Sur un plan plus large, 34% du total des comptes de mobile sont ouverts en Afrique sub-saharienne. Dans un rapport intitulé « Mobilisation des recettes fiscales dans l’UMOA, l’obstacle de l’informel, le levier du mobile money », publié par le Groupe de réflexion L’Afrique des Idées en 2017, une pénétration de 100% du Mobile Money peut réduire de moitié le manque à gagner fiscal des pays de l’Afrique de l’Ouest. On peut conclure que pour les Etats africains, Mobile Money constitue un important levier d’élargissement de l’assiette fiscale.

Impact positif sur le recouvrement fiscal

Dans le même sillage, il faut souligner que le taux de recouvrement de la TVA (Taxe sur la Valeur Ajoutée) devrait être amélioré et le prélèvement de la TVA sur les transactions des entreprises mieux contrôlé. Bien plus, la commercialisation des services de Mobile Money ne peut offrir aux pays africains des ressources fiscales additionnelles à travers les impôts sur les revenus prélevés auprès des opérateurs de Mobile Money. Selon le même rapport, une pénétration de 10% du Mobile Money génèrerait des recettes fiscales à hauteur de 31,8 milliards de FCFA (64 millions de dollars US) en Afrique de l’Ouest. Cette valeur correspond à des recettes fiscales supplémentaires équivalentes à 0,06% du Produit Intérieur Brut (PIB) des pays de la zone. Des gains substantiels qui, associés à la traçabilité fiscale des établissements financiers classiques, renforcent les ressources mobilisées au profit du développement des pays africains qui hébergent les services du Mobile Money.

Jean-Mathias Kouéméko

(Source : Afrique Expansion, 21 août 2018)

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