OSIRIS

Observatoire sur les systèmes d’information, les réseaux et les inforoutes au Sénégal

Show navigation Hide navigation
  • OSIRIS
    • Objectifs
    • Partenaires
  • Ressources
    • Société de l’Information
    • Politique nationale
    • Législation et réglementation
    • Etudes et recherches
    • Points de vue
  • Articles de presse
  • Chiffres clés
    • Le Sénégal numérique
    • Principaux tarifs
    • Principaux indicateurs
  • Opportunités
    • Projets

Accueil > Ressources > Points de vue > 2025 > Mobile money au Sénégal : du populisme à la réflexion critique

Mobile money au Sénégal : du populisme à la réflexion critique

mardi 23 septembre 2025

Point de vue

La taxation du mobile money, votée à l’Assemblée nationale, ressemble moins à une réforme qu’à un aveu de faiblesse. Elle traduit la fébrilité d’un gouvernement qui, englué dans l’urgence budgétaire, choisit de frapper là où il croit voir une manne visible plutôt que de reconstruire une stratégie fiscale cohérente. Dans un pays où l’inclusion financière a fait plus pour la citoyenneté économique que bien des programmes publics, le choix d’alourdir les transactions électroniques sonne comme une trahison de la promesse de modernisation.

Il fallait du courage pour reconnaître que l’argent mobile est un pilier de l’économie populaire, un levier de résilience et un outil de formalisation de l’informel. Il fallait aussi de la lucidité pour voir que taxer ce flux, même faiblement, équivaut à freiner l’un des rares moteurs de confiance entre l’État et les citoyens. En préférant la facilité comptable, le gouvernement s’est inscrit dans une logique populiste : sacrifier le long terme pour donner l’illusion d’une solution immédiate.

L’histoire récente des voisins est pourtant limpide. Le Ghana a vu son e-levy s’effondrer sous le poids du rejet social et de l’évitement massif. L’Ouganda a dû reculer précipitamment face à l’exode des usagers. La Tanzanie a supprimé une taxe qui tuait la dynamique numérique. Dans chaque cas, l’entêtement populiste s’est heurté à la réalité des comportements, et les recettes promises se sont envolées. Reprendre la même voie en espérant un résultat différent relève moins de l’ignorance que du déni stratégique.

Le populisme fiscal a ses ruses : il proclame l’équité alors qu’il frappe les plus pauvres ; il invoque la justice alors qu’il élargit les inégalités ; il se pare de patriotisme alors qu’il mine la confiance. La vérité est que cette taxe pèsera sur les transferts familiaux, sur les micro-paiements des commerçants, sur les retraits en zone rurale. Elle n’intègrera pas l’informel dans le formel : elle le repoussera dans l’ombre du cash. Elle n’élargira pas l’assiette : elle la contractera en tuant la transparence des flux.

Un État stratège aurait choisi un autre chemin. Il aurait ciblé les profits des opérateurs plutôt que les gestes quotidiens des citoyens. Il aurait transformé le mobile money en passerelle pour élargir l’impôt sur les revenus et les bénéfices, plutôt que de ponctionner les solidarités familiales. Il aurait osé pénaliser le cash de gros montant pour encourager la digitalisation, plutôt que de punir l’innovation. Bref, il aurait pensé politique économique, et non comptabilité de crise.

L’évaluation des politiques publiques devait être le garde-fou. Elle aurait montré que l’élasticité des usages rend le rendement illusoire, que la régressivité sociale fragilise la légitimité, que l’effet macroéconomique risque de ralentir la croissance. Mais là encore, l’urgence a écrasé l’analyse. On a préféré promulguer d’abord et mesurer ensuite, quitte à improviser des correctifs dans la tourmente. C’est ainsi que les gouvernements populistes transforment les instruments de modernisation en armes contre eux-mêmes.

Le Sénégal mérite mieux qu’une taxe bricolée. Il mérite une vision de souveraineté fiscale qui associe inclusion, innovation et confiance. L’argent mobile est une infrastructure sociale autant qu’un outil financier : y toucher sans précaution revient à fragiliser le contrat social. Ce n’est pas un hasard si ailleurs, ces taxes sont devenues des symboles d’échec politique. Elles rappellent que l’on ne gouverne pas une société numérique avec des réflexes d’ancien régime.

La fiscalité numérique peut être un levier d’avenir si elle s’inscrit dans une architecture cohérente : transparence sur l’usage des fonds, adaptation progressive des assiettes, concertation avec les acteurs, articulation avec les stratégies régionales de la BCEAO. Mais en faire un impôt punitif et visible sur chaque transaction, c’est transformer un atout national en source de ressentiment. Ce choix n’élargit pas la souveraineté, il l’ampute.

En vérité, la taxe sur le mobile money n’est pas un outil de justice, mais un symptôme. Elle révèle un pouvoir prisonnier de l’immédiat, incapable de penser le long terme, prompt à céder à la facilité populiste plutôt qu’à l’exigence stratégique. Elle dit moins l’ambition de réformer que la difficulté à gouverner dans un moment de crise. Et c’est là le vrai problème : une politique publique qui renonce à penser grand pour survivre petit.

