Mobile money : Airtel reporte au second semestre l’IPO de sa pépite africaine
vendredi 8 mai 2026
A Londres, Airtel Africa a annoncé vendredi le report au second semestre 2026 de l’introduction en Bourse de sa filiale de paiement mobile Airtel Money, invoquant les turbulences sur les marchés financiers causées par la guerre entre l’Iran et les États-Unis.
À Londres, où le groupe est coté depuis 2019, Airtel Africa a annoncé ce vendredi 8 mai le report au second semestre 2026 de l’introduction en Bourse (IPO) d’Airtel Money, sa filiale de paiement mobile. Initialement prévue pour les six premiers mois de l’année, l’opération est repoussée en raison de la guerre entre l’Iran, les États-Unis et Israël, qui a secoué les marchés de fin février à début avril.
L’opération viserait à lever entre 1,5 et 2 milliards de dollars sur la place londonienne, pour une valorisation pouvant atteindre 10 milliards de dollars, selon des informations rapportées par l’agence Bloomberg le mois dernier. Ce serait l’une des plus importantes cotations d’une fintech africaine jamais réalisées.
« Les conditions de marché qui ont suivi les récents développements géopolitiques ont affecté le calendrier anticipé de l’introduction en Bourse d’Airtel Money », indique le groupe contrôlé par le milliardaire indien Sunil Mittal, dans son communiqué de résultats annuels publié vendredi. « Nous restons engagés en faveur de la cotation, dès que les conditions de marché le permettront. »
54 millions de clients dans 14 pays
Airtel Money opère dans 14 pays d’Afrique subsaharienne, dont la République démocratique du Congo (RDC), l’Ouganda, la Tanzanie, le Tchad, le Gabon, le Niger ou le Nigeria. La filiale revendique 54,1 millions de clients à fin mars 2026, en hausse de 21,3 % sur un an. Le volume annualisé de transactions traitées a dépassé 215 milliards de dollars au dernier trimestre de l’exercice fiscal du groupe, selon les chiffres publiés vendredi.
Pour Airtel Africa, l’enjeu est de transformer une activité longtemps annexe en « pure player » du paiement numérique, capable de rivaliser avec les deux références continentales : M-Pesa, du sud-africain Vodacom et du kényan Safaricom, qui revendique entre 60 et 66 millions d’utilisateurs ; et Momo, du sud-africain MTN, déployé dans 16 pays.
Le poumon mondial du paiement mobile
L’Afrique subsaharienne reste le centre de gravité mondial du mobile money. Selon la GSMA, l’association internationale des opérateurs de téléphonie mobile, la région a concentré 1 400 milliards de dollars de transactions en 2025, soit 66 % du volume mondial. Trois opérateurs panafricains se partagent l’essentiel du marché : Safaricom, MTN et Airtel.
L’IPO d’Airtel Money est attendue depuis quatre ans. En 2021, le fonds américain The Rise Fund (TPG), le géant des cartes Mastercard et un véhicule du fonds souverain qatari Qatar Holding avaient injecté ensemble plus de 550 millions de dollars dans la filiale, contre une participation totale de 22,1 % au capital. Un accord conclu en 2025 a prolongé d’un an la période durant laquelle ces minoritaires peuvent revendre leurs titres au groupe.
Le choc des marchés
La guerre déclenchée le 28 février par les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, suivie d’un cessez-le-feu début avril, a fortement perturbé les places financières mondiales. L’indice S&P 500 a perdu environ 8 % avant de rebondir, le baril de Brent s’est approché de 120 dollars et le détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, a vu son trafic chuter de plus de 90 % au plus fort de la crise.
Airtel Africa, qui a publié vendredi un bénéfice net annuel multiplié par 2,5 à 813 millions de dollars, prévoit désormais de fixer le calendrier précis de l’opération « lorsque les conditions de marché le permettront ». La place de Londres reste le scénario privilégié, devant les Émirats arabes unis. Citigroup a été désignée banque conseil principale du dossier. Aucune place financière africaine ne figure pour l’heure parmi les options envisagées.
Fiacre E. Kakpo
(Source : Agence Ecofin, 8 mai 2026)
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