Le Sénégal devait savoir que la fiscalité transactionnelle est un piège. Il devait noter que l’inclusion financière est trop précieuse pour être sacrifiée. Il devait comprendre que la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Il devait faire le choix de l’évaluation, de la concertation et de la stratégie, plutôt que celui de la précipitation. Ce qu’il a choisi au contraire, c’est de céder à la tentation populiste, au risque de compromettre un acquis majeur de la transformation économique.

L’avenir dira si la société sénégalaise acceptera ce fardeau ou si, comme ailleurs, elle trouvera des chemins d’évitement et de contestation. Mais une chose est certaine : en matière de gouvernance numérique, le Sénégal ne peut se permettre de répéter les erreurs de ses voisins. Il lui faudra tôt ou tard passer du populisme à la réflexion critique, et redonner à l’évaluation des politiques publiques la place qu’elle mérite.

Dr Abdourahmane Ba, Expert en Développement International, Management, Évaluation des Politiques Publiques

(Source : Senenews, 23 septembre 2025)

Fil d'actu

  • Monnaies complémentaires et possibilités en Afrique : description et essai de mise en œuvre dans le domaine de l’agroécologie Burkina NTIC (30 juillet 2026)
  • Charte de membre Africollector Burkina NTIC (25 février 2026)
  • TIC ET AGRICULTURE AU BURKINA FASO Étude sur les pratiques et les usages Burkina NTIC (9 avril 2025)
  • Sortie de promotion DPP 2025 en Afrique de l’Ouest Burkina NTIC (12 mars 2025)
  • Nos étudiant-es DPP cuvée 2024 tous-tes diplomés-es de la Graduate Intitute de Genève Burkina NTIC (12 mars 2025)

Liens intéressants

  • NIC Sénégal
  • ISOC Sénégal
  • Autorité de régulation des télécommunications et des postes (ARTP)
  • Fonds de Développement du Service Universel des Télécommunications (FDSUT)
  • Commission de protection des données personnelles (CDP)
  • Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA)
  • Sénégal numérique (SENUM SA)

Navigation par mots clés

  • 4695/5356 Régulation des télécoms
  • 365/5356 Télécentres/Cybercentres
  • 3569/5356 Economie numérique
  • 1840/5356 Politique nationale
  • 5176/5356 Fintech
  • 552/5356 Noms de domaine
  • 2227/5356 Produits et services
  • 1581/5356 Faits divers/Contentieux
  • 770/5356 Nouveau site web
  • 5356/5356 Infrastructures
  • 1876/5356 TIC pour l’éducation
  • 205/5356 Recherche
  • 245/5356 Projet
  • 3675/5356 Cybersécurité/Cybercriminalité
  • 1935/5356 Sonatel/Orange
  • 1675/5356 Licences de télécommunications
  • 296/5356 Sudatel/Expresso
  • 1059/5356 Régulation des médias
  • 1325/5356 Applications
  • 1095/5356 Mouvements sociaux
  • 1791/5356 Données personnelles
  • 161/5356 Big Data/Données ouvertes
  • 637/5356 Mouvement consumériste
  • 368/5356 Médias
  • 663/5356 Appels internationaux entrants
  • 1736/5356 Formation
  • 98/5356 Logiciel libre
  • 2236/5356 Politiques africaines
  • 1044/5356 Fiscalité
  • 173/5356 Art et culture
  • 615/5356 Genre
  • 1970/5356 Point de vue
  • 1148/5356 Commerce électronique
  • 1605/5356 Manifestation
  • 330/5356 Presse en ligne
  • 131/5356 Piratage
  • 214/5356 Téléservices
  • 1006/5356 Biométrie/Identité numérique
  • 323/5356 Environnement/Santé
  • 371/5356 Législation/Réglementation
  • 381/5356 Gouvernance
  • 1957/5356 Portrait/Entretien
  • 156/5356 Radio
  • 805/5356 TIC pour la santé
  • 284/5356 Propriété intellectuelle
  • 64/5356 Langues/Localisation
  • 1116/5356 Médias/Réseaux sociaux
  • 2110/5356 Téléphonie
  • 199/5356 Désengagement de l’Etat
  • 1160/5356 Internet
  • 118/5356 Collectivités locales
  • 438/5356 Dédouanement électronique
  • 1246/5356 Usages et comportements
  • 1065/5356 Télévision/Radio numérique terrestre
  • 581/5356 Audiovisuel
  • 3486/5356 Transformation digitale
  • 398/5356 Affaire Global Voice
  • 248/5356 Géomatique/Géolocalisation
  • 343/5356 Service universel
  • 675/5356 Sentel/Tigo
  • 184/5356 Vie politique
  • 1685/5356 Distinction/Nomination
  • 41/5356 Handicapés
  • 737/5356 Enseignement à distance
  • 723/5356 Contenus numériques
  • 596/5356 Gestion de l’ARTP
  • 186/5356 Radios communautaires
  • 1950/5356 Qualité de service
  • 480/5356 Privatisation/Libéralisation
  • 136/5356 SMSI
  • 509/5356 Fracture numérique/Solidarité numérique
  • 2818/5356 Innovation/Entreprenariat
  • 1395/5356 Liberté d’expression/Censure de l’Internet
  • 47/5356 Internet des objets
  • 173/5356 Free Sénégal
  • 870/5356 Intelligence artificielle
  • 206/5356 Editorial
  • 14/5356 Gaming/Jeux vidéos
  • 25/5356 Yas

2026 OSIRIS
Plan du site - Archives (Batik)

Suivez-vous